RDSE : la nouvelle taxe sur l’électricité peut-elle enfin donner à la RDC les moyens de son ambition énergétique ?

Électricité : une nouvelle redevance pour financer le réseau national

La République démocratique du Congo veut se donner une nouvelle source de financement pour développer son secteur électrique. Inscrite dans la loi de finances publiques rectificative adoptée par l’Assemblée nationale le 3 juillet 2026, la nouvelle Redevance pour le Développement du Secteur de l’Électricité (RDSE) doit contribuer au financement de la construction, de la réhabilitation, de l’extension et de la modernisation des infrastructures électriques sur l’ensemble du territoire national.

L’ambition est considérable dans un pays qui dispose d’un potentiel hydroélectrique exceptionnel, mais dont les infrastructures restent largement insuffisantes face aux besoins de la population et de l’économie. La SNEL fait état d’une puissance hydroélectrique installée d’environ 2 585,94 MW, de près de 7 274 kilomètres de lignes haute tension et d’environ 29 740 kilomètres de réseaux moyenne et basse tension. Le contraste entre ce réseau et le potentiel énergétique du pays illustre l’ampleur du déficit d’investissement.

Deux opérations ciblées

La RDSE devrait reposer sur deux principales opérations : l’importation d’énergie électrique à haute tension et la consommation locale d’électricité par les clients haute tension. Le choix de cette assiette permet de cibler les grands flux électriques et les consommateurs industriels, plutôt que de faire directement supporter la nouvelle charge aux ménages et aux petits consommateurs.

Mais l’efficacité financière de la mesure dépendra entièrement du taux qui sera finalement retenu. Pour l’heure, plusieurs paramètres restent à déterminer, notamment le taux, le mode de calcul, les modalités de déclaration ainsi que le régime des sanctions.

Combien peut rapporter la RDSE ?

En l’absence de taux officiel définitivement arrêté, il est possible de mesurer les ordres de grandeur à partir de simulations. Sur une assiette hypothétique de 10 TWh par an, une redevance de 1 dollar par MWh générerait environ 10 millions de dollars de recettes annuelles. À 2 dollars par MWh, le rendement atteindrait 20 millions de dollars ; à 5 dollars, 50 millions ; et à 10 dollars, 100 millions de dollars.

Sur une assiette de 20 TWh, les mêmes taux produiraient respectivement 20, 40, 100 et 200 millions de dollars. Ces chiffres ne constituent pas une prévision officielle, mais permettent de mesurer l’importance du futur taux et du volume d’énergie réellement assujetti.

Le gouvernement devra donc arbitrer entre deux impératifs : obtenir une recette suffisamment importante pour financer les infrastructures sans alourdir excessivement les coûts supportés par les grands consommateurs d’électricité et, indirectement, par l’économie nationale.

Le Fonds d’investissement stratégique au centre du dispositif

La perception de la RDSE devrait être assurée par le Fonds d’investissement stratégique. Les sociétés publiques, notamment la SNEL, seraient exemptées du paiement de cette redevance.

Cette architecture peut se justifier par la volonté de créer une ressource spécifiquement destinée à l’investissement. Mais elle impose surtout une exigence : la transparence. Les contribuables doivent pouvoir connaître le montant effectivement collecté, les entreprises assujetties, les projets financés et les sommes réellement engagées.

La crédibilité du dispositif dépendra donc moins de l’annonce de la redevance que de la capacité de l’État à démontrer que les recettes sont effectivement transformées en infrastructures.

Construire plutôt que simplement collecter

La RDC n’a pas seulement besoin de recettes supplémentaires. Elle a besoin de lignes, de postes, de transformateurs, de centrales réhabilitées et de nouveaux raccordements. C’est là que se mesurera le véritable succès de la RDSE.

Une recette annuelle hypothétique de 100 millions de dollars peut sembler considérable. Mais face aux besoins d’un réseau national, elle ne suffira pas à elle seule. Elle pourrait toutefois servir de levier pour attirer d’autres financements, notamment ceux des banques de développement, des partenaires internationaux et des investisseurs privés.

La RDSE pourrait ainsi jouer un rôle de cofinancement, en utilisant les ressources collectées comme levier pour mobiliser des capitaux beaucoup plus importants.

L’exemption de la SNEL en débat

L’exemption des entreprises publiques, particulièrement de la SNEL, devrait également susciter des interrogations. Faire payer une entreprise publique pour réinjecter ensuite une partie des recettes dans le secteur public peut sembler peu pertinent sur le plan budgétaire. Mais cette exemption devra être encadrée afin d’éviter toute distorsion entre opérateurs publics et privés.

La règle devra être claire : l’exemption ne doit pas être perçue comme un privilège, mais comme un mécanisme cohérent avec la structure du financement public du secteur électrique.

Le risque d’une taxe supplémentaire

Le principal danger serait de transformer la RDSE en une simple charge fiscale supplémentaire sans garantie de résultats. Les grands consommateurs haute tension, notamment industriels, pourraient voir leurs coûts augmenter. Selon le niveau du prélèvement, une partie de cette charge pourrait être répercutée sur les prix ou peser sur les décisions d’investissement.

Le taux devra donc trouver un équilibre entre rendement budgétaire et compétitivité économique. Une redevance trop faible rapporterait peu ; une redevance trop élevée pourrait affaiblir les entreprises qui constituent justement une partie importante de la demande électrique.

La transparence comme condition de réussite

Pour éviter les soupçons et garantir la confiance, la RDSE devrait être accompagnée d’un mécanisme public de suivi. Les autorités pourraient publier régulièrement les montants collectés, les projets financés, les dépenses engagées et l’état d’avancement physique des travaux.

Si la redevance rapporte 50 millions de dollars, les Congolais doivent savoir où sont ces 50 millions. Si elle en rapporte 100 ou 200 millions, la même exigence doit s’appliquer.Le succès de la RDSE ne devrait donc pas être évalué uniquement en recettes fiscales. Il devrait l’être en kilomètres de lignes construits, en postes réhabilités, en mégawatts supplémentaires disponibles, en raccordements réalisés et en amélioration de la qualité du service.

Un test majeur pour la politique énergétique

La RDSE intervient dans un secteur stratégique pour l’avenir économique du pays. La RDC possède un potentiel énergétique considérable, mais son exploitation exige des investissements massifs dans la production, le transport et la distribution.

La nouvelle redevance peut contribuer à combler une partie de ce déficit. Elle ne sera toutefois efficace que si elle s’accompagne d’une gouvernance rigoureuse, d’une programmation claire des investissements et d’un système de contrôle permettant de suivre chaque franc collecté.Avant la promulgation et l’entrée en application complète du dispositif, les questions essentielles restent donc ouvertes : quel sera le taux ? Quelle sera exactement l’assiette ? Comment les volumes seront-ils mesurés ? Quelles seront les obligations déclaratives ? Quelles sanctions seront appliquées ? Et surtout, comment les recettes seront-elles affectées et contrôlées ?

La réponse à ces questions déterminera la crédibilité de la réforme.

La RDC ne manque ni de potentiel énergétique ni de besoins. Elle manque surtout d’infrastructures capables de transformer ce potentiel en électricité disponible pour les ménages, les entreprises et les industries.La RDSE peut constituer une partie de la réponse. Mais son véritable bilan ne se fera pas dans les comptes du Fonds d’investissement stratégique. Il se fera sur le terrain, à travers les kilomètres de lignes construits, les postes mis en service et les millions de Congolais supplémentaires qui pourront enfin bénéficier d’une électricité plus fiable.

Rédaction

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