En marge d’Indaba, le Président d’Expobeton se confie à Geopolis

Interview exclusive du Sénateur Jean Bamanisa Saidi, Président d’Expobeton RDC, accordée à Geopolis Groupe
Le Congo est-il de retour dans la cour des grands ?

« Bien sûr. Ce que nous vivons ici est l’aboutissement d’un long processus. Le retour de l’intérêt stratégique des États-Unis, des pays arabes et de plusieurs partenaires internationaux pour la RDC montre que notre pays est redevenu un acteur central dans l’économie mondiale. Mais l’enjeu n’est pas seulement l’exploitation de nos ressources, c’est surtout leur valorisation au profit du peuple congolais. »

Le Président d’Expobeton souligne que les discours des ministres africains présents à Indaba notamment ceux de la RDC, de la Zambie et de l’Afrique du Sud ont mis en avant une vision claire :
l’Afrique doit produire, transformer et construire elle-même son développement.

« L’Asie se positionne sur les minerais critiques pour la technologie, les États-Unis sur la défense, l’Union européenne sur le trading. Mais l’Afrique doit devenir le lieu de production et de transformation. Or, on ne peut pas transformer sans villes, sans routes, sans énergie, sans béton. »

C’est précisément cette vision qui fonde Expobeton, présenté comme le Salon du développement urbain, des corridors économiques et des Zones Économiques Spéciales.
Les investissements miniers : une opportunité à structurer

Pour Jean Bamanisa Saidi, la RDC est à un moment décisif de son histoire.

« Les ressources sont là. L’intérêt est là. Mais nous avons un problème de capacité d’absorption. Il nous faut une politique claire sur 50 ans, au-delà des régimes politiques, pour transformer cette richesse en infrastructures, en écoles, en hôpitaux, en énergie et en emplois. »

Il insiste sur le fait que les minerais doivent devenir un levier structurant du développement national, au même titre que l’agriculture, l’éducation et l’énergie.
Deals miniers : faiblesse passée, opportunité présente

Concernant les critiques selon lesquelles la RDC aurait signé certains accords en position de faiblesse, le président d’Expobeton est nuancé mais ferme.

« Le partenariat sino-congolais de 2008–2009 n’a pas donné tous les résultats attendus. Mais aujourd’hui, grâce à la renégociation engagée par le Chef de l’État, nous sommes passés à plus de 7 milliards de dollars à réinvestir. Le défi, maintenant, c’est la qualité des investissements. »

Il rappelle que le pays a besoin d’un plan massif de reconstruction :
• 30 milliards USD pour la voirie et le drainage des villes
• 10 à 15 milliards USD pour Kinshasa seule sur 15 à 20 ans
• Des investissements prioritaires dans l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation et les transports

« Ce n’est pas un programme politique de cinq ans. C’est un programme national de 30 à 50 ans. »
Le Parlement doit être associé aux négociations

Jean Bamanisa regrette que le Parlement ne soit pas systématiquement impliqué en amont des accords stratégiques.

« Le gouvernement a travaillé avec une trentaine d’experts, ce qui est positif. Mais le Parlement aurait dû accompagner les négociations dès le départ. L’entérinement serait alors une formalité, car les élus se seraient approprié le processus. »
L’avenir d’Expobeton et la réforme de Kinshasa

Le président d’Expobeton rappelle que plusieurs recommandations issues du salon ont déjà influencé l’action publique, notamment la création du Ministère de la Politique de la Ville et l’orientation vers les routes en béton.

Mais il va plus loin :
il plaide pour une réorganisation profonde de Kinshasa.

« Kinshasa ne peut pas fonctionner dans son format actuel. Nous proposons de la restructurer en quatre grandes villes. Le statut politico-administratif actuel est un cafouillage. Il faudra même, à terme, revoir certains articles de la Constitution. »
Un appel à la confiance

Jean Bamanisa conclut par un message aux autorités congolaises :

« Expobeton ne travaille pour aucun groupe d’intérêt. Nous travaillons pour la RDC. Nous demandons simplement que nos recommandations soient appliquées et reconnues lorsqu’elles sont pertinentes. Le développement du Congo exige du courage, de la vision et de la continuité. »

Rédaction

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