Kinshasa, 1er octobre 2026 — La réforme de la formation professionnelle en République démocratique du Congo doit désormais franchir une nouvelle étape : passer d’une logique de formation institutionnelle à un système davantage connecté aux réalités du marché du travail. C’est l’un des principaux messages portés par Marc Ekila, ministre d’État en charge de la Formation professionnelle, lors de la cérémonie consacrée à la remise de 244 référentiels métiers et compétences au ministère.
Devant plusieurs responsables gouvernementaux, représentants de l’administration, acteurs du secteur privé et partenaires, le ministre a placé la question du capital humain au centre des ambitions de développement du pays.
Changer le regard sur la formation professionnelle
Dans son intervention, Marc Ekila a d’abord insisté sur la nécessité de faire évoluer la perception de la formation professionnelle en RDC.Longtemps considérée, selon lui, comme une voie destinée à ceux qui n’auraient pas poursuivi de longues études, elle doit désormais être envisagée comme un pilier du développement économique et de l’emploi.
Cette évolution de perception constitue un enjeu important dans un pays où les besoins en compétences techniques accompagnent les projets d’infrastructures, d’industrie, d’exploitation minière et de construction.Pour le ministre, la question centrale n’est donc plus seulement de former, mais de former aux métiers dont l’économie a effectivement besoin.
« Il faut rapprocher davantage la formation de l’emploi, l’école de l’entreprise et les compétences des besoins réels de notre économie », a-t-il souligné.
Le paradoxe entre chômage et pénurie de compétences
L’un des constats mis en avant par Marc Ekila est celui d’un paradoxe : alors qu’une partie importante de la jeunesse recherche des opportunités professionnelles, certains secteurs connaissent des difficultés à trouver des travailleurs disposant des qualifications techniques requises.Le ministre cite notamment plusieurs métiers indispensables aux chantiers et aux projets d’infrastructures : maçons, plombiers, carreleurs, soudeurs, coffreurs, entre autres.
Cette situation, telle que présentée dans son discours, traduit surtout une inadéquation entre les profils disponibles et les compétences recherchées par les employeurs.
Le problème ne serait donc pas uniquement celui du nombre d’emplois créés, mais également celui de la capacité du système de formation à préparer suffisamment de professionnels opérationnels.C’est dans cette perspective que la réforme engagée par le ministère entend renforcer le lien entre formation, certification et insertion professionnelle.
Le partenariat public-privé au cœur de la démarche
Pour Marc Ekila, la réponse à cette problématique passe nécessairement par une collaboration plus étroite entre l’État et le secteur privé.Le ministre a rappelé qu’à son arrivée au ministère, il avait notamment trouvé dans les attributions de l’administration la responsabilité liée à la création et à l’organisation des chambres de métiers.
Cette responsabilité a, selon lui, constitué une opportunité pour approfondir le rapprochement avec les professionnels.La démarche présentée lors de la cérémonie repose ainsi sur une conviction : les pouvoirs publics ne peuvent définir seuls les besoins du marché du travail.
Les entreprises et les organisations professionnelles disposent d’une connaissance directe des métiers, des technologies utilisées et des compétences recherchées. Leur participation à la définition des formations peut donc contribuer à améliorer leur adéquation avec les réalités économiques.La remise des 244 référentiels métiers et compétences, élaborés avec la participation du secteur privé, s’inscrit précisément dans cette logique.
Des référentiels pour mieux structurer les métiers
Ces référentiels constituent l’un des éléments majeurs de la démarche présentée lors de la cérémonie.Ils doivent notamment permettre de mieux identifier les compétences associées aux différents métiers et de fournir une base de travail aux centres de formation, aux entreprises et aux organismes chargés de l’évaluation et de la certification.
Pour le ministère, l’enjeu est de disposer progressivement d’un système permettant de mieux faire correspondre les formations proposées avec les profils recherchés dans les secteurs productifs.La démarche concerne particulièrement des domaines tels que le BTP, l’immobilier, les mines, l’industrie, mais aussi différentes filières transversales.
Elle pose également la question de la reconnaissance des compétences acquises directement sur le terrain, notamment à travers la Validation des acquis de l’expérience (VAE).
Éducation, enseignement supérieur et formation professionnelle : une complémentarité à renforcer
La présence de représentants des différents secteurs de l’éducation et de l’enseignement supérieur a également été relevée par Marc Ekila.Pour le ministre, la formation professionnelle ne doit pas fonctionner en vase clos.
Elle doit pouvoir s’articuler avec l’enseignement général et l’enseignement supérieur afin de constituer un système plus cohérent, dans lequel chaque parcours peut conduire vers une qualification et, à terme, vers une insertion professionnelle.

Cette complémentarité apparaît d’autant plus importante que les besoins de l’économie ne se limitent pas aux métiers manuels. Ils concernent également les techniciens spécialisés, les cadres intermédiaires, les ingénieurs et les professionnels capables d’accompagner la transformation technologique des entreprises.
« La fin d’un processus constitue aussi le début d’un autre »
La remise des référentiels ne constitue donc pas, dans le discours du ministre, l’aboutissement de la réforme.Elle marque plutôt le début d’une nouvelle phase.
Marc Ekila a identifié plusieurs chantiers à poursuivre : développer des centres de formation adaptés, disposer de référentiels pertinents, former des formateurs qualifiés et rapprocher davantage les établissements de formation des entreprises.L’enjeu sera également de maintenir ces référentiels en adéquation avec l’évolution des métiers et des technologies.
Une formation professionnelle efficace suppose en effet que les compétences enseignées puissent évoluer avec les besoins des entreprises.
Vers une nouvelle culture de la qualification
À travers son intervention, le ministre d’État défend ainsi une conception de la formation professionnelle comme outil de transformation économique.Le défi est de construire un système dans lequel un jeune peut identifier les métiers porteurs, acquérir les compétences nécessaires, obtenir une certification reconnue et accéder à un emploi correspondant à sa qualification.
Mais cette logique concerne également les travailleurs déjà actifs. Ceux qui ont acquis leur savoir-faire par l’expérience doivent pouvoir, lorsque les conditions sont réunies, faire reconnaître officiellement leurs compétences.Le développement des mécanismes de certification et de VAE pourrait ainsi contribuer à donner davantage de visibilité aux savoir-faire existants dans le pays.
Le prochain défi : transformer les outils en résultats
La cérémonie du 1er octobre aura permis de formaliser une collaboration entre l’administration et les acteurs du secteur privé autour d’un ensemble de 244 référentiels.
Mais le véritable enjeu commence désormais avec leur appropriation et leur mise en œuvre.Il faudra notamment déterminer comment ces outils seront intégrés aux programmes de formation, comment les compétences seront évaluées, comment les certifications seront délivrées et comment les entreprises participeront durablement au processus.
Le ministre a d’ailleurs appelé l’administration de la Formation professionnelle à poursuivre le travail « avec rigueur et responsabilité ».L’ambition affichée est claire : faire évoluer progressivement le système congolais vers une formation professionnelle plus proche des besoins de l’économie et davantage orientée vers l’emploi.
À travers cette démarche, le gouvernement entend faire de la qualification des Congolais un élément central de l’accompagnement des grands projets de développement.Le chantier de la formation professionnelle apparaît ainsi comme un chantier à part entière du développement national : construire des infrastructures exige des capitaux et des équipements, mais aussi des femmes et des hommes capables de les concevoir, de les réaliser, de les exploiter et de les maintenir.



