La rencontre à Kinshasa entre la ministre centrafricaine chargée de l’Énergie, Edwige Opportune POUNINGUIZA-NGUELEBE, et la ministre d’État congolaise chargée des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, remet au premier plan un enjeu stratégique : le corridor énergétique RDC–RCA.
Ce corridor relie les infrastructures pétrolières de la façade atlantique congolaise à Kinshasa, puis la capitale congolaise à Bangui par les voies fluviales du Congo et de l’Oubangui. Pour la République centrafricaine, pays enclavé, cette route constitue depuis longtemps une alternative essentielle pour sécuriser ses approvisionnements en carburant.
Un axe historique, mais concurrencé
Pendant la période 2012-2022, la majorité des approvisionnements centrafricains en produits pétroliers transitait par la RDC. Depuis 2023, le corridor routier camerounais a toutefois pris une place dominante.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer Kinshasa à Yaoundé, mais de permettre à Bangui de disposer de plusieurs portes d’entrée énergétiques. Selon l’audit centrafricain de 2025, la consommation annuelle de la RCA est estimée à environ 130 millions de litres, dont 53 % de gasoil, 33 % de super et 14 % de carburant aviation. Dans son scénario de référence, l’étude retient une répartition de 40 % par voie fluviale et 60 % par route.
Cela représenterait environ 52 millions de litres par an pour le corridor fluvial RDC–RCA.
Le coût reste le nerf de la guerre
Le corridor fluvial possède un avantage majeur : le transport par voie d’eau est historiquement moins coûteux que le transport routier. Mais cette compétitivité est fragilisée par la saisonnalité de l’Oubangui, les formalités douanières, les capacités limitées de navigation et les problèmes de stockage.
La structure officielle des prix centrafricains de février 2025 faisait apparaître, pour les produits transitant par Kinshasa, environ 122 à 128 FCFA par litre correspondant au transit RDC, au transport fluvial et à certaines redevances.
À l’échelle de 50 millions de litres, une économie de seulement 10 FCFA par litre représenterait 500 millions de FCFA par an. Une réduction de 50 FCFA atteindrait 2,5 milliards de FCFA.Le corridor énergétique est donc directement lié au prix du carburant payé par les ménages, les entreprises et l’État centrafricain.
La RDC, une plateforme énergétique régionale
Kinshasa dispose d’un avantage géographique et infrastructurel important. Les installations de Matadi et d’Ango-Ango, ainsi que le réseau de pipelines reliant Matadi à Kinshasa, constituent la première partie de cette chaîne logistique.
Les données publiées par ENGIP-RDC font état de 45 000 m³ de capacité au terminal de Matadi, 38 000 m³ à Ango-Ango et 332 km de pipelines entre Matadi et Kinshasa.L’enjeu pour la RDC est donc de transformer cette position géographique en véritable plateforme énergétique régionale, capable de servir durablement les marchés voisins.
Bangui doit sécuriser ses stocks
Du côté centrafricain, le dépôt de Kolongo, à Bangui, constitue un maillon essentiel du dispositif. Sa capacité avait été portée à 51 900 m³. Le projet d’un nouveau dépôt à Zinga, annoncé avec une capacité envisagée de 24 000 m³, pourrait également renforcer la sécurité des approvisionnements.
Car un corridor fiable ne se résume pas à la circulation des barges. Il faut des stocks stratégiques suffisants pour absorber les périodes de basses eaux et les éventuelles perturbations du trafic.
Passer d’un simple transit à un partenariat stratégique
La rencontre entre Kinshasa et Bangui devrait désormais déboucher sur des mesures concrètes : accord bilatéral sur le corridor énergétique, simplification des procédures douanières, traçabilité numérique des cargaisons, modernisation des barges, amélioration des infrastructures fluviales et constitution de stocks de sécurité.
L’objectif doit être simple : faire du corridor Congo–Oubangui une route énergétique prévisible, compétitive et sécurisée.La RCA a besoin de plusieurs corridors pour réduire sa vulnérabilité. La RDC, elle, dispose d’une occasion de valoriser sa position de carrefour logistique régional.
La géographie a déjà dessiné le corridor. Le défi est maintenant de le transformer en véritable autoroute énergétique de l’Afrique centrale.NB : les 52 millions de litres correspondent à l’hypothèse de 40 % retenue dans l’audit centrafricain de 2025 et non à un relevé douanier définitif du trafic RDC–RCA.
Rédaction


