Cobalt congolais : l’embargo gouvernemental dope les prix, mais étouffe les exploitants locaux

Kinshasa, 26 juin 2025 .Alors que la République démocratique du Congo (RDC), premier producteur mondial de cobalt, maintient jusqu’en septembre son embargo sur l’exploitation et les exportations du précieux minerai, les effets économiques se font vivement sentir. Si la mesure a permis de faire bondir le prix du cobalt sur le marché international de 20.000 $ à 33.000 $ la tonne en l’espace de trois mois, les exploitants, eux, crient à l’asphyxie.

Une politique de rareté assumée

Depuis l’annonce surprise de l’embargo en mars dernier, le gouvernement congolais défend une stratégie de souveraineté minière. L’objectif affiché : réorganiser la chaîne de valeur, renforcer la traçabilité et favoriser la transformation locale du cobalt. “Trop longtemps, notre cobalt a été bradé sans réel bénéfice pour notre économie”, justifie un haut fonctionnaire du ministère des Mines.

Avec environ 72 % de la production mondiale provenant du sol congolais, la RDC exerce un poids sans égal sur ce marché stratégique, indispensable à la fabrication des batteries électriques, notamment pour les voitures et les smartphones.

Une flambée des prix sur fond d’incertitudes

L’impact de l’embargo ne s’est pas fait attendre : en trois mois, le cours du cobalt a grimpé de 65 %, passant de 20.000 $ à 33.000 $ la tonne métrique. Cette envolée a profité à certains traders internationaux ayant stocké du cobalt en prévision de la pénurie. Mais elle déstabilise les chaînes d’approvisionnement, notamment en Chine, qui raffine plus de 75 % du cobalt mondial.

Des exploitants congolais sous pression

Pourtant, cette politique du choc n’est pas sans effets collatéraux. À Kolwezi, Likasi ou Fungurume, les exploitants artisanaux et même plusieurs industriels locaux dénoncent un étranglement économique. “Nos stocks dorment dans les entrepôts, nous avons des charges fixes, des dettes bancaires, et aucun revenu depuis trois mois”, alerte un responsable d’une coopérative minière du Lualaba.

Selon la Fédération des exploitants miniers du Katanga (FEMIKAT), plus de 12.000 emplois directs sont aujourd’hui menacés par la suspension des activités, sans compter les centaines de milliers d’emplois indirects dans la logistique, la restauration ou la sécurité.

Une tension sociale qui monte

Début juin, plusieurs sit-in ont été organisés à Lubumbashi et Kolwezi, où des travailleurs ont réclamé la levée immédiate de l’embargo. La situation risque de se détériorer davantage dans les semaines à venir si aucune compensation n’est accordée aux acteurs nationaux.

“On favorise une stratégie macroéconomique sans mesures d’accompagnement pour les PME locales. Le résultat, c’est un enrichissement des spéculateurs et un appauvrissement des Congolais”, déplore l’économiste Jean-Michel Kayembe.

Vers une sortie de crise ?

Le gouvernement reste inflexible, mais a promis un plan de soutien aux opérateurs affectés, encore flou à ce jour. Un fonds de stabilisation de 50 millions de dollars a été évoqué, mais n’est toujours pas opérationnel. En attendant, l’embargo reste un pari risqué : il redonne au cobalt congolais un poids stratégique inédit, tout en mettant en péril les maillons les plus fragiles de l’économie minière nationale.

Rédaction

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