Formation professionnelle : le pari des compétences pour bâtir des infrastructures durables

Dans les débats consacrés aux infrastructures, les discussions s’attardent souvent sur les financements, les matériaux de construction, les technologies ou encore les délais d’exécution. Pourtant, une dimension essentielle demeure trop souvent reléguée au second plan : la compétence humaine. C’est précisément cette réflexion qui a dominé le déjeuner-débat organisé ce samedi 25 juillet 2026 par le Club BTP-CMA, autour du thème : « Formation professionnelle, validation de l’expérience et qualité des ouvrages ».

Prenant la parole lors de la keynote institutionnelle d’ouverture au nom de Son Excellence Marc Ekila, ministre de la Formation professionnelle et Métiers, empêché, Guillaume Panga Wakimesa a livré une intervention qui dépasse largement le cadre du secteur du bâtiment et des travaux publics. Son message constitue un véritable plaidoyer pour replacer le capital humain au cœur de la politique nationale de développement.

Dès l’entame de son intervention, le représentant du ministre a salué l’initiative du Club BTP-CMA, estimant que le thème choisi répond à un enjeu stratégique pour la République démocratique du Congo. Au-delà de la construction des bâtiments et des infrastructures, il s’agit, selon lui, de réfléchir à la reconnaissance, à la certification et à la valorisation des compétences comme socles d’une économie moderne.

Cette problématique n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs décennies, le pays forme des milliers de jeunes et compte également un nombre important d’artisans et de professionnels ayant acquis leur savoir-faire sur le terrain. Mais beaucoup d’entre eux exercent sans reconnaissance officielle de leurs compétences. Cette situation limite leur mobilité professionnelle, leur employabilité et leur accès aux grands marchés de construction.

Pour Guillaume Panga Wakimesa, la question fondamentale est désormais claire : comment transformer les compétences existantes en un véritable capital humain identifié, certifié, valorisé et mis au service de la transformation économique nationale ?

Cette interrogation intervient dans un contexte particulier. La République démocratique du Congo connaît une accélération de ses ambitions en matière de développement. Les projets d’infrastructures se multiplient : corridors de développement, routes, ouvrages énergétiques, logements, infrastructures publiques et investissements industriels. Tous traduisent une volonté politique de modernisation du pays.

Mais derrière chaque pont, chaque route, chaque centrale électrique ou chaque immeuble se cache une réalité souvent oubliée : aucune infrastructure ne peut être durable sans des professionnels qualifiés pour la concevoir, la construire, l’exploiter et l’entretenir.

C’est là que le discours prend toute sa portée.

« Les infrastructures sont construites avec du béton, de l’acier, des équipements et des technologies. Elles sont construites surtout avec des compétences », a déclaré Guillaume Panga Wakimesa.

Cette affirmation résume toute une philosophie de développement. Elle rappelle que les matériaux les plus performants ne peuvent garantir la qualité d’un ouvrage si la main-d’œuvre manque de qualification. Les erreurs techniques, les malfaçons, les retards de chantier ou encore les accidents de travail trouvent souvent leur origine dans des insuffisances de formation.

En poussant plus loin son raisonnement, le représentant du ministre a proposé une image particulièrement forte : la compétence constitue elle-même une infrastructure nationale.

À première vue, cette formule peut surprendre. Pourtant, elle traduit une réalité profonde. Contrairement à un pont ou à une route, la compétence ne se voit pas sur un plan de chantier. Elle se révèle dans la solidité des ouvrages, dans la précision d’une installation électrique, dans la qualité des finitions, dans le respect des normes techniques, dans la sécurité des travailleurs et dans la durabilité des investissements publics.

Autrement dit, les infrastructures matérielles reposent sur une infrastructure invisible : celle des connaissances, du savoir-faire et de l’expérience professionnelle.

Cette vision rejoint d’ailleurs les orientations actuelles de nombreuses économies émergentes qui considèrent désormais le capital humain comme leur premier levier de compétitivité.

L’un des axes majeurs du discours concerne également la validation des acquis de l’expérience. Dans le secteur du BTP, de nombreux professionnels ont appris leur métier sur les chantiers, parfois pendant plusieurs décennies. Leur expertise est réelle, mais elle reste rarement certifiée.

La validation de l’expérience professionnelle apparaît alors comme un instrument de justice sociale autant que de performance économique. Elle permettrait à ces travailleurs d’obtenir une reconnaissance officielle de leurs compétences, de renforcer leur crédibilité auprès des employeurs, d’accéder à des responsabilités plus importantes et de contribuer davantage à l’amélioration de la qualité des ouvrages.

Au-delà de la reconnaissance individuelle, cette démarche participe également à la structuration des métiers du BTP et à la professionnalisation progressive de toute la filière.

Le discours de Guillaume Panga Wakimesa s’inscrit ainsi dans la dynamique des réformes conduites par le ministère de la Formation professionnelle et Métiers. L’objectif affiché est clair : adapter les formations aux besoins réels de l’économie, structurer les compétences nationales, renforcer les mécanismes de certification et faire de la qualification professionnelle un véritable moteur de développement.

Cette approche répond également aux exigences des investisseurs. Les grands projets nécessitent désormais des standards élevés de qualité, de sécurité et de conformité. Sans une main-d’œuvre qualifiée et certifiée, le pays risque de dépendre durablement de compétences extérieures, au détriment de la valorisation de son propre potentiel humain.

En définitive, le déjeuner-débat du Club BTP-CMA aura rappelé une évidence que les politiques publiques ne peuvent plus ignorer : construire un pays ne consiste pas seulement à ériger des infrastructures visibles. Il faut aussi bâtir les compétences qui leur donnent vie.

Les routes, les ponts, les barrages et les bâtiments sont les symboles matériels du développement. Mais derrière chacun de ces ouvrages se trouvent des hommes et des femmes dont la qualification détermine la qualité, la sécurité et la longévité des investissements.

En faisant de la formation professionnelle, de la certification des compétences et de la validation de l’expérience les piliers de sa politique publique, le gouvernement entend poser les fondations d’un développement plus durable. Car les infrastructures les plus solides sont d’abord celles que l’on construit dans l’intelligence, le savoir-faire et la compétence des femmes et des hommes qui les réalisent.

Rédaction

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