Le géant suisse des matières premières Glencore envisage de quitter la République Démocratique du Congo (RDC) et cherche un repreneur pour ses mines de cuivre et de cobalt. Une décision qui pourrait redéfinir l’équilibre du secteur minier congolais et fragiliser l’économie locale. Pourquoi cette décision ? Quelles en sont les implications pour le pays et son industrie minière ? Décryptage.

Un départ stratégique dans un contexte difficile
Présent en RDC depuis 2007, Glencore détient deux grandes exploitations minières dans le Lualaba :
Kamoto Copper Company (KCC), en partenariat avec Gécamines et SIMCO.
Mutanda Mining (MUMI), où l’État congolais détient 5 % des parts.
Avec un investissement dépassant les 8 milliards de dollars et une production de 225 000 tonnes de cuivre et 35 000 tonnes de cobalt en 2024, la multinationale reste un acteur clé du marché. Pourtant, des problèmes de rentabilité et un contexte économique incertain la poussent à revoir sa position.
Les raisons principales évoquées sont :
- La chute du cours du cobalt, un élément stratégique pour les batteries de véhicules électriques.
- Des bénéfices en baisse, avec seulement 195 millions de dollars générés en 2023 sur un chiffre d’affaires de 2,4 milliards de dollars.
- Un climat fiscal et réglementaire complexe, marqué par un litige fiscal et une dépréciation d’1 milliard de dollars sur ses actifs congolais.
Si Glencore n’a pas encore officiellement mis ses mines en vente, elle a rejeté une première offre du Moyen-Orient qu’elle jugeait trop basse, tout en engageant des discussions informelles avec d’autres acheteurs.
Un choc pour l’économie congolaise
Le départ de Glencore représenterait un coup dur à court terme pour l’économie de la RDC, notamment :
- Une menace sur l’emploi
Avec plus de 8 700 employés et 7 650 contractants, Glencore est l’un des plus grands employeurs du secteur minier. Un changement de propriétaire, voire une suspension des activités en attendant un rachat, mettrait en péril des milliers d’emplois directs et indirects.

- Une baisse des recettes fiscales
L’État congolais perçoit des redevances minières sur la production de Glencore. Une baisse ou un arrêt temporaire des activités affaiblirait les finances publiques, dans un contexte où la RDC cherche à diversifier ses revenus.
- Une dépendance accrue à la Chine
Glencore est l’un des rares investisseurs occidentaux dans le secteur minier congolais. Son départ laisserait davantage de place aux entreprises chinoises, qui dominent déjà l’exploitation du cobalt. Si une entreprise chinoise rachète ces actifs, la RDC risque de perdre un levier de négociation important et de voir son industrie minière encore plus dépendante des flux asiatiques.
- Une incertitude sur la continuité des opérations
Glencore a des accords de redevances avec l’homme d’affaires Dan Gertler, sous sanctions américaines. Cela complique la cession des mines à certains acheteurs, notamment occidentaux, qui ne voudront pas être associés à une entité sous restrictions financières internationales.
Quel avenir pour le secteur minier congolais ?
Plusieurs scénarios sont envisageables :
- Un rachat par un investisseur occidental
Si un acteur nord-américain ou européen se manifeste, cela permettrait à la RDC de maintenir un équilibre entre partenaires chinois et occidentaux. Toutefois, les incertitudes réglementaires et fiscales risquent de freiner l’appétit des investisseurs.
- Un rachat par un groupe chinois
La Chine, déjà leader sur le marché du cobalt, pourrait profiter de cette opportunité pour consolider son monopole sur les ressources congolaises. Une telle transaction affaiblirait la capacité de la RDC à diversifier ses partenaires commerciaux.
- Une nationalisation partielle des actifs
L’État congolais, via Gécamines, pourrait tenter de récupérer une partie des mines. Mais cela nécessiterait des investissements colossaux et une gestion rigoureuse pour éviter les échecs passés de nationalisation.
- Une fermeture temporaire des mines
Si aucun acheteur ne se manifeste rapidement, les opérations pourraient être suspendues, avec des conséquences directes sur l’économie locale et les exportations.
Un défi pour la RDC : renforcer son attractivité minière.

Le départ éventuel de Glencore envoie un signal d’alerte sur l’environnement des affaires en RDC. Pour éviter un exode d’autres investisseurs et attirer de nouveaux acteurs, le gouvernement devra :
Stabiliser la fiscalité minière pour rassurer les entreprises.
Améliorer les infrastructures pour réduire les coûts d’exploitation.
Encourager la transformation locale des minerais afin de capter davantage de valeur ajoutée.
Renforcer la transparence et la gouvernance du secteur minier.
Le possible retrait de Glencore marque un tournant pour l’industrie minière congolaise. Si la RDC veut éviter une prise de contrôle totale par la Chine, elle devra multiplier les initiatives pour attirer des investisseurs occidentaux et diversifier ses partenaires. Dans le cas contraire, elle risque de perdre un levier stratégique majeur dans le commerce mondial des matières premières.
Rédaction


