À Expobéton RDC, le recteur de l’Université de Lubumbashi “Les minerais ne nous sauveront pas”

Lors de son intervention à la 9ème édition d’EXPO RDC organisée à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, le recteur de l’Université de Lubumbashi, Professeur Ordinaire Gilbert Kishiba, a lancé un avertissement lucide. D’après lui « les minerais qui constituent une part importante de la richesse de la RDC, ne nous sauveront pas. Ce qui nous sauvera, c’est la diversification de notre économie et la transformation locale de nos ressources. »

Ce message, prononcé dans le cadre d’un panel sur la vision de l’université face aux défis de développement, a secoué l’auditoire composé d’experts, d’acteurs du secteur minier, de membres du gouvernement et de partenaires techniques. À travers ses mots, le recteur a mis en lumière les limites du modèle extractif congolais et l’urgence d’une réorientation stratégique de l’économie nationale.

Une dépendance risquée aux ressources minières

Le Professeur Kishiba a rappelé que la RDC tire plus de 90 % de ses recettes d’exportation des matières premières, notamment du cuivre, du cobalt, du coltan et de l’or. Or, cette dépendance rend le pays extrêmement vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux, aux pressions géopolitiques et à la captation de valeur par des multinationales.

« Tant que nous continuerons à exporter des minerais bruts sans les transformer localement, nous resterons enfermés dans un cycle de dépendance et de pauvreté structurelle », a-t-il martelé.

Diversifier pour libérer le potentiel national

Le recteur a insisté sur la nécessité d’investir dans d’autres secteurs à fort potentiel, tels que :
• L’agriculture : premier pourvoyeur d’emplois si modernisée ;
• L’industrie locale : notamment la sidérurgie, la chimie, les matériaux de construction ;
• Les énergies renouvelables : pour alimenter la transformation industrielle de manière durable ;
• Le numérique et l’innovation : piliers de la nouvelle économie.

Cette diversification ne peut, selon lui, être effective que si le capital humain est valorisé à travers une formation adaptée, des investissements en recherche appliquée et une politique industrielle volontariste.

Transformer sur place : un impératif économique et stratégique

Le Professeur Kishiba a plaidé pour que le pays cesse d’être un simple fournisseur de matières premières pour le reste du monde et devienne une puissance de transformation sur son propre sol.

« Chaque tonne de cuivre ou de cobalt qui sort du pays sans être transformée est une perte d’emploi, une perte de fiscalité, une perte d’intelligence locale. Nous devons changer cela. »

Il a souligné que des pays comme l’Indonésie ou le Chili ont imposé des quotas de transformation locale ou des moratoires sur l’exportation brute — des modèles à étudier et à adapter pour la RDC.

Une parole universitaire qui s’affirme

Ce discours s’inscrit dans une nouvelle posture de l’Université de Lubumbashi, qui entend jouer un rôle actif dans le débat public, non seulement en tant que centre de savoir, mais aussi comme acteur du développement national. La participation de son recteur à Expobéton RDC symbolise ce virage stratégique.

Ce message fort et sans détour lance un défi à l’élite congolaise : celui de penser l’économie autrement, en allant au-delà du “tout-minier”, pour bâtir une croissance inclusive, souveraine et durable.

Rédaction

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