À l’heure où la République démocratique du Congo attire un intérêt croissant des investisseurs internationaux, notamment des entreprises minières américaines désireuses de renforcer leur présence dans le pays, une question fondamentale demeure : la RDC dispose-t-elle d’un environnement fiscal suffisamment compétitif pour convertir cet engouement en investissements durables ?
Cette problématique a été au cœur des débats lors du premier panel de la 21ᵉ édition de la RDC Mining Week à Lubumbashi. Parmi les voix les plus remarquées, celle de Jean Bamanisa Saidi, président d’Expobeton RDC, qui a dressé un constat sans détour sur les obstacles fiscaux qui freinent encore le potentiel économique du pays.
Pour l’ancien gouverneur de l’Ituri, la RDC se trouve aujourd’hui à un tournant stratégique. D’un côté, elle bénéficie d’atouts exceptionnels : des réserves minières parmi les plus importantes au monde, une demande mondiale croissante en minerais critiques et un regain d’intérêt des investisseurs occidentaux. De l’autre, elle continue à souffrir d’une architecture fiscale complexe, fragmentée et souvent dissuasive pour les opérateurs économiques.
Le défi n’est plus seulement d’attirer les investisseurs ; il consiste désormais à leur offrir un cadre stable, lisible et prévisible.
Selon Jean Bamanisa Saidi, les capitaux étrangers qui affluent vers le secteur minier représentent une opportunité historique pour accélérer le développement de la RDC. Ces investissements peuvent financer des infrastructures, créer des emplois, soutenir l’industrialisation locale et renforcer les recettes publiques. Mais encore faut-il que le climat des affaires soit en mesure de répondre aux exigences des investisseurs internationaux.
Or, l’une des principales préoccupations demeure la multiplication des prélèvements fiscaux et parafiscaux à travers le pays.
La RDC est un État fortement décentralisé. Les 26 provinces disposent de compétences fiscales propres. À cela s’ajoutent les taxes perçues par les villes, les communes, les secteurs, les chefferies, les établissements territoriaux décentralisés (ETD) ainsi que les administrations du pouvoir central. Cette superposition de niveaux de taxation crée un environnement particulièrement complexe pour les entreprises.
Jean Bamanisa avance un chiffre qui interpelle : plus de 54 000 actes fiscaux et parafiscaux seraient recensés à travers le territoire national. Même si tous ne concernent pas directement chaque entreprise, cette inflation réglementaire traduit une réalité préoccupante : celle d’un système où la multiplication des taxes peut devenir un frein à l’investissement et à la compétitivité.
Pour de nombreux opérateurs économiques, le problème n’est pas uniquement le niveau de taxation, mais aussi le manque de cohérence entre les différentes administrations. Une même activité peut parfois être soumise à plusieurs prélèvements de nature similaire émanant d’autorités différentes. Cette situation augmente les coûts de production, réduit la visibilité des investisseurs et nourrit un sentiment d’insécurité juridique.
Dans un contexte mondial où les capitaux circulent rapidement vers les juridictions les plus attractives, la simplification fiscale devient un enjeu stratégique.
Conscient de cette réalité, le gouvernement congolais a engagé plusieurs réformes visant à améliorer le climat des affaires. Un mécanisme de suivi des réformes a notamment été mis en place afin d’assurer une meilleure application des mesures adoptées.
Cependant, pour Jean Bamanisa Saidi, ces réformes ne pourront produire leurs effets que si elles sont élaborées en étroite concertation avec le secteur privé. Les entreprises sont les premières confrontées aux difficultés administratives, fiscales et réglementaires. Leur participation active aux groupes de travail apparaît donc indispensable pour identifier les blocages et proposer des solutions adaptées aux réalités du terrain.
Cette approche participative permettrait également d’améliorer l’harmonisation fiscale entre les différents niveaux de gouvernance et de réduire les contradictions qui subsistent encore entre certaines dispositions nationales et provinciales.
Au-delà de la simplification fiscale, le président d’Expobeton RDC plaide également pour le développement des zones économiques spéciales (ZES). Ces espaces bénéficient généralement d’un régime fiscal et douanier particulier destiné à stimuler les investissements et l’industrialisation.
À travers le monde, les zones économiques spéciales ont souvent joué un rôle déterminant dans l’accélération de la croissance économique. Elles offrent aux investisseurs un cadre plus stable, des procédures administratives simplifiées et des avantages fiscaux susceptibles d’améliorer la rentabilité des projets.
Pour la RDC, l’enjeu serait de transformer ces zones en véritables pôles de développement industriel capables de valoriser localement les ressources minières plutôt que de se limiter à leur simple exportation.
La réflexion portée par Jean Bamanisa Saidi dépasse finalement la seule question fiscale. Elle renvoie à une interrogation plus large sur le modèle économique que souhaite construire la RDC au cours des prochaines décennies.
Le pays possède aujourd’hui une occasion unique de tirer parti de la transition énergétique mondiale, qui accroît la demande en cobalt, cuivre, lithium et autres minerais stratégiques. Mais cette opportunité ne pourra être pleinement exploitée sans un environnement économique compétitif, transparent et favorable aux investissements.
La fiscalité doit certes permettre à l’État de mobiliser les ressources nécessaires au financement des politiques publiques. Toutefois, elle ne doit pas devenir un obstacle à la création de richesse. Tout l’enjeu consiste à trouver un équilibre entre les impératifs de recettes publiques et la nécessité de stimuler l’investissement privé.
Le message lancé à Lubumbashi par Jean Bamanisa Saidi apparaît ainsi comme un appel à la rationalisation et à la modernisation du système fiscal congolais. Dans un monde où les investisseurs disposent d’un large choix de destinations, la compétitivité fiscale devient un facteur déterminant. Pour la RDC, l’objectif n’est pas de taxer davantage, mais de taxer mieux.
Car au-delà des ressources enfouies dans son sous-sol, c’est aussi sa capacité à réformer son environnement des affaires qui déterminera sa place dans la nouvelle géographie économique mondiale. Une fiscalité simplifiée, harmonisée et prévisible pourrait alors devenir l’un des principaux leviers de transformation économique du pays.
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