Présenté par la Première ministre Judith Suminwa, le projet de loi de finances 2027 de la République démocratique du Congo est évalué à 56 930 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars américains. En hausse d’environ 12 % par rapport au budget rectificatif de 2026, cette enveloppe accorde une place importante aux investissements publics, dans un pays où les besoins en routes, ponts, ports, aéroports, chemins de fer et équipements urbains restent considérables.
Cette orientation intervient dans le prolongement des engagements exprimés par le président Félix-Antoine Tshisekedi lors de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, organisée en octobre 2026 autour du thème de la transformation des villes congolaises. Le chef de l’État y a notamment insisté sur le rôle des infrastructures dans le développement économique, l’amélioration de la mobilité et l’accès aux services essentiels.
Près de 6 milliards de dollars consacrés aux investissements
Selon les documents budgétaires, les dépenses d’investissement sont estimées à 13 722 milliards de CDF, soit près de 6 milliards de dollars au taux indicatif de 2 300 CDF pour un dollar. Elles représentent environ 27 % des dépenses du budget général et progressent de 30 % par rapport à 2026.
Le gouvernement mise ainsi sur les investissements publics pour soutenir la croissance économique, projetée à 5,8 % en 2027, contre 5,6 % en 2026.
Il convient toutefois de distinguer l’enveloppe globale des investissements de celle affectée à la rubrique administrative « Infrastructures et Travaux publics ». Cette dernière ne reprend pas tous les projets d’infrastructures du pays, dont certains sont financés à travers d’autres ministères et secteurs, notamment les transports, l’énergie, l’eau et les ports.
276,6 milliards de CDF pour la rubrique Infrastructures et Travaux publics
Le Programme d’investissements publics 2027-2029 prévoit 276,64 milliards de CDF pour la rubrique « Infrastructures et Travaux publics » en 2027, soit environ 120 millions de dollars.
Cette enveloppe est programmée à 254,77 milliards de CDF en 2028 et à 215,88 milliards en 2029, pour un total triennal d’environ 746,65 milliards de CDF.
Rapportée au budget national de 56 930 milliards de CDF, la dotation de 2027 représente environ 0,49 %. Mais ce pourcentage ne doit pas être interprété comme la part totale des infrastructures dans le budget : plusieurs investissements routiers, ferroviaires, aéroportuaires et portuaires sont inscrits dans d’autres rubriques.
Routes, voiries et ponts : les principales interventions programmées
Dans le secteur des voiries urbaines, l’Office des voiries et drainage (OVD) bénéficie d’une programmation d’environ 145,42 milliards de CDF. Une enveloppe de 105 milliards est notamment prévue pour la construction ou la réhabilitation de 72,19 kilomètres de voiries à Kinshasa.
D’autres interventions sont annoncées dans les provinces, notamment à Kenge, dans le Kwango, à Mbandaka, dans l’Équateur, et à Inongo, dans le Maï-Ndombe. Le programme mentionne également des travaux sur l’avenue Saint-Christophe à Kinshasa.
Pour l’Office des routes, la programmation atteint environ 43,18 milliards de CDF. Plusieurs axes sont concernés, dont la RN20, sur le tronçon Idiofa-Ilebo-Mweka-Kananga, la RN4 entre Kasindi, Beni et Butembo, ainsi que la RN820 entre Mbuji-Mayi et Mbaya Musenga-Kanitshini.
Les ouvrages d’art figurent également parmi les priorités, avec une programmation d’environ 21 milliards de CDF pour différents ponts, notamment sur les rivières Lubi et Mujila, le pont Mbushimayi, le pont Mulunguna dans le territoire de Beni et le pont Gangu-Mbili dans le Bas-Uélé.
Aéroports, ports et chemins de fer
Au-delà du réseau routier, le programme d’investissement identifie plusieurs projets destinés à améliorer la connectivité du territoire.
La réhabilitation d’aéroports, notamment à Mbandaka, Gbadolite, Bandundu, Gemena, Tshikapa, Lodja et Goma, figure parmi les interventions annoncées. Une programmation de 15 milliards de CDF est mentionnée pour 2027, dans le cadre d’un projet dont le coût global est estimé à 462 milliards de CDF.
Le développement des infrastructures portuaires est également évoqué, avec le projet de port en eau profonde de Banana et des interventions concernant les ports fluviaux de Bumba et d’Aketi.
Dans le secteur ferroviaire, plusieurs projets sont inscrits dans les perspectives d’investissement, dont les liaisons Banana-Matadi et Kinshasa-Ilebo, ainsi que le tronçon Kinseso-Kimbanseke.
Ces projets témoignent de la volonté affichée de renforcer les échanges commerciaux et de mieux relier les centres de production aux marchés intérieurs et extérieurs. Leur concrétisation dépendra toutefois de la mobilisation effective des financements et de la capacité d’exécution des administrations concernées.
Un budget à la hauteur des ambitions annoncées ?
À ExpoBéton RDC, Félix Tshisekedi a placé la transformation des villes au cœur des enjeux de développement. Cette ambition suppose des investissements coordonnés dans les routes, les transports collectifs, l’eau, l’électricité, l’assainissement, le logement et les équipements publics.
Le projet de budget 2027 traduit une volonté de renforcer l’investissement public. Mais l’enjeu ne se limite pas aux montants inscrits dans les documents budgétaires : il réside aussi dans le taux d’exécution des crédits, la qualité des ouvrages, le respect des délais et la répartition équitable des projets entre les provinces.
Avec près de 6 milliards de dollars annoncés pour les investissements, le gouvernement dispose d’une enveloppe importante pour accélérer le développement des infrastructures. Reste à transformer ces prévisions en routes praticables, en ponts fonctionnels, en ports opérationnels et en réseaux de transport capables de soutenir durablement l’économie congolaise.
Rédaction


