A Kalemie, lors de la session inaugurale de la 11ᵉ édition de Expo Béton RDC 2026, la question des minerais stratégiques s’est imposée comme l’un des grands fils conducteurs des échanges. Au centre des attentions : le lithium de Manono, devenu en quelques années l’un des symboles des nouvelles batailles économiques mondiales liées à la transition énergétique.
Parmi les interventions les plus scrutées figurait celle de Benjamin Katabuka, Directeur général de KoBold Minerals DRC. Son discours a révélé l’ampleur des ambitions de cette entreprise technologique minière américaine, mais aussi les nouvelles dynamiques géopolitiques qui se dessinent autour des ressources stratégiques de la République démocratique du Congo.A travers ses déclarations, KoBold Minerals cherche clairement à se positionner non comme une compagnie minière traditionnelle, mais comme un acteur de la nouvelle génération minière mondiale, mêlant technologie, intelligence des données et diplomatie économique.
Une nouvelle génération d’entreprises minières
Dès les premières minutes de son intervention, Benjamin Katabuka a voulu poser les bases de cette identité nouvelle. » Nous sommes une entreprise minière qui est venue révolutionner l’exploitation minière », a-t-il déclaré.Cette phrase résume parfaitement le positionnement stratégique de KoBold Minerals.
Contrairement aux modèles classiques d’exploitation reposant essentiellement sur l’extraction massive et les méthodes géologiques conventionnelles, KoBold Minerals se présente comme une entreprise technologique appliquée aux ressources minières. À l’échelle mondiale, la société s’est notamment fait connaître par son recours à l’intelligence artificielle, à l’analyse avancée des données géologiques et aux technologies de modélisation pour identifier les gisements stratégiques.L’arrivée de cette entreprise en RDC marque donc une évolution importante : le pays attire désormais des acteurs capables d’intégrer les minerais critiques dans les chaînes industrielles de la transition énergétique mondiale.
Pourquoi Manono est devenu un territoire stratégique mondial
Benjamin Katabuka a expliqué sans détour les raisons du choix porté sur Manono. » Pourquoi Manono ? Parce que cet espace couvre le plus grand gisement de lithium dans le monde. »Cette affirmation illustre à quel point cette localité du Tanganyika est progressivement devenue un territoire à forte portée géopolitique.Le lithium est aujourd’hui l’un des minerais les plus convoités au monde. Batteries électriques, véhicules électriques, stockage d’énergie, intelligence énergétique : la transition vers les énergies propres dépend largement de ce minerai.Dans ce contexte, la RDC apparaît désormais comme un acteur incontournable de la nouvelle économie verte mondiale.Pendant longtemps, le pays a dominé les marchés du cobalt et du cuivre. Désormais, avec Manono, il pourrait également devenir une puissance majeure du lithium.
La RDC au cœur de la compétition mondiale des minerais critiques
À travers son intervention, Benjamin Katabuka laisse entrevoir une réalité plus vaste : la RDC est en train de devenir un terrain stratégique de compétition économique mondiale.KoBold Minerals est arrivé officiellement en RDC en juillet dernier après la signature d’un accord avec le gouvernement congolais. Selon son Directeur général, l’entreprise a déjà obtenu 14 permis de recherche pour l’exploration du lithium et du cuivre.
Ces chiffres témoignent de l’ampleur des ambitions du groupe.
Mais ils traduisent également l’accélération des investissements étrangers dans les minerais critiques congolais.A mesure que les économies occidentales, asiatiques et africaines accélèrent leur transition énergétique, la sécurisation des approvisionnements en minerais stratégiques devient un enjeu géopolitique majeur.Le Tanganyika se retrouve désormais au cœur de cette nouvelle cartographie mondiale des ressources.
La phase actuelle : exploration et prélèvements
Benjamin Katabuka a précisé que KoBold Minerals se trouve actuellement dans une phase de prélèvement et d’analyse des échantillons géologiques.Cette étape, souvent discrète pour le grand public, est pourtant fondamentale dans le développement minier moderne.
L’objectif est de :
- cartographier précisément les réserves ;
- analyser la qualité du minerai ;
- modéliser les gisements ;
- évaluer la rentabilité industrielle ;
- préparer les futures phases d’exploitation.
- Le recours à la digitalisation des données géologiques, également évoqué dans le discours, montre que l’entreprise cherche à appliquer des méthodes technologiques avancées dans la gestion des ressources minières congolaises.Cette modernisation pourrait constituer une rupture importante dans un secteur longtemps marqué par des systèmes d’information fragmentés ou peu numérisés.
Les infrastructures comme levier de transformation territoriale
Comme d’autres entreprises intervenant au Tanganyika, KoBold Minerals insiste fortement sur la question des infrastructures.Le Directeur général a notamment évoqué la construction de routes destinées au désenclavement des zones d’exploitation.Dans une province où les difficultés de mobilité constituent encore un frein majeur au développement économique, ces investissements routiers possèdent une importance stratégique.Les routes minières ne servent pas uniquement au transport des minerais. Elles deviennent souvent des infrastructures structurantes pour :
les échanges commerciaux ;
- l’accès des populations aux services sociaux ;
- la circulation des produits agricoles ;
- la connectivité des territoires enclavés.
- L’exploitation du lithium pourrait ainsi accélérer l’intégration économique du Tanganyika.
50 millions de dollars déjà investis
KoBold Minerals affirme avoir déjà investi 50 millions de dollars en RDC, dont 20 millions directement versés au gouvernement congolais.Cette précision vise clairement à démontrer le poids économique du projet ainsi que son impact immédiat sur les finances publiques nationales.Dans un contexte où les débats autour de la gouvernance minière restent sensibles en RDC, les entreprises cherchent de plus en plus à afficher leur contribution économique directe :
- paiements fiscaux ;
- redevances ;
- investissements communautaires ;
- infrastructures ;
- emplois.
- Mais cette communication répond aussi à une attente forte des populations : voir les ressources naturelles produire des bénéfices visibles pour le pays.
Entre exploitation minière et responsabilité sociale
Benjamin Katabuka a également mis en avant les actions sociales déjà engagées par l’entreprise, notamment la réhabilitation de l’Hôpital général de Manono.Ce type d’investissement communautaire devient désormais incontournable pour les groupes miniers opérant dans des territoires souvent confrontés à d’importants déficits d’infrastructures sociales.La santé, l’éducation, l’accès à l’eau et les infrastructures locales sont devenus des dimensions essentielles de l’acceptabilité sociale des projets extractifs.Les entreprises minières savent aujourd’hui que leur stabilité opérationnelle dépend aussi de leur capacité à maintenir de bonnes relations avec les communautés locales.
L’accord USA–RDC : un enjeu géoéconomique majeur
L’un des passages les plus politiques du discours concerne l’accord entre les États-Unis et la RDC.Benjamin Katabuka a exprimé le souhait de voir cet accord pleinement mis en œuvre « pour éviter tout ce que nous connaissons dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires ».Cette déclaration révèle l’importance croissante des enjeux diplomatiques autour des minerais critiques congolais.Les États-Unis, comme plusieurs puissances occidentales, cherchent actuellement à renforcer leur présence dans les chaînes d’approvisionnement africaines afin de sécuriser l’accès aux minerais stratégiques nécessaires à leurs industries technologiques et énergétiques.
Pour la RDC, ces partenariats représentent potentiellement :
- des investissements massifs ;
- des transferts technologiques ;
- des infrastructures ;
- des garanties de marché ;
- une diversification des partenaires internationaux.
- Mais ils posent également la question cruciale de la souveraineté économique et de la capacité du pays à négocier des accords équilibrés.
Le défi congolais : transformer le boom du lithium en développement durable
L’intervention de KoBold Minerals à Expo Béton 2026 illustre finalement le moment historique que traverse actuellement la RDC.Le pays dispose aujourd’hui d’un potentiel exceptionnel dans les minerais critiques de la transition énergétique mondiale :
- cobalt ;
- cuivre ;
- lithium ;
- minerais stratégiques liés aux nouvelles technologies.
- Mais la véritable question demeure entière : comment transformer cette richesse en développement durable pour les populations ?Le défi dépasse largement l’exploitation minière elle-même.
Il implique :
- la transformation locale ;
- le développement des infrastructures ;
- la formation de la jeunesse ;
- la création d’emplois qualifiés ;
- la transparence dans la gouvernance ;
- la stabilité réglementaire ;
- la diversification économique.
Manono, nouveau centre de gravité de l’économie verte africaine ?
À travers les annonces faites à Kalemie, une chose apparaît désormais clairement : Manono n’est plus simplement une localité minière du Tanganyika.
Le territoire devient progressivement un espace stratégique mondial où se croisent :
- intérêts industriels ;
- enjeux géopolitiques ;
- ambitions technologiques ;
- stratégies énergétiques mondiales.
- KoBold Minerals entend jouer un rôle majeur dans cette transformation.Reste à savoir si la RDC saura convertir cette nouvelle ruée vers le lithium en véritable moteur de prospérité nationale et territoriale.Car l’histoire minière africaine a souvent montré que les ressources peuvent autant enrichir les nations qu’alimenter de nouvelles dépendances.Le pari du Tanganyika consiste désormais à écrire une autre histoire.
- Découvrez le programme complet des panels et l’ensemble des sessions prévues sur les quatre jours en cliquant sur ce lien👉
https://www.expobetonrdc.com/documentation/2026/FR_V22_Invitation_ExpoBeton_RDC_2026.pdf
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