Lors du 67ᵉ Conseil des ministres, le Ministre des Ressources Hydrauliques et Électricité, Olivier Mbuidi Sakombi Molendo, a présenté une note d’information dévoilant un plan d’urgence destiné à améliorer la fourniture d’électricité dans la capitale, ainsi qu’un dispositif de gestion pour les nouvelles infrastructures électriques rurales financées par l’État.
Derrière les annonces chiffrées et les délais ambitieux, plusieurs questions de fond se posent : ce plan est-il techniquement réaliste ? La SNEL a-t-elle réellement les moyens de l’exécuter ? Et quels mécanismes de transparence encadreront la gestion des futures centrales rurales ?
Un plan de six mois pour “stabiliser” Kinshasa : une promesse déjà entendue
Selon le Ministre, la SNEL SA devra mettre en œuvre un Plan d’Actions d’Exploitation et d’Investissement visant à réduire drastiquement les délestages, sécuriser les sites stratégiques et supprimer les zones privées d’électricité (“poches noires”).
Trois axes principaux sont annoncés :
1. Amélioration de la desserte dans les zones Est, Ouest et Nord
2. Optimisation du réseau basse tension
3. Sécurisation des sites sensibles
Le financement est annoncé à parts égales : 50 % provenant des fonds propres de la SNEL, 50 % du gouvernement.
Mais plusieurs interrogations émergent :
• La SNEL, déjà structurellement déficitaire, dispose-t-elle réellement de fonds propres suffisants ?
• Les créances de l’État, évoquées comme source de financement, seront-elles réellement apurées ?
• Jusqu’où les “partenaires techniques et financiers” s’engageront-ils sans réformes structurelles ?
La promesse d’éliminer totalement les délestages à la Gombe, zone pilote symbolique de la capitale, rappelle les multiples plans précédents restés sans effets concrets pour la majorité des kinois.
Infrastructures rurales : 22 centrales, mais un risque de “cimetières d’équipements”
Le rapport du ministre évoque également 22 centrales et ouvrages construits par l’État via l’ANSER, destinés aux zones rurales et périurbaines.
Une commission technique a été mise en place pour définir les modes de gestion, d’exploitation et de maintenance. Une démarche nécessaire, mais tardive : plusieurs projets d’électrification en RDC ont déjà échoué faute d’un modèle économique clair, d’un gestionnaire identifié ou d’un cadre légal stabilisé.
Les questions qui demeurent
• Qui exploitera effectivement ces centrales : SNEL, entreprises privées, régies locales ?
• Quel tarif sera appliqué dans ces zones où le pouvoir d’achat est faible ?
• L’État a-t-il prévu un mécanisme de contrôle pour éviter la dégradation rapide des infrastructures ?
Sans réponses claires, ces ouvrages risquent de rejoindre la liste des infrastructures financées, inaugurées… puis abandonnées faute de gestion.
Une stratégie nationale sans réforme structurelle
La note du ministre laisse apparaître une volonté réelle d’améliorer la situation énergétique du pays, mais plusieurs éléments majeurs restent absents du discours :
- Aucune réforme de gouvernance de la SNEL
L’opérateur principal reste marqué par :
• une faible capacité de management
• des pertes techniques et commerciales massives
• une faible culture de maintenance
• une opaque gestion financière
Injecter des fonds sur un système structurellement défaillant revient à remplir un tonneau sans fond.
- La question de l’accès à l’énergie reste non résolue
Kinshasa bénéficie déjà de la majorité de l’électricité produite dans le pays, tandis que 80 % des Congolais restent sans accès à l’électricité.
Le plan ne dit rien sur Inga, ni sur la rénovation des postes, ni sur un schéma national de distribution.
- Un délai de six mois irréaliste
Les précédents plans énergétiques de la RDC avaient des délais similaires et n’ont jamais été tenus. Les travaux électriques lourds exigent des procédures de passation de marché, importation d’équipement, ressources humaines et logistiques qui dépassent souvent un semestre.
Conclusion : un plan ambitieux, mais encore fragile
Le discours du Ministre a l’avantage d’être précis et d’établir un calendrier clair. Mais l’expérience congolaise démontre que le problème de l’électricité est moins technique que politique et institutionnel.
Sans réforme de la SNEL, sans transparence dans les financements, sans politique claire d’entretien des infrastructures, et sans plan national cohérent, il est probable que cette annonce rejoindra la longue liste des promesses énergétiques sans effet durable.
Ce plan est donc un test : s’il échoue, ce n’est pas seulement Kinshasa qui restera dans le noir c’est toute la crédibilité de la politique énergétique congolaise qui sera remise en question.
Rédaction


