Lors du deuxième jour du Forum économique Angola–RDC, une voix s’est particulièrement distinguée dans les débats sectoriels : celle de Jean-Pierre Tshimanga Buana. Le ministre congolais de la Pêche et de l’Élevage y a posé, sans détour, les bases d’une réflexion stratégique sur l’avenir du commerce transfrontalier entre la République démocratique du Congo et l’Angola, avec un accent particulier sur le secteur halieutique.
Une dépendance assumée mais à structurer
La RDC importe déjà massivement des produits halieutiques en provenance de son voisin angolais. Cette réalité, loin d’être marginale, traduit à la fois un besoin alimentaire croissant et un déficit de production nationale. Pourtant, comme l’a souligné le ministre, cette dépendance pourrait devenir un levier de croissance mutuelle si elle était encadrée par un dispositif réglementaire solide.
Car aujourd’hui, le commerce transfrontalier reste largement informel. L’absence d’harmonisation des normes, la faiblesse des contrôles sanitaires et la multiplicité des circuits parallèles limitent non seulement les recettes fiscales, mais exposent également les populations à des risques sanitaires.

Vers un cadre réglementaire intégré
Pour Tshimanga Buana, l’urgence est claire : instaurer un véritable cadre réglementaire bilatéral. Cela suppose une convergence des politiques commerciales, douanières et sanitaires entre les deux pays. Il ne s’agit pas simplement de fluidifier les échanges, mais de les rendre traçables, sécurisés et équitables.
Un tel cadre permettrait notamment de mieux gérer les produits dits « allochtones » ces marchandises importées et redistribuées localement dont la circulation échappe encore largement aux dispositifs de contrôle officiels.
Coopération halieutique : un potentiel sous-exploité
Au-delà du commerce, la coopération dans la pêche maritime et industrielle constitue un autre axe stratégique. L’Angola dispose d’un accès direct à l’océan Atlantique et d’une industrie halieutique relativement développée, tandis que la RDC, malgré ses ressources hydriques importantes, peine à structurer son secteur.
Une collaboration renforcée pourrait ainsi prendre plusieurs formes : partage de technologies, formation des acteurs, investissements conjoints ou encore accords de quotas. L’objectif serait double : améliorer la production et garantir une exploitation durable des ressources.
Le défi pétrolier : une concurrence pour l’espace maritime
Mais cet élan de coopération se heurte à une contrainte majeure. Comme l’a rappelé le ministre, près de 40 % des zones maritimes destinées à la pêche sont aujourd’hui occupées par l’exploitation pétrolière. Une situation qui illustre la concurrence croissante entre les secteurs extractifs et halieutiques.
Cette cohabitation difficile pose des questions cruciales : comment arbitrer entre les intérêts économiques à court terme du (pétrole) et la sécurité alimentaire à long terme ? Comment protéger les écosystèmes marins face aux risques de pollution ?
Un tournant décisif à saisir
Au fond, l’intervention de Tshimanga Buana dépasse le cadre sectoriel. Elle met en lumière la nécessité pour la RDC et l’Angola de repenser leur partenariat économique dans une logique d’intégration régionale.
Le secteur de la pêche, souvent relégué au second plan, apparaît ici comme un révélateur des défis structurels : gouvernance, souveraineté alimentaire, gestion des ressources naturelles et équilibre entre exploitation et durabilité.
Si les intentions affichées lors de ce forum se traduisent en actions concrètes, les deux pays pourraient transformer une relation commerciale asymétrique en un véritable partenariat stratégique. À défaut, les opportunités resteront, une fois de plus, à l’état de promesses.

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