À l’occasion de la deuxième journée de la 11ᵉ édition de l’Expobeton RDC, ce jeudi 28 mai 2026, le secrétaire exécutif du Corridor central, Flory Okandju, est intervenu dans le cadre du troisième panel consacré à « l’état des infrastructures multimodales au Tanganyika : routes, rails, ports et aéroports ».Une prise de parole dense, porteuse d’une vision régionale ambitieuse, dans un contexte où la République démocratique du Congo cherche plus que jamais à transformer son immense potentiel géographique en véritable puissance logistique africaine.
Le Tanganyika, pivot stratégique du commerce régional
Longtemps considéré comme une périphérie éloignée des grands circuits économiques, l’espace du Tanganyika apparaît aujourd’hui comme l’un des futurs centres névralgiques des échanges entre la RDC et l’Afrique de l’Est.A travers le Corridor central axe stratégique reliant notamment la Tanzanie à la RDC via les réseaux portuaires, ferroviaires, routiers et lacustres les autorités et partenaires régionaux veulent bâtir une nouvelle architecture du commerce régional.
Le message porté par Flory Okandju est clair : le développement du Tanganyika ne peut plus être pensé de manière sectorielle. Il doit désormais reposer sur une approche multimodale intégrée, capable de connecter les ports, les chemins de fer, les infrastructures routières et les plateformes aéroportuaires dans une même dynamique économique.

Ports : la renaissance d’une façade logistique lacustre
Parmi les priorités évoquées figure la réhabilitation des ports existants ainsi que la construction de nouvelles infrastructures portuaires.Dans une région où le transport lacustre reste vital pour les échanges commerciaux et la mobilité des populations, la modernisation des ports du Tanganyika représente un levier majeur de désenclavement.Au-delà du simple transport des marchandises, ces infrastructures sont appelées à devenir de véritables plateformes économiques régionales capables d’attirer les investissements privés, de fluidifier les exportations minières et agricoles et de réduire les coûts logistiques souvent exorbitants dans cette partie du continent.L’enjeu est également géopolitique. En renforçant les connexions lacustres avec la Tanzanie et les autres pays riverains, la RDC consolide progressivement son ouverture vers les marchés de l’Afrique orientale.
Les ports secs, nouvelle frontière de l’intégration économique
L’autre annonce forte concerne les ports secs.Selon le secrétaire exécutif du Corridor central, plusieurs hectares ont déjà été obtenus aussi bien en RDC qu’en Tanzanie, avec près de 60 000 hectares de terres mobilisés dans le cadre de ces projets.Cette orientation traduit une mutation profonde de la vision logistique régionale. Les ports secs ne sont plus perçus comme de simples espaces de stockage, mais comme des zones économiques intégrées capables d’accueillir des activités industrielles, douanières et commerciales.Dans un pays-continent comme la RDC, où les distances et les lenteurs administratives pénalisent fortement la compétitivité économique, ces plateformes pourraient considérablement accélérer les chaînes d’approvisionnement et stimuler les investissements transfrontaliers.
Le rail revient au centre des ambitions régionales
Le secteur ferroviaire occupe également une place centrale dans cette stratégie.Flory Okandju a annoncé la tenue prochaine d’une réunion à Lubumbashi entre la SNCC et les autorités tanzaniennes compétentes en matière ferroviaire. Parallèlement, des réunions techniques entre experts se poursuivent régulièrement, tant en Tanzanie qu’en RDC.Ces discussions traduisent la volonté de relancer un vieux rêve africain : reconnecter durablement les réseaux ferroviaires régionaux afin de réduire la dépendance excessive au transport routier.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse largement la mobilité. Le rail constitue un instrument de souveraineté économique.Un réseau ferroviaire performant permettrait d’évacuer plus efficacement les minerais stratégiques du Grand Katanga, de stimuler les échanges agricoles et de réduire considérablement les coûts de transport qui pèsent sur les produits congolais.Mais ce chantier reste colossal. Les décennies de sous-investissement, la vétusté des infrastructures et les difficultés de gouvernance constituent encore des obstacles majeurs. La réussite de cette ambition dépendra donc autant des financements que de la capacité des États à assurer une gestion rigoureuse et durable des projets.
Le ciel congolais s’ouvre davantage à l’Afrique de l’Est
Sur le plan aérien, les avancées semblent déjà concrètes.Air Tanzania a commencé à exploiter certaines lignes vers des villes stratégiques de la RDC, notamment Lubumbashi et Kinshasa, tandis qu’une desserte prochaine de Kalemie a également été annoncée.Cette expansion aérienne symbolise le rapprochement progressif entre la RDC et l’espace économique est-africain.Dans une région où les contraintes de mobilité ralentissent souvent les affaires et les investissements, le développement des liaisons aériennes représente un accélérateur de connectivité économique.Le transport aérien devient ainsi un maillon essentiel du corridor multimodal voulu par les autorités régionales.
Une coopération régionale qui s’élargit aussi au secteur maritime
Autre signal encourageant : des compagnies maritimes des deux pays travaillent actuellement au renforcement de leur coopération dans ce domaine.Cette coordination progressive entre acteurs publics et privés traduit une prise de conscience nouvelle : aucune infrastructure ne peut produire pleinement ses effets sans interconnexion avec les autres réseaux de transport.Routes, ports, rail, aviation et transport maritime doivent désormais fonctionner comme un système intégré capable de soutenir l’industrialisation et l’intégration régionale.

Au-delà des annonces, le défi de l’exécution
Si les ambitions affichées lors d’Expobeton RDC suscitent l’espoir, la question de l’exécution demeure centrale.La RDC a souvent été le théâtre de projets d’infrastructures prometteurs restés inachevés ou ralentis par les difficultés financières, les lourdeurs administratives et l’instabilité institutionnelle.Le véritable défi sera donc de transformer cette vision régionale en réalisations concrètes et durables.Car derrière les ports, les rails et les aéroports, c’est toute la question du développement économique du Congo qui se joue.Le Tanganyika pourrait ainsi devenir bien plus qu’un espace de transit : un véritable moteur de croissance régionale, capable de repositionner la RDC au cœur des échanges africains.Et à entendre Flory Okandju, le temps des simples projections semble progressivement céder la place à celui des premières concrétisations.
Rédaction


