La signature de l’accord centrafricano-congolo-burundais : un levier stratégique pour le développement économique du Nord de la RDC

La récente signature de l’accord centrafricano-congolo-burundais marque un tournant décisif dans la relance économique de la partie nord de la République Démocratique du Congo (RDC). Cet accord vise la réouverture d’un corridor commercial stratégique, autrefois vital dans les années 70-80 pour l’exportation du café et du cacao – surnommés « l’or noir » de l’époque – ainsi que pour l’importation de produits manufacturés et de véhicules de gros tonnage.

Un corridor au riche passé commercial

Dans les décennies passées, cette voie avait permis au Zaïre d’alors de se ravitailler en divers produits manufacturés, équipements lourds et véhicules de grande capacité.
À titre illustratif, la Société Commerciale et Industrielle Bemba (SCIBE-Zaïre) importait la quasi-totalité de ses engins roulants ou véhicules de gros tonnages depuis le Nigeria. La cargaison ou le convoi prenait la route, traversant tout le Cameroun et la RCA pour enfin arrivés à Zongo, la partie congolaise par la rivière ubangi; et de cette ville l’ensemble de la cargaison prenait la direction de Gemena par ce corridor. Ces produits étaient ensuite distribués dans des centaines de magasins à travers le Grand Équateur. Cette route, autrefois synonyme de prospérité, avait également permis l’exportation de produits agricoles locaux comme le café, le cacao, le coton, l’hévéa et l’huile de palme, positionnant ainsi le Nord de la RDC comme un pôle commercial incontournable.

Les défis de la relance

Aujourd’hui, relancer ce corridor ne sera pas sans difficultés. La région est enchevêtrée de cours d’eau et de rivières, et la quasi-totalité des ponts existants sont en très mauvais état, incapables de supporter le passage de véhicules de gros tonnages (60-90 tonnes). La construction de nouveaux ponts robustes devient une nécessité stratégique.

Les routes, quant à elles, se trouvent dans un état de dégradation très avancée, aggravé par le climat équatorial marqué par des pluies quasi permanentes. Pour redonner à ce corridor son rôle stratégique d’antan, il sera plus qu’indispensable de goudronner les 1000 kilomètres de route qui relie la ville de Kisangani à celle de Zongo, en passant par Bumba, Lisala, Akula, Gemena et Libenge.

Rentabilité et relance de l’agriculture locale

L’abandon progressif de la culture du café et du cacao par les agriculteurs du Nord de la RDC a laissé le champ libre à des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana qui ont connu des avancées considérables sur le marché international. Ce recul est principalement dû à l’absence des débouchés commerciaux et de voies d’écoulement efficaces.
Beaucoup d’agriculteurs regrettent encore l’époque de “Papa Bemba Jeannot” et sa SCIBE-Zaïre, qui garantissait l’achat de près de 90 % de leurs productions locales. La réhabilitation de ce corridor pourrait non seulement redynamiser les cultures commerciales : café, cacao, coton, hévéa, huile de palme, mais aussi le thé, le quinquina et le café Arabica produits dans le Kivu, qui transitaient jadis par cette voie.

Un projet d’intégration régionale

L’accord centrafricano-congolo-burundais ne se limite pas à la relance d’une voie commerciale. Il incarne également un projet d’intégration régionale à grande échelle. La construction d’un pont de 625 mètres sur la rivière ubangui séparant la ville de Zongo à Bangui capitale de la RCA, similaire à celui prévu sur le fleuve Congo entre Kinshasa et Brazzaville, serait un maillon essentiel pour connecter l’Est à l’Ouest de l’Afrique en passant par le coeur du continent africain, favorisant ainsi un commerce intra-africain plus fluide et une meilleure coopération entre les pays de la région.

La réouverture de ce corridor, soutenue par l’accord centrafricano-congolo-burundais, pourrait transformer la partie nord de la RDC en un nouveau hub économique et agricole. Cependant, cette ambition nécessite de gros investissements dans les infrastructures routières et logistiques. Si ces défis sont relevés, ce projet ne se contentera pas de redynamiser le commerce local, mais contribuera également à une intégration africaine plus forte, reliant les producteurs du centre du continent aux marchés de l’Est et de l’Ouest africain.

Rédaction

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