« Le développement n’est pas une affaire des milliards, c’est plutôt une affaire des réalisations sociétales. » Cette phrase, prononcée lors du panel sur la stabilisation économique post-conflit à ExpobetonRDC par le Directeur Pays de la Banque mondiale, révèle une vérité souvent éludée : la transformation profonde d’un pays ne se mesure pas seulement aux montants investis, mais à l’impact tangible sur la vie des gens.

Contexte économique : croissance, ressources, défis
Les chiffres les plus récents confirment que la RDC affiche un potentiel économique réel. En 2024, la croissance du PIB a atteint environ 6,5 %, portée fortement par le secteur extractif (cuivre, cobalt) tandis que les secteurs non miniers affichaient une croissance plus modeste. 
Cependant, cette croissance ne se traduit pas automatiquement en réduction de pauvreté ou en création d’emplois significatifs, en particulier pour les populations vulnérables ou dans les régions affectées par les conflits. 
Au-delà des milliards : les leviers sociétaux prioritaires
Le directeur de la BM a mis en lumière plusieurs leviers essentiels en cohérence avec ce que montrent les rapports récents — pour que le développement ne reste pas virtuel mais devienne transformation sociale :
1. L’emploi comme socle de la dignité et de la survie
• Un des rapports de la Banque mondiale souligne que même avec une croissance élevée, la réduction de la pauvreté reste lente tant que l’emploi, surtout formel, ne suit pas. 
• Le projet STEP (Sud-Ubangi) illustre ce point : il combine protection sociale, formation professionnelle, appui à l’entrepreneuriat pour permettre à des jeunes et adultes vulnérables de créer des micro-entreprises, de générer un revenu, de sortir de l’extrême précarité. 
2. Formation professionnelle, montée en compétence
Formation technique, apprentissage, formation professionnelle sont clés. Le directeur mentionne notamment le projet de formation lié à Inga — cela s’inscrit dans une stratégie plus large rapportée par la BM, selon laquelle les compétences, surtout dans les zones post-conflit ou sous-servies, sont un facteur majeur pour intégrer les populations aux chaînes de valeur. (Rapports sur inclusion, protection sociale) 
3. Développer l’« Afro-industrie » : transformer les ressources, créer de la valeur localement
Il ne suffit pas d’exporter les matières premières : la transformation sur place, l’industrialisation, la création de filières locales relèvent de ce que le directeur appelle « projets porteurs de richesses ».
Par exemple, la Banque mondiale dans son rapport « Economic Update: Reassessing Tax Incentives » insiste sur la nécessité de mieux orienter les politiques fiscales et les incitations pour encourager l’investissement, la transformation locale, et non seulement l’extraction brute. 
4. Stabilisation, femmes, réintégration sociale
La paix, la sécurité, et la réconciliation ne sont pas des luxes ; elles conditionnent toute possibilité de développement. Le directeur rappelait que le nombre de femmes violées a doublé, signalant la gravité des traumatismes et des ruptures sociales.
Les rapports de la Banque mondiale sur les zones fragiles, conflit et violence montrent que les femmes sont parmi les plus affectées : elles subissent violence, discrimination, manque d’accès au travail rémunéré, à la formation, aux opportunités économiques. 
L’autonomisation des femmes, leur inclusion économique, la réintégration sont donc essentielles non seulement pour réparer le tissu social, mais aussi pour construire une économie durable et équitable.

Financement : où trouver l’argent ?
Le directeur a raison : ce n’est pas toujours une question de disposer de sommes astronomiques, mais d’orienter les ressources existantes vers ce qui impacte le plus. Les rapports récents offrent des pistes :
• La mobilisation fiscale domestique : en 2024 la RDC perçoit moins de revenus fiscaux qu’elle pourrait, notamment à cause d’incitations fiscales peu efficaces ou peu ciblées. Repenser ces incitations permettrait de libérer des ressources importantes. 
• La rationalisation des dépenses publiques : limiter les dépenses non prioritaires, améliorer la transparence, privilégier les investissements sociaux et les infrastructures productives. 
• Les partenariats publics-privés, l’aide internationale et les financements concessionnels : dans les régions affectées par les conflits, les financements externes restent essentiels, mais ils doivent être alignés sur les priorités nationales de développement humain et de stabilisation.
• L’appui lié aux projets d’inclusion sociale (comme STEP) prouve que de petits montants bien ciblés (formation, capital initial, mentorat) peuvent avoir des effets multiplicateurs pour l’emploi, la cohésion sociale, la transformation locale. 
Pour conclure : le sens, le social, l’humain en avant
Si l’on devait reprendre les mots du directeur :
« Le développement n’a de sens que lorsqu’il transforme l’humain. »

C’est là le cœur du défi pour la RDC post-conflit. Non pas combien de milliards on injecte, mais quel impact réel sur la vie d’une mère, d’un jeune, d’une femme violée, d’un artisan, dans l’Est, dans les zones rurales, dans les quartiers périphériques des villes.
La stabilisation économique ne sera durable que si elle s’appuie sur :
• des emplois inclusifs, surtout pour les jeunes et les femmes,
• une formation professionnelle de qualité et adaptée,
• la transformation locale des ressources (agro-industrie, industries de transformation),
• le soutien aux victimes et la réintégration sociale.
Les rapports récents de la Banque mondiale montrent que ces voies sont non seulement recommandables, mais déjà partiellement explorées. L’enjeu est de passer de l’expérimentation à l’échelle, de faire converger les politiques publiques, l’action locale, l’aide internationale autour de ces priorités.
Rédaction


