La République démocratique du Congo vit une contradiction aussi flagrante que persistante : être l’un des pays au plus grand potentiel hydroélectrique au monde tout en restant plongée dans un déficit énergétique chronique. Devant les étudiants, le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, le professeur Daniel Mukoko Samba, a mis des chiffres clairs sur une réalité que vivent quotidiennement les ménages et les entreprises congolaises.
À Kinshasa, la capitale de plus de 15 millions d’habitants, le déficit électrique est estimé à 1 000 mégawatts, soit l’équivalent de la production de la moitié des centrales d’Inga 1 et Inga 2, si l’ensemble de leurs 14 groupes étaient pleinement opérationnels. Dans le Grand Katanga minier, moteur industriel du pays, le manque est encore plus alarmant : 1 200 mégawatts, un déficit en constante augmentation sous la pression de l’industrie minière, pilier des exportations nationales.
Ces chiffres ne sont pas de simples données techniques. Ils traduisent un frein majeur au développement, à l’industrialisation et à la création d’emplois. Sans électricité fiable, pas d’usines compétitives, pas de transformation locale des minerais, pas de croissance inclusive.
Un potentiel immense, une exploitation limitée
La RDC dispose de près de 100 000 mégawatts de potentiel hydroélectrique, dont le site d’Inga représente à lui seul un gisement stratégique à l’échelle du continent africain. Pourtant, ce potentiel reste largement sous-exploité, victime de décennies de sous-investissement, de gouvernance défaillante et d’instabilité politique.
Pour le professeur Mukoko Samba, la solution passe nécessairement par une montée en puissance de la production nationale d’électricité. « Nous devons produire plus d’électricité puisque nous avons l’énorme potentiel », a-t-il martelé, rappelant que l’énergie est la colonne vertébrale de toute économie moderne.
L’accord économique avec les États-Unis : levier ou pari stratégique ?
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’accord économique signé avec les États-Unis, présenté par le ministre comme un instrument clé pour accélérer le développement de la RDC et consolider la paix dans la sous-région. Selon lui, cet accord ouvre la voie à des investissements massifs, notamment dans les infrastructures énergétiques, et pourrait générer des millions d’emplois pour les Congolais.
Mais le ministre a tenu à poser une condition politique majeure : la mise en œuvre effective de cet accord dépendra du retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Une déclaration forte, qui lie clairement développement économique, souveraineté nationale et stabilité régionale.
Ce lien n’est pas anodin. Sans sécurité, aucun investisseur sérieux ne s’engage durablement. Sans intégrité territoriale, les ambitions industrielles restent fragiles. Le message adressé aux étudiants est donc aussi un appel à comprendre que l’économie ne se dissocie ni de la diplomatie, ni de la défense des intérêts nationaux.
Une interpellation à la jeunesse et aux décideurs
En s’adressant au monde académique, Daniel Mukoko Samba ne s’est pas contenté de dresser un constat. Il a lancé une interpellation : celle d’une génération appelée à penser le développement congolais sur le long terme, à exiger des politiques énergétiques cohérentes et à défendre une vision souveraine de l’exploitation des ressources.
La crise énergétique actuelle n’est pas une fatalité. Elle est un choix collectif différé, une urgence repoussée. La RDC se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : soit elle transforme son potentiel en puissance économique réelle, soit elle continue à exporter ses richesses brutes tout en important l’obscurité.
L’électricité n’est pas seulement une question de mégawatts. Elle est une question de dignité, de souveraineté et d’avenir.
Rédaction


