Extension de Kinshasa : entre ambition présidentielle et alertes foncières, ExobetonRDC appelle à une gouvernance urbaine rigoureuse

Le 22 décembre 2025, le Président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo, a officiellement lancé les travaux d’extension de la ville de Kinshasa. Un acte politique fort, présenté comme une réponse structurelle à l’explosion démographique, à l’asphyxie urbaine et aux profondes fragilités qui caractérisent la capitale congolaise.

Porté au plus haut sommet de l’État, le projet s’inscrit dans une volonté assumée de refonder l’urbanisation de Kinshasa. Mais au-delà de la symbolique de l’inauguration, des acteurs techniques et économiques appellent à la prudence. Parmi eux, ExobetonRDC, acteur majeur du secteur de la construction, qui soutient l’initiative présidentielle tout en alertant sur des enjeux fonciers, juridiques et urbanistiques majeurs.

Un leadership présidentiel salué

Pour Jean Bamanissa Saidi,président d’ExobetonRDC, la concrétisation de ce projet relève avant tout du leadership du Chef de l’État. « Sans la volonté politique du Président Félix Tshisekedi, ce projet serait resté à l’état d’intention », affirme-t-il.

La structure salue également l’implication directe de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, qui pilote le comité chargé de l’exécution des travaux. Une coordination au sommet de l’exécutif, jugée décisive pour éviter les blocages administratifs ayant paralysé par le passé de nombreux projets structurants.Rappelons que le CSSEK, institué sous le gouvernement de Sama Lukonde, est actuellement dirigé par Thierry Katembwe

Pour ExobetonRDC, l’extension de Kinshasa dépasse largement un chantier d’infrastructures : elle constitue un acte fondateur susceptible de redéfinir durablement l’organisation territoriale et administrative de la capitale.

Repenser le statut de Kinshasa : vers une métropole polycentrique

Au cœur des recommandations d’ExobetonRDC figure une réforme institutionnelle de fond : faire évoluer le statut juridique de Kinshasa. L’Asbl plaide pour que la capitale devienne une province-métropole, structurée autour de villes autonomes, à l’image des grandes capitales mondiales.

Selon Jean Bamanissa Saidi, une telle réforme permettrait :
• une décentralisation effective de la gestion urbaine ;
• un rapprochement de l’administration des citoyens ;
• une réduction des lourdeurs bureaucratiques ;
• et une capacité accrue d’anticipation et de planification face à la croissance démographique.

Dans cette perspective, ExobetonRDC invite la Première ministre à initier un décret fixant le nouveau statut juridique des groupements de Kia Mona à une Ville, appelés à constituer le socle administratif de la future province de Kinshasa.

L’autoconstruction anarchique, menace structurelle

L’un des principaux risques identifiés concerne la prolifération de l’autoconstruction incontrôlée autour du périmètre de l’extension. L’histoire urbaine de Kinshasa en offre de multiples exemples : en l’absence de planification stricte, l’urbanisation spontanée s’installe rapidement, rendant toute régularisation ultérieure coûteuse et socialement explosive.

ExobetonRDC appelle l’État à sécuriser juridiquement le foncier et à confier les terres disponibles à des opérateurs immobiliers structurés, capables de développer des projets conformes aux normes urbanistiques et aux standards internationaux en matière d’esthétique, de viabilisation et de durabilité.

Zone économique spéciale de Maluku : un périmètre réduit, un risque accru

Autre point de vigilance : la réduction significative de l’espace dédié à la Zone économique spéciale (ZES) de Maluku. Initialement conçue sur près de 800 hectares, la zone ne s’étend aujourd’hui que sur 60 hectares.

Pour ExobetonRDC, cette contraction fragilise la vocation industrielle et logistique du projet et expose l’État à un risque financier majeur. À terme, la récupération de terrains occupés ou pollués impliquerait des expropriations coûteuses, grevant lourdement les finances publiques.

Une vision ancienne freinée par l’inertie institutionnelle

Dans un rappel historique rarement mis en lumière,le plus grand salon d’infrastructures d’Afrique centrale souligne que le projet d’extension de Kinshasa avait été conceptualisé dès 2003 par la NCP DC,ancêtre de l’actuelle ExpobetonRDC.Plus de six années d’études et de promotion avaient été menées, pour un investissement dépassant 450 000 dollars américains.

En 2005, une étude topographique basée sur un système de survol et de numérisation des données, estimée à 180 000 dollars, avait été envisagée. Mais faute d’engagement clair de l’État, le projet s’est heurté à des blocages institutionnels. « Le projet restait celui de l’État, mais on attendait des promoteurs qu’ils en financent seuls les études », résume un ancien responsable impliqué.

Face à cette impasse, les initiateurs avaient fini par suspendre leurs démarches.

Une relance sous l’ère Tshisekedi

Contacté récemment, Jean Bamanissa Saidi se dit aujourd’hui satisfait de voir le projet relancé, tant pour la ZES de Maluku, à laquelle il a contribué jusqu’en 2018 à travers les termes de référence adoptés par la Banque mondiale et le CFEF, que pour la nouvelle cité en gestation.

ExobetonRDC affirme désormais concentrer ses efforts sur la promotion du développement des villes, des corridors économiques et des zones économiques spéciales.

De son côté, Olivier Mushiete, également impliqué dans les réflexions initiales, se dit convaincu que ces projets peuvent devenir un levier majeur d’emplois pour la jeunesse, aussi bien dans la construction que dans l’agriculture. Il rappelle que les modèles proposés reposaient sur des fermes moyennes de trois hectares et des systèmes d’agroforesterie, à l’image du projet d’IBI Village, aujourd’hui fragilisé par des occupations illégales.

Un tournant urbain sous haute surveillance

Le lancement des travaux du 22 décembre 2025 restera comme un moment charnière de l’histoire urbaine congolaise. Mais, préviennent les acteurs du secteur, le plus difficile commence maintenant : sécurisation foncière, clarification juridique, discipline urbanistique et cohérence institutionnelle.

L’extension de Kinshasa peut devenir un modèle africain de ville nouvelle, ou au contraire amplifier les dysfonctionnements existants à une échelle inédite. Entre ambition politique et réalités du terrain, l’avenir de la capitale se joue désormais dans l’exécution là où la gouvernance devra prouver sa capacité à transformer une vision en ville durable.

Rédaction

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