Dans un pays où seuls 19 % de la population ont accès à l’électricité, la République Démocratique du Congo (RDC) pourrait briller sous un autre jour : celui du soleil. Dotée d’un ensoleillement exceptionnel toute l’année, la RDC pourrait être un leader africain de l’énergie solaire. Pourtant, cette ressource reste sous-exploitée. Entre obstacles financiers, manque de volonté politique et monopole énergétique, les freins sont nombreux.

Un gisement d’énergie à ciel ouvert… inexploité
Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an, la RDC pourrait alimenter des millions de foyers en énergie propre et renouvelable. Les villages isolés, laissés pour compte par le réseau électrique défaillant, auraient une alternative crédible à la dépendance au bois et aux groupes électrogènes. Pourtant, sur le terrain, les panneaux solaires se font rares, et les projets d’électrification solaire stagnent.
Un choix politique et économique qui bride le développement
Depuis des décennies, la RDC mise presque exclusivement sur l’hydroélectricité, avec des barrages comme Inga I et II, ou encore le mégaprojet du Grand Inga, souvent évoqué mais toujours en attente. L’État congolais, à travers la Société Nationale d’Électricité (SNEL), maintient un quasi-monopole sur l’énergie, limitant l’essor d’alternatives comme le solaire.

Les investisseurs privés qui souhaitent développer des solutions solaires font face à des lourdeurs administratives, un manque de soutien institutionnel et une absence de cadre juridique clair pour sécuriser leurs projets. Les subventions et incitations fiscales sont inexistantes, rendant l’investissement dans le solaire moins attractif face à d’autres secteurs.
Un coût encore trop élevé pour les ménages
Installer un système solaire domestique en RDC coûte entre 500 et 3 000 dollars, un montant inabordable pour la majorité des Congolais, dont le salaire moyen est inférieur à 100 dollars par mois. Les banques locales n’offrent presque pas de crédits adaptés, et les rares solutions de paiement en plusieurs fois sont limitées à une élite urbaine.
À cela s’ajoute l’importation d’équipements solaires à des prix excessifs, souvent alourdis par des taxes. Et quand des panneaux moins chers sont disponibles, ils sont souvent de mauvaise qualité, avec une durée de vie réduite et un service après-vente quasi inexistant.
Un cadre légal en évolution
La Loi n°14/011 du 17 juin 2014 a libéralisé le secteur de l’électricité en RDC, ouvrant la voie aux investisseurs privés pour développer des projets énergétiques, y compris des mini-centrales photovoltaïques. Toutefois, la mise en œuvre de cette loi reste complexe. Par exemple, l’Arrêté ministériel n°058/CAB/MIN.ETAT/MIN-UH/2022 du 13 juin 2022 stipule que toute personne souhaitant construire, en milieu urbain ou rural, doit obtenir une autorisation préalable, ce qui peut ralentir les initiatives privées.

Des initiatives solaires émergentes
Malgré ces défis, certaines initiatives voient le jour :
Centrale solaire de Manono : Mise en service en mars 2018, cette centrale produit de l’électricité pour un réseau isolé de la SNEL, avec une capacité de production de 1 MWc et un stockage par batteries.
Projet de Goma : La société Nuru Congo Connecté a inauguré une mini-centrale solaire pour desservir le quartier de Ndosho, réputé pour son insécurité due à l’obscurité.
Centrale de Fungurume : En cours de construction, cette centrale solaire photovoltaïque de 1 000 MW vise à remédier au déficit énergétique du pays.
Des solutions existent, mais elles restent à l’état de discours
Pour que le solaire décolle enfin en RDC, plusieurs mesures s’imposent :
Clarification et simplification du cadre réglementaire pour faciliter les investissements privés.
Réduction des taxes et incitations fiscales pour rendre les panneaux solaires plus accessibles.
Ouverture du marché énergétique à des acteurs privés capables de développer des infrastructures modernes et décentralisées.
Accès facilité au financement pour les ménages et les entreprises souhaitant investir dans le solaire.
Formation d’une main-d’œuvre locale qualifiée pour assurer l’installation et l’entretien des équipements.
Pour l’instant, la lumière solaire reste un luxe pour une majorité de Congolais. Le défi n’est pas technologique, mais politique et économique. À l’heure où l’Afrique se tourne vers les énergies renouvelables, la RDC ne peut pas se permettre de rester dans l’ombre.
Rédaction



