À Kinshasa, l’eau n’est pas qu’un service public. Elle est une question de dignité, de santé et de stabilité sociale. La communication récente du Directeur général David Tshilumba Mutombo sur la situation de la REGIDESO remet le débat au centre des priorités urbaines : où en est réellement la capitale de la République démocratique du Congo dans sa quête d’un accès universel à l’eau potable ?
Des chiffres qui traduisent un effort réel
Avec une production actuelle de 920 000 m³ par jour, Kinshasa affiche une progression notable. Les principales usines Ozone & N’djili (660 000 m³/jour), Ngaliema (110 000 m³/jour), Lukaya (75 à 80 000 m³/jour) et d’autres unités secondaires (40 à 50 000 m³/jour) constituent l’ossature d’un système qui s’est densifié.

En trois ans, l’augmentation de 350 000 m³/jour représente un bond significatif. Derrière ce chiffre, il y a une réalité concrète : plus de six millions de personnes supplémentaires desservies. Dans une métropole estimée à plus de 15 millions d’habitants et en croissance rapide, ce n’est pas anodin.
Mais l’arithmétique urbaine est impitoyable.
Un déficit qui reste massif
Malgré les avancées, 35 % de la population reste en situation de déficit d’accès régulier à l’eau potable. Cela correspond à un manque estimé entre 400 000 et 600 000 m³ supplémentaires par jour.
Autrement dit, les progrès réalisés ne suffisent pas encore à compenser :
• la croissance démographique accélérée,
• l’expansion anarchique des quartiers périphériques,
• le vieillissement des réseaux de distribution,
• et les pertes techniques liées aux fuites et aux raccordements informels.
À Kinshasa, produire plus ne suffit pas ; il faut distribuer mieux.
2030 : un objectif ambitieux, un test politique
Le projet « Kinshasa amont-aval », avec de nouvelles usines prévues à l’est (Nsele) et à l’ouest (Lutendele), vise un objectif clair : 100 % d’accès à l’eau potable dans toutes les communes d’ici 2030.
L’ambition est à saluer. Elle s’inscrit dans la dynamique mondiale des Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 6 sur l’accès universel à l’eau.
Mais plusieurs questions structurantes se posent :
1. Financement durable : les infrastructures hydrauliques nécessitent des investissements lourds et une maintenance constante.
2. Gouvernance et transparence : la confiance des citoyens dépendra de la gestion rigoureuse des fonds et des délais.
3. Énergie et résilience climatique : produire de l’eau exige une stabilité énergétique et une adaptation aux variations hydrologiques.
L’eau n’est pas qu’une question technique ; elle est profondément politique.
La question cruciale de la coordination urbaine
L’appel d’ExpobetonRDC à une meilleure coordination entre les travaux routiers et les canalisations d’eau met le doigt sur une faiblesse chronique : le manque de planification intégrée.
Trop souvent, les routes sont asphaltées avant que les conduites ne soient remplacées. Résultat :
• routes fraîchement construites éventrées quelques mois plus tard,
• surcoûts budgétaires,
• perte de crédibilité institutionnelle,
• et exaspération des citoyens.
Une capitale moderne ne peut se permettre une gestion en silos. Les infrastructures doivent être pensées de manière systémique : voirie, eau, assainissement, électricité, fibre optique. La planification urbaine doit précéder le béton.
L’eau comme pilier de stabilité sociale
À Kinshasa, l’accès à l’eau potable influence directement :
• la santé publique (réduction des maladies hydriques),
• la scolarité (moins de temps passé à chercher de l’eau),
• la sécurité (moins de tensions autour des bornes-fontaines),
• et l’économie informelle.
Chaque mètre cube produit est aussi un investissement dans la paix sociale.
le moment de vérité
Les chiffres présentés par la REGIDESO montrent une dynamique encourageante. Mais la route vers 2030 sera décisive. Kinshasa se trouve à un carrefour : soit elle transforme cet élan en réforme structurelle durable, soit elle restera prisonnière d’un cycle d’expansion partielle et de pénurie persistante.
L’eau est un droit fondamental. À Kinshasa, elle est aussi le révélateur de la capacité de l’État à planifier, coordonner et servir.
La capitale congolaise n’a plus seulement besoin de nouvelles usines.
Elle a besoin d’une vision urbaine intégrée, cohérente et anticipative.
Et 2030 arrive vite.

Rédaction


