Au milieu des débats consacrés à l’avenir économique de la République démocratique du Congo lors de la 11ᵉ édition d’ExpoBéton RDC à Kalemie, une annonce a particulièrement retenu l’attention des participants. Celle de Cyrille Kimpu Awel, président de l’Assemblée provinciale du Tanganyika, qui a déclaré :“En tant qu’autorité budgétaire de la province, nous allons prendre des édits qui vont exempter des fiscalités les jeunes entrepreneurs pendant six mois afin de leur permettre de stabiliser leurs entreprises avant de commencer à payer la fiscalité.”

À première vue, cette mesure pourrait apparaître comme un simple allègement fiscal destiné à soutenir l’entrepreneuriat local. En réalité, elle soulève une question fondamentale : comment créer un environnement favorable à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs dans une province qui aspire à devenir l’un des moteurs économiques de la RDC ?
Dans un contexte marqué par un chômage élevé des jeunes, une forte prédominance de l’économie informelle et des difficultés d’accès au financement, cette proposition pourrait constituer un tournant majeur dans la politique économique provinciale.
Le poids de la fiscalité sur les jeunes entreprises
Partout dans le monde, les premières années d’existence d’une entreprise sont les plus fragiles. Selon plusieurs études internationales, une grande proportion des petites entreprises cessent leurs activités avant leur troisième année d’existence.
En RDC, cette vulnérabilité est encore plus marquée.
Les jeunes entrepreneurs doivent souvent faire face simultanément à des difficultés d’accès au crédit, à des infrastructures insuffisantes, à un marché parfois limité et à des charges administratives qui pèsent lourdement sur leur trésorerie naissante.
Pour de nombreux porteurs de projets, la fiscalité intervient alors même que l’entreprise n’a pas encore atteint son seuil de rentabilité.L’initiative annoncée par le président de l’Assemblée provinciale vise précisément à répondre à cette réalité économique. En accordant une période de six mois d’exonération fiscale, la province offrirait aux jeunes entrepreneurs un délai de respiration leur permettant de consolider leurs activités, d’investir dans leur croissance et de construire une clientèle durable.

Un signal fort envoyé à la jeunesse
L’annonce prend une résonance particulière dans le contexte d’ExpoBéton 2026, où la jeunesse, l’employabilité et l’innovation occupaient une place centrale.Alors que la RDC compte l’une des populations les plus jeunes au monde, la question de l’insertion économique des jeunes est devenue un enjeu stratégique.Chaque année, des milliers de diplômés arrivent sur le marché du travail sans perspective immédiate d’emploi salarié. Face à cette situation, l’entrepreneuriat apparaît de plus en plus comme une alternative crédible.
Mais entreprendre ne se décrète pas.Cela suppose un environnement favorable, des mécanismes d’accompagnement et des politiques publiques capables de réduire les obstacles qui découragent souvent les initiatives privées.En proposant un moratoire fiscal pour les jeunes entreprises, les autorités du Tanganyika envoient un message clair : la jeunesse ne doit plus être considérée uniquement comme demandeuse d’emplois, mais comme créatrice de richesses et d’opportunités.
Une mesure cohérente avec les ambitions du Tanganyika
Cette annonce intervient au moment où le Tanganyika cherche à se positionner comme un pôle économique stratégique au cœur des corridors africains.Les discussions menées durant ExpoBéton ont largement mis en avant le potentiel minier, agricole, énergétique et logistique de la province.Cependant, le développement d’un territoire ne repose pas uniquement sur ses ressources naturelles ou sur les grands investissements.Il dépend également de sa capacité à faire émerger un tissu dynamique de petites et moyennes entreprises capables de transformer localement les richesses produites.L’exonération fiscale proposée pourrait ainsi favoriser la création de centaines de petites structures dans des secteurs aussi variés que l’agroalimentaire, les services numériques, le transport, le commerce, l’artisanat ou encore le tourisme.À terme, ces entreprises pourraient devenir les principaux pourvoyeurs d’emplois de la province.
De l’assistanat économique à l’investissement dans la croissance
Certains pourraient considérer qu’une exonération fiscale représente un manque à gagner pour les finances publiques provinciales.Cette lecture est cependant réductrice.L’enjeu n’est pas de renoncer durablement aux recettes fiscales, mais d’investir dans la création future de richesse.Une entreprise qui survit, se développe et embauche contribuera davantage aux finances publiques dans les années à venir qu’une entreprise qui disparaît quelques mois après sa création sous le poids des charges administratives.L’expérience de plusieurs économies émergentes montre que les incitations fiscales ciblées peuvent constituer un puissant levier d’accélération économique lorsqu’elles sont accompagnées de mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation.La véritable question n’est donc pas le coût immédiat de la mesure, mais son potentiel de création de valeur à moyen et long terme.
Les conditions du succès
Pour être efficace, cette réforme devra néanmoins s’inscrire dans une stratégie plus globale.L’exonération fiscale seule ne suffira pas à résoudre les difficultés auxquelles font face les jeunes entrepreneurs.L’accès au financement demeure un défi majeur. Les banques restent souvent réticentes à financer des projets portés par de jeunes promoteurs ne disposant pas de garanties suffisantes.La formation entrepreneuriale constitue également un enjeu essentiel. Beaucoup de jeunes créateurs d’entreprise possèdent une expertise technique mais manquent de compétences en gestion, en comptabilité ou en développement commercial.Enfin, la simplification administrative et la digitalisation des procédures seront déterminantes pour encourager les jeunes à intégrer l’économie formelle plutôt qu’à évoluer dans l’informalité.
Une initiative qui pourrait inspirer d’autres provinces
Au-delà du Tanganyika, cette proposition ouvre un débat national sur le rôle des provinces dans la promotion de l’entrepreneuriat.La décentralisation ne se limite pas à la gestion administrative des territoires. Elle implique également la capacité pour les institutions provinciales d’innover et d’adapter les politiques publiques aux réalités locales.
Si cette mesure produit les résultats attendus, elle pourrait devenir un modèle pour d’autres provinces confrontées aux mêmes défis de chômage des jeunes et de développement économique.Dans une RDC engagée dans la diversification de son économie, les initiatives locales capables de stimuler l’investissement et l’emploi seront de plus en plus déterminantes.
L’annonce faite à Kalemie dépasse ainsi largement le cadre d’une simple réforme fiscale. Elle traduit une vision : celle d’une province qui choisit d’investir dans l’audace, la créativité et l’énergie de sa jeunesse.Dans un pays où les jeunes représentent la majorité de la population, le véritable défi n’est pas seulement de créer des emplois. Il est de créer les conditions permettant aux jeunes de devenir eux-mêmes les bâtisseurs de l’économie de demain.C’est précisément dans cette direction que semble vouloir s’engager le Tanganyika.

Revivez en intégralité la clôture des travaux de la 11ᵉ édition d’Expo Béton RDC en accédant à la vidéo via le lien suivant
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