Lors du 3ᵉ Forum économique RDC–Angola organisé à Kinshasa, le ministre d’État angolais à la Coordination économique, José de Lima Massano, a livré un message sans détour : malgré des atouts considérables, les relations économiques entre l’Angola et la République démocratique du Congo restent largement en deçà de leur potentiel.
Un potentiel économique encore inexploité
Dans son intervention, le ministre a mis en lumière un paradoxe majeur. Les deux pays représentent un marché de près de 170 millions d’habitants et un PIB combiné estimé à 190 milliards de dollars.
Pourtant, les échanges commerciaux formels ne dépassent pas 600 millions de dollars par an, soit environ 0,3 % du PIB cumulé.
Ce décalage souligne, selon lui, un manque d’intégration structurelle et une incapacité à transformer la proximité géographique en opportunités économiques concrètes.

Le poids de l’informel, symptôme d’un système fragile
José de Lima Massano a également insisté sur la vitalité du commerce informel le long des 2 500 kilomètres de frontière commune.
Si ces échanges témoignent d’un dynamisme réel entre les populations, ils révèlent surtout :
• l’inefficacité des circuits formels
• les obstacles administratifs persistants
• l’insuffisance des mécanismes de régulation
Pour le ministre, cette situation prive les deux États de ressources importantes et freine la structuration d’une économie moderne et compétitive.
Des réformes angolaises pour attirer les investisseurs
Le responsable angolais a toutefois mis en avant les avancées économiques de son pays. À Luanda, plusieurs réformes ont été engagées pour améliorer le climat des affaires :
• un programme de privatisation de plus de 100 entreprises publiques
• une croissance du secteur non pétrolier supérieure à 5 %
• des réserves internationales atteignant 15,3 milliards de dollars
Ces indicateurs traduisent une stratégie claire : diversifier l’économie et réduire la dépendance au pétrole, tout en positionnant l’Angola comme une destination attractive pour les investisseurs, notamment congolais.
Des avancées concrètes pour structurer les échanges
Parmi les initiatives évoquées, l’opérationnalisation du poste frontalier de Luvo constitue un pas important vers la formalisation des échanges.
Cette infrastructure vise à :
• sécuriser les transactions
• réduire les délais
• améliorer la traçabilité du commerce transfrontalier
En parallèle, les discussions autour de l’installation de banques angolaises en RDC devraient permettre de fluidifier les flux financiers, un élément clé encore insuffisamment développé.
Le rôle central du secteur privé
L’un des messages forts du ministre a été de rappeler que :
l’intégration économique ne sera pas imposée par les États, mais portée par les entreprises.
Cela implique de créer un environnement favorable à l’investissement, fondé sur :
• la stabilité réglementaire
• la simplification administrative
• la confiance entre acteurs économiques
Des défis structurels à surmonter
Malgré ces avancées, José de Lima Massano n’a pas éludé les obstacles persistants :
• barrières non tarifaires
• faiblesse des infrastructures logistiques
• manque de coordination institutionnelle
Ces contraintes continuent de freiner la transformation du potentiel économique en résultats tangibles.

Le corridor de Lobito, symbole d’une intégration possible
Le ministre a cité le corridor de Lobito comme exemple de réussite en matière d’intégration régionale.
Ce projet démontre qu’une combinaison de volonté politique, d’investissements structurants et de coopération public-privé peut produire des résultats concrets.
Vers une nouvelle dynamique bilatérale ?
À travers son intervention, José de Lima Massano a lancé un appel à l’action. Pour lui, le véritable enjeu n’est plus de diagnostiquer les faiblesses, mais de mettre en œuvre des solutions concrètes.
L’ambition affichée par Kinshasa et Luanda est claire : faire de leur partenariat un modèle d’intégration économique en Afrique.
Reste désormais à transformer cette ambition en réalité, en levant les obstacles qui freinent encore le développement d’un commerce formel compétitif et inclusif.

Rédaction


