Lors du déjeuner d’affaires organisé le samedi 29 novembre 2025 par le Club BTP & CMA, son président, Jean Bamanisa Saidi, a soulevé un scandale budgétaire qui interroge largement la gouvernance des infrastructures en RDC :
à Kinshasa, le coût d’un kilomètre de route peut atteindre jusqu’à 2,5 millions USD, soit plus du double, voire du triple, du coût pratiqué au Katanga.
Une révélation qui, au-delà du choc, met en lumière un problème structurel qui paralyse la mise en œuvre des Partenariats Public-Privé (PPP) et pénalise le développement urbain de la capitale.
Des coûts multipliés par trois : le grand écart entre Kinshasa et Lubumbashi

Selon Jean Bamanisa :
• Au Grand Katanga, un kilomètre de route coûte en moyenne 800 000 dollars.
• Lorsqu’on y ajoute la voirie et les éléments connexes, le coût total se situe autour de 1 million de dollars par kilomètre.
À Kinshasa, pour des routes comparables incluant les mêmes éléments techniques, le prix explose :
• Le coût peut atteindre 2,5 millions de dollars par kilomètre.
Cela signifie que chaque kilomètre de route réalisé à Kinshasa coûte entre 150 % et 200 % plus cher que dans le Haut-Katanga.
Un écart aussi massif est rare dans le domaine des travaux publics et constitue le signe d’un déséquilibre profond.
Un surcoût qui plombe les PPP et fait fuir les investisseurs
Les PPP, mécanismes très utilisés pour financer les routes dans plusieurs pays africains, reposent sur :
• des coûts prévisibles,
• des modèles économiques réalistes,
• et une rentabilité mesurable.
Mais lorsque les prix sont artificiellement gonflés, comme c’est le cas à Kinshasa, trois problèmes majeurs se posent :
1. Les investisseurs privés refusent de s’engager. Aucun fonds international ne finance un projet dont le coût unitaire dépasse largement les normes régionales.
2. Les projections financières deviennent intenables. Les recettes issues des péages, taxes ou redevances ne parviennent plus à amortir le coût initial.
3. L’État perd sa crédibilité dans la structuration de projets d’infrastructures.
Jean Bamanisa l’a résumé avec une précision implacable :
« Cette majoration rend le mécanisme de PPP difficile ; le financement des routes par les privés pose problème à cause de ces pratiques de prix élevés à Kinshasa. »
Qu’est-ce qui explique cette inflation spectaculaire ?
Les experts identifient plusieurs facteurs techniques et administratifs qui peuvent expliquer une variation raisonnable des coûts, tels que :
• la densité urbaine plus élevée à Kinshasa,
• les contraintes hydrauliques,
• l’état du sous-sol,
• les expropriations complexes.
Mais aucun de ces éléments ne justifie un triplement du coût.
Les analyses de plusieurs ingénieurs civils et économistes pointent vers des causes plus graves :
- Surfacturations systématiques
Des montants artificiellement gonflés au niveau des études, des matériaux ou de la main-d’œuvre.
- Intervenants multiples et interférences politiques
Plusieurs couches décisionnelles génèrent des coûts indirects non techniques.
- Absence d’un plan directeur appliqué
L’abandon du SOSAK et du PDTK provoque des appels d’offres ponctuels, non coordonnés, souvent plus coûteux.
- Des avenants répétés
Chaque modification en cours de chantier augmente les coûts de 10 %, 20 % ou parfois 40 %.
- Manque de transparence dans les marchés
La non-publication des contrats empêche les contre-expertises indépendantes.
Kinshasa, une capitale pénalisée par sa propre gouvernance
Le constat de Bamanisa est lourd de conséquences :
la capitale souffre davantage de ses pratiques administratives que de ses défis techniques.
Pendant que Lubumbashi avance avec :
• des coûts contrôlés,
• une planification rationalisée,
• une gouvernance locale plus cohérente,
Kinshasa s’enlise dans un système où chaque kilomètre de route coûte le prix de trois.
Ce différentiel :
• renchérit les projets,
• ralentit les travaux,
• empêche les financements privés,
• et condamne la ville à la stagnation.
Conclusion : le coût réel des routes à Kinshasa est devenu un enjeu national

La déclaration de Jean Bamanisa éclaire un débat crucial :
tant que les coûts de construction ne seront pas maîtrisés, Kinshasa ne pourra ni se moderniser ni attirer les investisseurs.
Il est impératif :
• de revoir les mécanismes de fixation des coûts,
• de renforcer la transparence dans les contrats,
• d’appliquer strictement le SOSAK et le PDTK,
• de limiter l’intervention politique dans les marchés,
• et de confier les chantiers à des consortiums auditables.
Sans cela, la capitale continuera de payer ses routes à prix d’or, au détriment de son développement et de celui de millions d’habitants.
Rédaction


