RDC: la numérisation foncière, un tournant décisif pour restaurer la confiance et accélérer l’investissement

le déjeuner-débat de ce 28 février 2026 consacré à la réforme foncière a mis en lumière une évidence longtemps ignorée : sans numérisation, il ne peut y avoir ni sécurisation durable des titres, ni véritable climat d’investissement. L’intervention de Papy Mpela, directeur du GUPEC, en a apporté une démonstration concrète.

Les progrès réalisés sont loin d’être anecdotiques. Aujourd’hui, obtenir un permis de construire en 20 jours est devenu possible, à condition de présenter un dossier complet. Ce délai, autrefois impensable, illustre à lui seul l’impact direct de la digitalisation sur l’efficacité administrative. Moins de lenteur, moins d’opacité, et surtout, moins d’intermédiaires informels.

Mais au-delà de la rapidité, c’est la transparence qui constitue le véritable cœur de la révolution numérique. La mise à disposition d’une base de données accessible marque une rupture avec les pratiques du passé, où l’information foncière était souvent verrouillée, manipulée, voire inexistante. Pendant des années, l’absence de titres clairs notamment pour les parcelles de l’État a ouvert la voie à des spoliations massives, alimentées par des faux documents et des adresses fictives.

La numérisation agit ici comme un antidote. Elle permet de tracer, d’authentifier et de sécuriser chaque parcelle, réduisant considérablement les possibilités de fraude. En ce sens, elle n’est pas seulement un outil technique, mais un levier de gouvernance.

Cette transformation s’inscrit également dans une continuité institutionnelle. Déjà, sous l’impulsion de responsables comme Pius Muabilu, des efforts avaient été engagés pour structurer la délivrance des titres fonciers. Plus récemment, en 2024, Acacia Bandubola a pris un arrêté interdisant le morcellement anarchique en dessous des normes légales. Pourtant, malgré ce cadre réglementaire, les pratiques illégales persistent.

C’est précisément là que la numérisation prend toute sa valeur. Elle ne remplace pas la loi, mais elle en renforce l’application. Un système digitalisé permet de détecter plus rapidement les irrégularités, de croiser les données et de limiter les manipulations humaines. En d’autres termes, elle réduit l’écart entre la règle et la réalité.

Pour les investisseurs, l’enjeu est crucial. La sécurisation des titres fonciers est l’un des premiers critères d’attractivité. Un environnement où les données sont fiables, accessibles et traçables inspire confiance. À l’inverse, l’incertitude foncière reste l’un des freins majeurs au développement économique en République démocratique du Congo.

Cependant, il serait naïf de croire que la numérisation est une solution miracle. Elle doit s’accompagner de garde-fous solides, d’un contrôle institutionnel rigoureux et d’une coordination entre les acteurs publics. Sans cela, le risque existe de voir les anciennes pratiques se reconfigurer sous une forme numérique.

La leçon est claire : la numérisation n’est pas une fin en soi, mais un moyen puissant pour refonder la gouvernance foncière. Bien encadrée, elle peut mettre fin à des décennies de désordre, restaurer l’autorité de l’État et ouvrir la voie à un développement urbain maîtrisé.

La RDC tient là une opportunité historique. Encore faut-il avoir la volonté de la transformer en succès durable.

Rédaction

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