Par-delà l’annonce technique, le projet de viaduc de la baie de Ngaliema s’impose déjà comme un symbole. Présenté par le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza, lors de conseil des ministres de ce vendredi 10 Avril 2026. cet ouvrage de 3,5 kilomètres en deux fois deux voies ambitionne de s’attaquer à l’un des maux les plus persistants de Kinshasa : une congestion chronique devenue presque identitaire.
Dans une capitale tentaculaire où les embouteillages dictent les rythmes de vie, relier efficacement les rocades nord-ouest et nord-est n’est pas un luxe, mais une nécessité. Chaque jour, des milliers d’usagers convergent vers le centre-ville et la commune de Gombe, transformant les grands axes en couloirs d’immobilité. Le futur tracé, passant notamment par l’avenue du Tourisme et le boulevard Tshatshi, promet une circulation plus fluide, avec des vitesses estimées entre 60 et 80 km/h. Sur le papier, la rupture est nette.
Mais au-delà de l’enthousiasme suscité notamment du côté de Expobeton RDC, qui salue l’initiative une question s’impose : ce viaduc sera-t-il une solution structurelle ou un simple pansement sur une urbanisation mal maîtrisée ?

Une réponse technique à un problème systémique
Kinshasa n’est pas seulement victime de son trafic, elle est victime de sa croissance. L’explosion démographique, l’étalement urbain et l’insuffisance d’infrastructures structurantes ont progressivement asphyxié la ville. Dans ce contexte, le viaduc apparaît comme une réponse rationnelle : désengorger, redistribuer les flux, gagner du temps.
Cependant, l’histoire urbaine enseigne que multiplier les axes routiers ne suffit pas toujours. Dans de nombreuses métropoles, l’augmentation de la capacité routière entraîne souvent un effet paradoxal : plus de routes… donc plus de voitures. Sans une politique globale intégrant transport en commun, régulation du trafic et planification urbaine, le risque est réel de voir les gains s’éroder rapidement.
Un projet stratégique… et politique
Il serait naïf de ne voir dans ce projet qu’une initiative technique. Les infrastructures sont aussi des instruments de visibilité politique. Dans un pays où les attentes sociales sont fortes, lancer un chantier d’une telle envergure envoie un signal : celui d’un État à l’action.
Mais ce signal devra être soutenu par des résultats concrets. La population kinoise, habituée aux annonces ambitieuses parfois restées lettre morte, jugera sur pièces : délais de réalisation, qualité des travaux, impact réel sur le quotidien.
Les défis invisibles
Construire un viaduc en zone urbaine dense n’est jamais anodin. Il faudra gérer les questions d’expropriation, d’impact environnemental sur la baie de Ngaliema, et d’intégration paysagère. À cela s’ajoute la question cruciale du financement et de la transparence dans l’exécution deux variables souvent déterminantes dans la réussite ou l’échec des grands projets en Afrique.
Une opportunité à ne pas manquer
Malgré ces interrogations, le projet ouvre une fenêtre d’opportunité. S’il est mené avec rigueur, il pourrait devenir un catalyseur pour repenser la mobilité à Kinshasa. Non pas comme une succession de projets isolés, mais comme un système cohérent.
Le viaduc de Ngaliema ne doit pas être une fin en soi, mais le début d’une transformation plus profonde. Une ville qui respire mieux, ce n’est pas seulement une ville où l’on circule plus vite c’est une ville où l’on vit mieux.
En définitive, ce chantier sera jugé à l’aune de son ambition réelle : désengorger une route ou réinventer une métropole. Kinshasa, elle, n’a plus le luxe d’attendre.

Rédaction


