Cobalt en RDC : la transition énergétique peut-elle ignorer le prix humain ?

Plus d’un mineur artisanal congolais sur deux se dit victime d’exploitation. C’est le constat glaçant du rapport « Blood Batteries : The human rights and environmental impacts of cobalt mining in the Democratic Republic of the Congo », publié en août 2025 par l’Université de Nottingham. Derrière les voitures électriques et les smartphones, le cobalt congolais cache une réalité sombre : travail forcé, misère et violations massives des droits humains à en croire le rapport.

Des chiffres qui font froid dans le dos

L’étude menée auprès de 1 431 mineurs artisanaux dans les provinces du Lualaba (62,5 %) et du Haut-Katanga (37,5 %) révèle :
• 56,9 % se considèrent victimes de travail forcé ou d’exploitation ;
• 36,8 % déclarent être directement soumis au travail forcé ;
• 9,2 % sont des enfants contraints de travailler ;
• 6,5 % en servitude pour dettes ;
• 4,4 % victimes de traite humaine.

À cela s’ajoutent 41,9 % de sanctions pour “manque de rendement”, et un climat général de menaces et violences. Plus d’un quart des mineurs ont commencé alors qu’ils étaient encore mineurs, souvent faute d’alternative économique.

Pauvreté et santé en lambeaux

Les mineurs travaillent 9,5 heures par jour pour un revenu médian de 3,28 dollars. Les femmes sont les plus précarisées : 1,84 dollar contre 3,52 dollars pour les hommes.
Les conséquences sanitaires sont dramatiques : deux tiers souffrent de maladies chroniques – troubles respiratoires, dermatologiques, fractures, hernies. 70 % rêvent de quitter ce métier, mais n’ont aucune option.

Un désastre écologique

Autour des sites, les prélèvements d’eau affichent des taux d’arsenic, de plomb et de cadmium jusqu’à 930 fois supérieurs aux normes de l’OMS. Des rivières contaminées, des nappes phréatiques polluées, des villages entiers exposés.

Le paradoxe congolais

Avec 24 000 milliards de dollars de ressources inexploitées, la RDC devrait être un géant économique. Pourtant, le cobalt, métal stratégique de la transition énergétique mondiale, repose sur une économie de survie, violente et inégalitaire.

Un appel à l’action globale

Le rapport recommande :
• Une diligence raisonnable transparente sur la chaîne d’approvisionnement ;
• L’obligation pour les géants de la tech et de l’automobile de respecter les droits humains ;
• Des mécanismes de recours sûrs pour les mineurs ;
• Des alternatives économiques pour supprimer le travail des enfants.

Fédérer et certifier : le rôle du Club BTP et de la Chambre des Métiers

Face à ces défis, le Club BTP et la Chambre des Métiers et Artisans de RDC se positionnent comme catalyseurs de changement. Leur mission :
• Fédérer les artisans et ouvriers pour structurer la main-d’œuvre locale ;
• Mettre en place des systèmes de certification inspirés des standards sud-africains, gage de qualité et de professionnalisation ;
• Créer des opportunités économiques hors de l’exploitation minière, notamment dans le bâtiment et les travaux publics.

Car sans un artisanat fort, formalisé et certifié, la RDC restera prisonnière d’une économie extractive qui tue ses enfants et sacrifie son avenir.

Rédaction

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