les discours sur le développement et la coopération, une réalité plus stratégique se dessine : celle d’une compétition silencieuse mais intense pour le contrôle des ressources critiques. La relance du corridor ferroviaire entre la Zambie et la Tanzanie en est une illustration frappante. Derrière ce projet, soutenu par la Chine, se joue bien plus qu’une simple modernisation d’infrastructure : c’est la maîtrise d’une chaîne logistique stratégique, du sous-sol africain jusqu’aux ports de l’océan Indien.
Une ligne ferroviaire, colonne vertébrale géopolitique
Ce projet s’inscrit dans la continuité du chemin de fer historique TAZARA, construit dans les années 1970 avec l’appui de Pékin. À l’époque, il s’agissait de désenclaver la Zambie, alors dépendante de routes contrôlées par des régimes hostiles. Aujourd’hui, la logique a changé : il ne s’agit plus seulement d’accès, mais de contrôle.
Cuivre, cobalt, lithium : ces métaux sont devenus les piliers de la transition énergétique mondiale. Or, la Zambie et sa voisine, la République démocratique du Congo, concentrent une part significative des réserves mondiales, notamment en cobalt. En modernisant cette ligne ferroviaire, la Chine sécurise un corridor d’exportation rapide, fiable et sous influence directe.
De l’infrastructure à l’intégration verticale
L’évolution est notable. Pendant des décennies, la Chine s’est positionnée comme un partenaire infrastructurel en Afrique, finançant routes, barrages et chemins de fer. Désormais, elle monte en gamme. Le projet actuel illustre une stratégie d’intégration verticale : investissements dans les mines, contrôle des réseaux de transport, et présence dans les ports.
Ce modèle réduit les coûts, limite les intermédiaires et renforce la dépendance des pays producteurs. Il permet surtout à Pékin d’anticiper la demande mondiale en sécurisant l’approvisionnement en amont, dans un contexte de tensions croissantes avec les puissances occidentales.

Une rivalité globale qui se joue localement
Face à cette montée en puissance, les États-Unis et l’Union européenne tentent de réagir. Des initiatives concurrentes émergent, visant à proposer des alternatives d’investissement « transparentes » et « durables ». Mais sur le terrain, l’efficacité chinoise, sa rapidité d’exécution et sa capacité à financer des projets à grande échelle lui donnent une longueur d’avance.
L’Afrique devient ainsi le théâtre d’une nouvelle guerre froide économique, où les rails remplacent les bases militaires et où les minerais stratégiques tiennent lieu de ressources pétrolières du XXIe siècle.
Kalemie, symbole d’un basculement stratégique
C’est dans ce contexte que se prépare la 11e édition d’ExpobetonRDC, prévue du 27 au 30 mai 2026 à Kalemie. Le choix du thème « Kalemie, capitale du lithium, carrefour des corridors africains » n’est pas anodin.
Située sur les rives du lac Tanganyika, Kalemie apparaît comme un nœud logistique en devenir, à la croisée des flux régionaux. Elle incarne cette Afrique des corridors, où la valeur ne réside plus uniquement dans les ressources, mais dans la capacité à les acheminer efficacement vers les marchés mondiaux.
Entre opportunités et dépendances
Pour les pays africains, l’enjeu est double. D’un côté, ces investissements représentent une opportunité historique de modernisation et d’intégration régionale. De l’autre, ils posent la question de la souveraineté économique. Qui contrôle les infrastructures contrôle les flux, et donc une part essentielle de la richesse.
L’histoire du TAZARA rappelle que les infrastructures peuvent être des outils d’émancipation. Mais dans un contexte de mondialisation asymétrique, elles peuvent aussi devenir des leviers d’influence.La prochaine décennie sera déterminante. À mesure que la demande en métaux critiques explose, les corridors africains deviendront des axes stratégiques majeurs. La compétition ne portera plus seulement sur l’accès aux ressources, mais sur leur transformation, leur transport et leur commercialisation.
Dans cette bataille des chaînes de valeur, l’Afrique a une carte majeure à jouer. Encore faut-il qu’elle puisse en définir les règles

Rédaction


