Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, Alexis Gisaro, a récemment exposé un état des lieux alarmant du réseau routier de la République démocratique du Congo (RDC) devant l’Assemblée nationale. Avec seulement 5% des routes d’intérêt général bitumées, ce diagnostic révèle l’ampleur des défis à relever pour améliorer la connectivité et favoriser le développement économique du pays.
Un réseau routier sous-développé

La RDC dispose d’un réseau routier total de 153.000 kilomètres, dont 58.000 km sont classés d’intérêt général. Cependant, seuls 3.000 km de ce réseau sont revêtus, plaçant la RDC bien en deçà de la moyenne africaine subsaharienne, où environ 25% des routes d’intérêt général sont bitumées. Ce contraste frappant reflète le retard structurel du pays en matière d’infrastructures.
Le faible taux de bitumage limite les échanges commerciaux, complique l’accès aux services de base pour les populations rurales et entrave la transformation économique de nombreuses régions, en particulier dans l’Est du pays. Par ailleurs, l’absence de routes revêtues dans les zones agricoles marginalise les petits producteurs, augmentant ainsi les coûts de transport et réduisant leur compétitivité.
Un coût colossal pour des infrastructures modernes
Pour remédier à cette situation, le ministre Gisaro a estimé qu’il faudrait un budget de 60 milliards de dollars pour bitumer l’ensemble du réseau d’intérêt général. Cette estimation repose sur un coût moyen de 1 million de dollars par kilomètre. Dans un contexte où les ressources budgétaires de la RDC sont déjà limitées, cet objectif apparaît comme un défi presque insurmontable.

En outre, les contraintes géographiques et climatiques du pays, notamment dans des régions enclavées, aggravent le problème. Les vastes étendues forestières, les zones marécageuses et les reliefs accidentés augmentent les coûts de construction et compliquent les travaux d’entretien.
Prioriser les axes stratégiques et les routes en béton
Face à ces défis, une approche pragmatique s’impose. Plutôt que de chercher à bitumer l’intégralité du réseau routier, la priorité pourrait être donnée aux axes stratégiques reliant les grandes villes, les zones économiques et les corridors régionaux. En particulier, l’Ouest du pays, avec sa forte concentration d’usines de production de ciment, offre une opportunité unique : la construction de routes en béton. Ces routes, bien que coûteuses à l’installation, présentent une durabilité accrue et des coûts d’entretien réduits à long terme, ce qui les rend particulièrement adaptées aux régions industrielles.
Par ailleurs, une meilleure intégration des routes de desserte agricole pourrait transformer les zones rurales en moteurs de croissance économique. Cela nécessite une mobilisation accrue des financements internationaux, notamment auprès des institutions financières et des partenaires au développement.
Inspirer des modèles africains : l’exemple du Maroc

Le Maroc, souvent cité comme un modèle en matière d’infrastructures, a considérablement développé son réseau routier grâce à des investissements stratégiques et à des partenariats public-privé. Le pays a misé sur des corridors logistiques reliant les zones de production industrielle aux ports et aux centres urbains. Ces investissements ont non seulement amélioré la connectivité, mais aussi stimulé l’industrialisation et les échanges commerciaux.
La RDC pourrait s’inspirer de ce modèle en développant des corridors similaires, notamment dans l’Ouest et l’Est du pays, pour relier les zones de production agricole, minière et industrielle aux marchés locaux et internationaux.
Une opportunité de transformation
Des pays africains, tels que le Maroc et l’Éthiopie, ont démontré qu’il est possible de transformer un réseau routier en s’appuyant sur des stratégies ambitieuses, une planification rigoureuse et une collaboration entre secteurs public et privé. La RDC pourrait tirer parti de ces expériences pour moderniser ses infrastructures et stimuler son développement.
En parallèle, il est crucial d’adopter une stratégie de maintenance préventive pour préserver les routes existantes. L’absence d’entretien adéquat accélère leur dégradation et augmente les coûts de reconstruction à long terme.
Le diagnostic présenté par le ministre Alexis Gisaro met en lumière un défi de taille, mais il offre également une opportunité unique pour la RDC de repenser sa politique d’infrastructures. Investir dans le réseau routier ne se limite pas à améliorer la mobilité : c’est un levier essentiel pour la croissance économique, la réduction de la pauvreté et l’intégration régionale.

Avec des priorités claires, comme la construction de routes en béton dans l’Ouest du pays et le développement de corridors stratégiques inspirés du modèle marocain, la RDC pourrait transformer son réseau routier en un véritable moteur de développement, à la hauteur de son immense potentiel.


