Expobeton Kalemie : Molendo Sakombi et le pari énergétique de la puissance congolaise

Par-delà les discours sur les infrastructures, la véritable bataille du développement congolais se joue aujourd’hui sur le terrain de l’énergie. À Kalemie, lors de la 11ᵉ édition d’Expobeton RDC, le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, a rappelé une vérité fondamentale : aucune ambition industrielle, aucune transformation économique durable et aucune souveraineté productive ne peuvent exister sans une capacité énergétique robuste.

L’histoire économique mondiale est sans ambiguïté. Toutes les nations qui ont réussi leur industrialisation ont d’abord résolu l’équation énergétique. Des États-Unis à la Chine, en passant par la Corée du Sud ou le Brésil, l’accès massif à une énergie fiable a toujours précédé l’essor industriel. L’électricité n’est pas un secteur parmi d’autres ; elle constitue l’infrastructure invisible qui soutient l’ensemble de l’activité économique.

Dans ce contexte, la République démocratique du Congo occupe une position singulière. Peu de pays disposent d’un potentiel énergétique aussi considérable. Avec près de 167 000 mégawatts de capacité hydroélectrique estimée et le complexe d’Inga comme joyau stratégique du continent africain, la RDC possède objectivement l’une des plus importantes réserves d’énergie renouvelable au monde.Pourtant, ce paradoxe demeure l’un des plus frappants du continent : un pays potentiellement riche en énergie continue de faire face à un déficit énergétique qui limite sa croissance, ralentit son industrialisation et fragilise sa compétitivité régionale.

C’est précisément ce paradoxe qu’Aimé Sakombi Molendo a placé au cœur de son intervention à Kalemie.Au-delà des chiffres et des annonces, le ministre a développé une vision qui dépasse largement la seule question de la production électrique. Son approche s’inscrit dans une logique de transformation structurelle où l’énergie devient un levier de puissance économique, d’intégration régionale et d’influence géopolitique.

Cette vision mérite d’être examinée avec attention.

Dans les économies contemporaines, l’énergie agit comme un multiplicateur de richesse. Chaque mégawatt supplémentaire disponible favorise la création d’emplois industriels, stimule les investissements privés, améliore la compétitivité des entreprises et réduit les coûts logistiques. À l’inverse, chaque déficit énergétique se traduit par une perte de productivité, une dépendance accrue aux importations et une fragilisation des chaînes de valeur nationales.

La RDC connaît parfaitement cette réalité.

Son secteur minier, moteur principal de l’économie nationale, demeure fortement dépendant d’infrastructures énergétiques insuffisantes. Les ambitions de transformation locale des minerais stratégiques — cuivre, cobalt, lithium ou manganèse — exigent des capacités électriques massives. Sans énergie abondante, la valeur ajoutée continue de se créer ailleurs, tandis que le pays exporte principalement des matières premières brutes.Le message porté à Expobeton est donc clair : la transition d’une économie extractive vers une économie industrielle passe nécessairement par l’expansion du réseau énergétique national.

Mais l’intervention de Sakombi Molendo revêt également une dimension géopolitique.

Dans un contexte où la sécurité énergétique devient un enjeu majeur pour les États africains, la RDC pourrait progressivement s’imposer comme un fournisseur régional incontournable. L’Afrique centrale et l’Afrique australe connaissent une demande énergétique en forte croissance, portée par l’urbanisation, l’industrialisation et l’essor des nouvelles technologies.Le potentiel hydroélectrique congolais pourrait ainsi alimenter non seulement les besoins nationaux, mais aussi contribuer à l’intégration énergétique régionale à travers les réseaux interconnectés.Cette perspective transforme la ressource hydraulique congolaise en véritable instrument de puissance.A cet égard, le choix de Kalemie comme cadre de cette réflexion n’est pas anodin.

Longtemps perçue comme périphérique dans les grands débats nationaux, la province du Tanganyika apparaît aujourd’hui comme une pièce importante de la stratégie de développement territorial. Située au croisement de plusieurs corridors commerciaux régionaux, elle dispose d’un potentiel considérable pour devenir une plateforme logistique, industrielle et commerciale.

Cependant, aucune de ces ambitions ne pourra se concrétiser sans infrastructures énergétiques adaptées.L’électricité conditionne l’installation des industries, la modernisation des ports, le développement des services numériques et l’attractivité des investissements privés. En ce sens, le développement énergétique du Tanganyika ne relève pas simplement d’une politique sectorielle ; il constitue une condition préalable à la transformation économique de toute la région.

Néanmoins, les défis demeurent immenses.

La RDC reste confrontée à des contraintes structurelles qui dépassent la seule question des ressources naturelles. Les retards accumulés dans plusieurs projets énergétiques, les besoins de financement colossaux, les difficultés de gouvernance, les pertes techniques sur les réseaux ainsi que la faible couverture électrique nationale continuent de freiner l’exploitation optimale du potentiel disponible.

Le défi n’est donc plus celui de l’identification des ressources.

Le défi est celui de l’exécution.L’Afrique regorge d’exemples de pays disposant d’immenses richesses naturelles mais incapables de les convertir en développement concret. L’histoire économique enseigne que les ressources ne créent pas automatiquement la prospérité ; ce sont les institutions, les investissements et la capacité d’exécution qui transforment le potentiel en puissance réelle.

C’est précisément sur ce terrain que sera jugée la stratégie défendue à Kalemie.

L’intervention d’Aimé Sakombi Molendo a eu le mérite de replacer le débat là où il doit être : non pas sur les promesses, mais sur la transformation effective des ressources en infrastructures, des infrastructures en production et de la production en prospérité collective.La RDC dispose aujourd’hui d’un avantage stratégique que peu de nations possèdent. À l’heure où le monde recherche des sources d’énergie renouvelables pour accompagner la transition énergétique mondiale, le potentiel hydroélectrique congolais représente une opportunité historique.

Encore faut-il que cette richesse cesse d’être une simple statistique pour devenir une réalité économique tangible.Dans cette bataille silencieuse qui façonne désormais la hiérarchie des puissances africaines, l’énergie n’est plus seulement une question technique. Elle est devenue un enjeu de souveraineté, de compétitivité et de leadership régional.A Kalemie, le ministre Sakombi Molendo a rappelé que la RDC possède les ressources nécessaires pour jouer dans cette catégorie. L’avenir dira si le pays saura transformer cet immense potentiel en puissance effective. Car, au fond, la question n’est plus de savoir ce que la RDC possède, mais ce qu’elle est capable d’en faire.

Rédaction

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