Salongo à Kinshasa : Une solution d’assainissement ou une illusion collective ?

Le 22 mars 2025, les autorités de Kinshasa ont officiellement relancé le Salongo, cette tradition d’assainissement communautaire qui avait fait ses preuves par le passé. Tous les samedis, de 8h à 11h, chaque citoyen est censé balayer devant chez lui, ramasser les détritus et contribuer au nettoyage collectif de son quartier. Une initiative louable sur le papier, mais qui soulève une question fondamentale : où vont ces déchets après avoir été collectés ?

Si le Salongo impose aux habitants de nettoyer, qui se charge de l’évacuation des ordures ? L’image que l’on retrouve souvent après ces séances de nettoyage est celle de tas de détritus entassés le long des routes ou dans des caniveaux, en attente d’un ramassage hypothétique. Mais ces déchets sont-ils réellement pris en charge ?

Une chaîne logistique chaotique et incomplète

La gestion des ordures dans une mégalopole comme Kinshasa est un défi colossal. Avec une production estimée à 7 000 tonnes de déchets par jour, la ville se retrouve rapidement submergée si aucun mécanisme d’évacuation efficace n’est mis en place.

En théorie, chaque commune dispose de services de ramassage censés collecter les déchets des quartiers et les acheminer vers des centres de traitement ou d’enfouissement. Mais la réalité est bien plus complexe :

  1. Des points de collecte improvisés : Dans de nombreux quartiers, il n’existe pas de conteneurs ou de points de collecte clairement définis. Les habitants sont souvent livrés à eux-mêmes, accumulant les déchets dans des coins de rue ou des terrains vagues.
  2. Un ramassage aléatoire : Certaines zones bénéficient d’un ramassage semi-régulier par des camions municipaux ou des entreprises privées sous contrat avec la ville. Mais dans d’autres, les déchets restent en place pendant des semaines, voire des mois.
  3. L’essor des « pousse-pousseurs » : Face à l’inefficacité des services publics, une économie informelle s’est développée. Des jeunes munis de chariots en bois transportent les déchets moyennant une rétribution, mais sans garantie que ceux-ci soient déposés dans des décharges officielles.

Une destination finale inconnue

Une fois collectés, où ces déchets finissent-ils réellement ?

Kinshasa dispose officiellement de quelques sites de traitement des ordures, mais ces infrastructures sont souvent vétustes, mal entretenues et largement insuffisantes pour absorber la quantité colossale de détritus produits chaque jour.

  1. Les décharges sauvages en pleine expansion
    Plutôt que d’être acheminés vers des sites de traitement adéquats, une grande partie des déchets finit dans des décharges illégales, qui prolifèrent aux abords de la ville et dans certaines zones urbaines. Ces montagnes d’ordures constituent un véritable désastre écologique et sanitaire :

Elles favorisent la propagation des maladies (choléra, typhoïde, infections respiratoires).

Elles génèrent des gaz toxiques et des incendies spontanés dus à la décomposition des matières organiques.

Elles obstruent les canaux de drainage, aggravant les inondations lors des pluies.

  1. Les déchets dans les rivières et les caniveaux
    Faute d’alternative, une part considérable des déchets est directement jetée dans le fleuve Congo et ses affluents, ainsi que dans les égouts. Résultat : des canaux bouchés, des inondations récurrentes et une pollution dramatique de l’eau. Pourquoi les autorités tolèrent-elles cette situation ?
  2. Les rares tentatives de recyclage
    Quelques initiatives locales tentent de recycler une fraction des déchets (plastiques, cartons, métaux), mais ces efforts restent marginalisés par le manque d’infrastructures et d’investissement. Pourquoi Kinshasa ne met-elle pas en place une vraie politique de recyclage, alors que tant de matériaux pourraient être revalorisés ?

Des questions en suspens et une politique à revoir

Le Salongo, tel qu’il est mis en place aujourd’hui, n’est qu’un pansement sur une plaie béante.

Les autorités ont-elles réellement prévu un plan de ramassage systématique après ces séances de nettoyage ?

Pourquoi ne voit-on aucun investissement majeur dans la gestion des déchets, alors que le problème est visible partout dans la ville ?

Quelles sont les solutions durables envisagées pour éviter que Kinshasa ne devienne une décharge à ciel ouvert ?

La relance du Salongo est un signal positif : elle rappelle aux citoyens leur responsabilité dans l’entretien de leur cadre de vie. Mais sans une logistique solide, sans un vrai plan de collecte et de traitement des déchets, cet effort restera vain.

Le gouvernement provincial de Kinshasa doit aller au-delà du symbolisme et mettre en place une stratégie ambitieuse de gestion des déchets, impliquant des infrastructures modernes, un réseau de collecte structuré et une vraie politique de recyclage.

Sinon, le Salongo ne sera qu’un exercice hebdomadaire de déplacement d’ordures… vers un autre coin de rue.

Rédaction

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