Expo Béton 2026 : Pour Mimile Maisha, la gestion des risques doit devenir le socle du développement immobilier en RDC

Kalemie, Tanganyika. Au cœur des débats consacrés à l’ingénierie foncière, aux mécanismes de financement et à la promotion immobilière lors de la 11ᵉ édition d’Expo Béton RDC, une voix s’est distinguée par son approche pragmatique et structurante : celle de Mimile Maisha, Président de l’Institut du Risk Management (iRMA).Intervenant dans un contexte marqué par une urbanisation accélérée, des besoins croissants en logements et des défis persistants liés au financement des infrastructures, l’expert a placé la gestion des risques au centre de la réflexion sur l’avenir des villes congolaises.

Financer les villes plutôt que les bâtimentsPour Mimile Maisha, la problématique du développement immobilier ne peut être réduite à une simple question de construction de logements. Selon lui, l’enjeu véritable consiste à bâtir des villes fonctionnelles, résilientes et économiquement viables.

« L’objectif n’est pas seulement de financer des bâtiments, mais de financer des villes », a-t-il souligné devant un auditoire composé de décideurs publics, de banquiers, d’assureurs et d’investisseurs.Cette vision repose sur un constat simple : un logement construit dans un environnement dépourvu de routes, d’assainissement, d’électricité ou de services publics perd une grande partie de sa valeur économique et sociale. Le développement immobilier doit donc être envisagé comme un écosystème intégrant infrastructures, équipements collectifs et mécanismes de gestion des risques.

Le risque, facteur déterminant de l’investissement

L’une des contributions majeures de Mimile Maisha a été de rappeler que la rentabilité des projets immobiliers dépend directement de leur capacité à maîtriser les risques.Dans un environnement où les investisseurs demeurent confrontés aux incertitudes foncières, aux difficultés d’accès au financement et aux aléas économiques, la gestion des risques devient un levier essentiel pour attirer les capitaux.Selon lui, les assurances ne doivent plus être considérées comme de simples produits de couverture mais comme de véritables instruments de sécurisation de l’investissement.

« À chaque étape du projet, l’assurance peut intervenir », a-t-il expliqué, évoquant aussi bien les garanties liées au financement que celles destinées à sécuriser l’exécution des travaux ou la protection des actifs immobiliers.Cette approche permet non seulement de rassurer les institutions financières mais également d’améliorer la bancabilité des projets.

Vers une alliance stratégique entre banques et assurances

Au cours des échanges, Mimile Maisha a plaidé pour un renforcement de la coopération entre le secteur bancaire et le secteur des assurances.Pour lui, les deux industries poursuivent aujourd’hui des objectifs convergents : réduire les risques, protéger les investissements et favoriser un financement durable du développement.Il a notamment mis en avant l’évolution des mécanismes de bancassurance et l’émergence de solutions innovantes permettant d’utiliser certains produits d’assurance comme outils de garantie financière.Cette convergence entre banques et assureurs apparaît particulièrement importante dans un contexte où les projets immobiliers nécessitent des financements à long terme, alors que les ressources bancaires demeurent souvent constituées de dépôts à court terme.

La digitalisation, un outil de sécurisation

Autre thème majeur abordé par le président de l’iRMA : la digitalisation.Selon lui, la transformation numérique représente une opportunité importante pour renforcer la sécurité juridique et opérationnelle des projets immobiliers.La numérisation des titres fonciers, des contrats, des paiements et des données cadastrales peut contribuer à réduire les conflits fonciers, améliorer la traçabilité des transactions et renforcer la confiance des investisseurs.Toutefois, il a insisté sur une condition essentielle : la qualité des données initiales.

« La digitalisation ne corrige pas les erreurs de départ. Elle exige d’abord une information fiable, correctement identifiée et sécurisée », a-t-il averti.Cette observation rappelle que la technologie, aussi performante soit-elle, ne peut produire les résultats attendus sans une gouvernance rigoureuse des données.

Le partenariat public-privé comme solution d’avenir

Pour répondre aux besoins immenses en logements et infrastructures urbaines, Mimile Maisha estime que les partenariats public-privé constituent l’une des voies les plus prometteuses.L’État et les provinces disposent du foncier, tandis que le secteur privé apporte les capitaux, l’expertise technique et les capacités de gestion.Cette complémentarité permettrait de réduire les risques supportés individuellement par chaque acteur et de créer un environnement plus attractif pour les investisseurs.Dans cette logique, la sécurisation juridique du foncier apparaît comme une condition préalable indispensable à tout mécanisme de financement durable.

Construire la résilience urbaine

L’intervention du président de l’iRMA a également résonné avec les réalités locales de Kalemie, ville confrontée ces dernières années à des phénomènes climatiques extrêmes, notamment les inondations qui ont affecté des milliers de ménages.Face à ces défis, il a plaidé pour une approche intégrée de la planification urbaine où la gestion des risques naturels, financiers et opérationnels serait prise en compte dès la conception des projets.Cette démarche vise à développer des infrastructures capables de résister aux chocs futurs tout en protégeant les investissements publics et privés.

Une nouvelle culture du développement

Au-delà des aspects techniques et financiers, le message de Mimile Maisha porte finalement sur un changement de paradigme.Le développement immobilier ne peut plus être envisagé comme une succession de constructions isolées. Il doit s’inscrire dans une vision globale intégrant la gestion des risques, la planification urbaine, la digitalisation, les mécanismes financiers innovants et la coopération entre acteurs publics et privés.À Expo Béton 2026, son intervention a ainsi rappelé une évidence souvent négligée : les villes durables ne se construisent pas uniquement avec du béton, mais aussi avec de la prévoyance, de la gouvernance et une maîtrise rigoureuse des risques.Dans une République démocratique du Congo engagée dans une dynamique de transformation urbaine, cette approche pourrait bien constituer l’un des fondements du développement des territoires de demain

Rédaction

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