Par-delà les discours, il existe des réalités qui ne mentent pas. À Kisangani, la nuit tombe bien avant le coucher du soleil. Pas à cause du climat, mais faute d’électricité. Et dans une ville de plus d’un million d’habitants, capitale historique de l’Est congolais, cette obscurité est devenue le symbole d’un abandon d’État.

La récente sortie du sénateur Jean Bamanisa Saidi remet brutalement le dossier au centre du débat public. En exigeant la réhabilitation complète de la centrale Tshopo 1 et la construction de Tshopo 2, il ne formule pas une revendication politicienne, mais un diagnostic technique et une urgence sociale.
Une centrale à bout de souffle
La centrale de la Tshopo 1 est aujourd’hui une infrastructure du passé. Ses trois turbines vieillissantes, ses équipements électriques obsolètes et un réseau de distribution rongé par le temps ne peuvent plus répondre aux besoins d’une ville moderne. Les câbles souterrains, parfois posés il y a plusieurs décennies, perdent une grande partie de l’énergie qu’ils transportent. Les transformateurs tombent en panne les uns après les autres.
Le résultat est visible : coupures chroniques, tensions instables, quartiers entiers plongés dans le noir, hôpitaux et écoles contraints de fonctionner au ralenti, entreprises condamnées à s’équiper de générateurs coûteux et polluants.
Dans ces conditions, parler de développement local, d’industrialisation ou d’entrepreneuriat relève presque de la fiction.
L’échec des solutions temporaires
Depuis décembre 2024, le dossier de Kisangani-Énergie est devenu un labyrinthe administratif. FRIVAO, AFD, Congo Energy, Anzana/Mighty Land, projets solaires, groupes électrogènes, études de nouvelles centrales : les annonces se sont succédé, mais l’obscurité est restée.
Le problème est structurel : on a cherché à colmater un barrage qui s’effondre. Les solutions de court terme ont remplacé une vision industrielle. Résultat : chaque projet partiel est devenu un prétexte pour retarder le seul chantier qui compte réellement la reconstruction complète du système énergétique de la ville.
Comme le souligne Jean Bamanisa, ces « tâtonnements » ont un coût humain. Ils pénalisent les familles, ruinent les petits commerces, empêchent la transformation locale des produits agricoles et découragent les investisseurs.
L’électricité, nerf de la souveraineté économique
Sans électricité fiable, une ville est économiquement dépendante. Elle ne peut ni transformer ses richesses, ni créer de valeur ajoutée, ni retenir sa jeunesse.
Kisangani est entourée d’un potentiel immense : agriculture, bois, pêche, industrie, services. Mais sans énergie, ces richesses restent brutes, exportées, ou inexploitées. La ville consomme ce qu’elle ne produit pas, au lieu de produire ce qu’elle pourrait consommer et exporter.
C’est pourquoi le projet Tshopo 1 rénovée + Tshopo 2 nouvelle n’est pas un luxe. C’est un acte de souveraineté économique.
Un test pour l’État

Le message de Jean Bamanisa va au-delà de Kisangani. Il pose une question nationale :
un État peut-il se dire sérieux s’il laisse une grande ville vivre dans le noir pendant des années ?
L’électricité n’est pas un cadeau politique. C’est un droit fondamental au développement. La maintenir en pénurie, c’est maintenir la pauvreté.
Kisangani mérite mieux
L’appel à une population « calme mais mobilisée et vigilante » est un rappel important. Le développement ne se quémande pas : il s’exige. Mais il se construit aussi dans la lucidité et la persévérance.
Kisangani ne réclame pas l’impossible. Elle demande ce qui est élémentaire dans toute société moderne : la lumière pour vivre, produire et espérer.
Réhabiliter Tshopo 1. Construire Tshopo 2. Mettre un réseau neuf.
Ce n’est pas un slogan.
C’est une obligation historique.
Car une ville sans électricité est une ville qu’on empêche d’entrer dans l’avenir.
Rédaction


