Clôture d’ExpoBéton 2026 : Kinshasa fixe le cap, Mbuji-Mayi prend le relais en mai 2027

Clôturant, samedi 10 octobre 2026, la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC à Kinshasa, le président du Comité d’organisation, Jean Bamanisa Saïdi, a lancé un appel à passer des recommandations aux décisions concrètes. Cadastre, normes de construction, assainissement, énergie, financement et qualification des bâtisseurs : son discours dessine une feuille de route ambitieuse pour faire de la capitale le moteur de la transformation urbaine en République démocratique du Congo.

KINSHASA, 10 octobre 2026. « Nous vous remettons des recommandations, pas un compte rendu. » Cette déclaration de Jean Bamanisa Saïdi résume l’esprit de la cérémonie de clôture de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, organisée du 7 au 10 octobre à The Grand Residence – Galerie La Fontaine, dans la capitale congolaise.

Devant la Première ministre, les membres du Gouvernement, les représentants des institutions, les opérateurs économiques, les professionnels du bâtiment et les partenaires du secteur, le président du Comité d’organisation a défendu une conviction : la transformation des villes congolaises ne peut plus se limiter à des ambitions urbanistiques. Elle doit se traduire par des réformes, des investissements structurants et des responsabilités clairement établies.

Placée sous le thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC », cette édition a ainsi débouché sur un diagnostic exigeant et une série de propositions destinées à améliorer durablement la gestion urbaine.

Kinshasa, une métropole de 17 à 20 millions d’habitants face à l’urgence urbaine

Avec une population estimée entre 17 et 20 millions d’habitants, Kinshasa concentre les défis d’une urbanisation rapide : extension des quartiers, pression foncière, insuffisance des réseaux d’assainissement, déficit énergétique et besoins croissants en infrastructures.

Pour Jean Bamanisa Saïdi, la capitale dispose néanmoins d’atouts considérables pour devenir un laboratoire de solutions reproductibles dans les autres provinces.

L’extension planifiée de Kinshasa Kia Mona, sur plus de 43 000 hectares, les zones économiques spéciales de Maluku et de Kin Malebo, ainsi que les perspectives ouvertes par le port en eaux profondes de Banana constituent autant de leviers de développement.

Mais le potentiel ne suffit pas. Il doit être accompagné d’une planification rigoureuse, d’une sécurisation du foncier, d’infrastructures de qualité et de mécanismes de financement adaptés.

« Kinshasa n’est plus seulement la capitale de la République. Elle est désormais, aux yeux de tous, la locomotive de la transformation de nos villes », a affirmé le président du Comité d’organisation.

Derrière cette ambition se dessine une exigence : faire de la capitale un modèle de gouvernance urbaine, dont les expériences réussies pourront être adaptées à des villes comme Mbuji-Mayi, Kalemie, Lubumbashi ou Kisangani.

Cadastre : 20 000 titres numérisés sur plus de 600 000 dossiers

La sécurisation foncière figure parmi les principaux chantiers identifiés à ExpoBéton RDC 2026.

Selon les chiffres présentés dans le discours de clôture, plus de 20 000 titres ont été numérisés sur un ensemble de plus de 600 000 dossiers. Ce volume illustre l’ampleur du travail restant à accomplir pour moderniser la gestion foncière de Kinshasa.

Les conséquences de l’insécurité foncière sont multiples : conflits de propriété, ventes multiples d’une même parcelle, incertitude juridique et difficultés à mobiliser des investissements immobiliers dans un cadre sécurisé.

La réponse proposée repose sur une formule simple : « Une parcelle, un titre, une seule vérité. »

Pour y parvenir, Jean Bamanisa Saïdi préconise l’accélération de la numérisation du cadastre dans les 16 circonscriptions foncières de la capitale, avec un hébergement souverain des données.

La planification doit également précéder l’occupation des sols. Les communes de N’Sele, Maluku et Mont-Ngafula, considérées comme des réserves foncières stratégiques de Kinshasa, devraient bénéficier de plans d’aménagement opposables, tandis que les emprises publiques destinées aux routes et aux réseaux doivent être inventoriées, géoréférencées et protégées.

L’enjeu dépasse l’administration foncière : sans propriété sécurisée, règles d’occupation claires et prévisibilité juridique, les investissements de long terme restent difficiles à structurer.

Déchets : 12 000 tonnes par jour, un défi sanitaire et économique

Autre chiffre marquant du discours : Kinshasa produirait environ 12 000 tonnes de déchets par jour. Selon les données de la Banque mondiale citées dans l’intervention, 98 % de ces déchets seraient déversés ou brûlés à l’air libre.

Ces chiffres, qui doivent être rapportés à leur source et à leur périmètre de calcul, donnent la mesure d’un défi qui affecte directement la santé publique, l’environnement et la qualité du cadre de vie.

Les opérations ponctuelles d’assainissement ne suffisent pas à résoudre un problème structurel. La capitale a besoin d’un service permanent de collecte et de traitement des déchets, organisé autour de responsabilités précises et d’un financement récurrent.

La proposition formulée à ExpoBéton consiste notamment à expérimenter un dispositif communal dans une première commune, avant d’envisager son extension sur la base des résultats obtenus.

Cette approche suppose de dépasser la logique des campagnes occasionnelles pour installer un véritable service urbain, avec des moyens techniques, des circuits de collecte, des objectifs mesurables et une continuité opérationnelle.

Inondations et déficit énergétique : les infrastructures à l’épreuve du quotidien

L’assainissement pluvial et l’accès à l’électricité constituent deux autres priorités.

À Ngaba, le discours de clôture évoque une situation particulièrement préoccupante : deux tiers du sol seraient sous toiture, alors que seulement 2 % des rues seraient revêtues. Cette configuration favorise le ruissellement et complique l’évacuation des eaux, transformant les pluies en facteur de vulnérabilité urbaine.

À cela s’ajoute l’absence de station d’épuration à Kinshasa, selon le diagnostic présenté.

Pour inverser la tendance, les recommandations préconisent de compléter le schéma directeur d’assainissement par une modélisation numérique des bassins versants et un zonage pluvial opposable. L’objectif est de mieux anticiper les écoulements, de protéger les zones sensibles et de renforcer la cohérence entre urbanisation et infrastructures hydrauliques.

Sur le front énergétique, le déficit électrique de la capitale est évalué à environ 1 200 mégawatts, selon les données de la SNEL citées dans le discours.

Jean Bamanisa Saïdi insiste sur l’interdépendance des services essentiels : sans électricité fiable, l’approvisionnement en eau et le fonctionnement de nombreux équipements urbains demeurent fragiles.

D’où la nécessité de publier un plan de résorption du déficit électrique assorti d’échéances, tout en articulant davantage la planification énergétique avec les projets d’extension de la ville.

Construire autrement : des normes nationales et des responsabilités identifiables

Le président du Comité d’organisation a également dénoncé le décalage entre les règles, leur application et la réalité des chantiers.

Des bâtiments sont construits sans études de sol suffisantes ou sans contrôle rigoureux en cours d’exécution. Des quartiers se développent hors normes, tandis que les responsabilités respectives de l’État, de la Ville-Province et des communes demeurent parfois difficiles à distinguer.

Pour Jean Bamanisa Saïdi, la réponse passe par l’adoption du Code de l’urbanisme et de la construction, la diffusion de normes techniques nationales et le renforcement du contrôle indépendant.

Il défend notamment un principe de responsabilité professionnelle : les professionnels qualifiés doivent être identifiés et leur intervention formellement exigée aux étapes décisives de la conception, de l’exécution et de la réception des ouvrages.

Le discours propose aussi de conditionner la réception des infrastructures publiques à trois exigences : un contrôle indépendant, un dossier d’ouvrage exécuté et un plan d’entretien financé, assorti de la désignation d’un responsable.

Cette orientation vise à rompre avec une pratique coûteuse : inaugurer des infrastructures sans garantir les moyens de les maintenir en bon état.

La durabilité d’un ouvrage doit ainsi être pensée dès sa conception, et non après l’apparition des premières dégradations.

244 référentiels de métiers : reconnaître les bâtisseurs congolais

Au-delà des routes, des immeubles et des réseaux, ExpoBéton RDC a placé les compétences humaines au centre de la transformation urbaine.

Le discours de clôture insiste sur un paradoxe : une grande partie des travaux de construction repose sur des femmes et des hommes qui ont acquis leur savoir-faire sur les chantiers, mais ne disposent pas toujours de titres permettant de prouver officiellement leurs compétences.

La validation des acquis de l’expérience, la certification et la professionnalisation des métiers du bâtiment apparaissent donc comme des leviers essentiels.

L’un des dossiers prioritaires porte sur l’examen technique et la validation de 244 référentiels de métiers, conformément aux orientations évoquées lors des assises.

L’objectif est de définir les compétences attendues, de structurer les parcours de formation et de mieux reconnaître les qualifications acquises sur le terrain.

Jean Bamanisa Saïdi plaide également pour l’intégration d’engagements en matière de formation et d’emploi local dans les grands projets d’infrastructures.

Cette démarche pourrait contribuer à rapprocher les investissements des besoins du marché du travail, à améliorer la qualité des ouvrages et à offrir davantage de perspectives aux jeunes professionnels congolais.

La modernisation urbaine ne se mesurera donc pas seulement au nombre de kilomètres de routes construits ou d’immeubles érigés, mais aussi à la capacité du pays à former et à reconnaître ceux qui les réalisent.

Financer les villes : mobiliser les ressources et associer le secteur privé

Le financement des infrastructures a occupé une place importante dans les travaux, notamment à travers une session réunissant les enjeux de financement des grands projets urbains et les mécanismes innovants de mobilisation des ressources.

Organisée en partenariat avec la Banque centrale du Congo, cette réflexion a porté sur plusieurs pistes : financement en monnaie nationale, recours au marché boursier et nouvelles formes de garantie, notamment autour de l’or.

L’enjeu est de diversifier les sources de financement et de réduire les obstacles qui limitent les investissements de long terme dans l’immobilier et les infrastructures.

Le discours de clôture défend une répartition claire des rôles : la puissance publique n’a pas vocation à remplacer le secteur privé, mais à créer les conditions qui rendent l’investissement possible.

Cela implique de viabiliser les terrains, de construire les infrastructures de desserte, de sécuriser le foncier et d’améliorer la prévisibilité réglementaire.

Le développement urbain suppose également des financements adaptés à la durée de vie des actifs. Des projets structurants ne peuvent durablement reposer uniquement sur des fonds propres ou des financements trop courts.

L’articulation entre banques, investisseurs, pouvoirs publics et professionnels du secteur devient dès lors déterminante.

De dix recommandations à six décisions prioritaires

Pour éviter que les conclusions d’ExpoBéton RDC ne restent lettre morte, Jean Bamanisa Saïdi a présenté une feuille de route articulée autour de dix axes : planification urbaine, sécurisation foncière, normes de construction, contrôle technique, entretien, assainissement, énergie, corridors logistiques, financement et qualification des métiers.

Six priorités ont été mises en avant pour une prise en charge immédiate :

  • Installer auprès de la Primature un dispositif de suivi associant les institutions et les acteurs concernés.
  • Examiner et valider les 244 référentiels de métiers.
  • Faire avancer l’adoption du Code de l’urbanisme et de la construction.
  • Conditionner la réception des ouvrages publics au contrôle de qualité et à l’existence d’un plan d’entretien.
  • Publier un plan de résorption du déficit électrique de Kinshasa.
  • Examiner les modalités de reconnaissance et de certification des bâtisseurs.

La Première ministre, appelée à coordonner l’examen technique des référentiels et des recommandations selon les instructions rapportées dans le discours, se trouve ainsi au centre du mécanisme de suivi envisagé.

L’objectif est de passer d’une logique de concertation à une gouvernance fondée sur des échéances, des responsabilités et des indicateurs vérifiables.

Le président du Comité d’organisation a également annoncé la tenue prochaine d’un dîner-conférence consacré au suivi des résolutions, ainsi qu’un atelier technique sur l’intégration des panneaux solaires et des réseaux de gaz dans les normes applicables aux immeubles.

ExpoBéton, une plateforme appelée à prolonger l’action sur le terrain

Au-delà des panels, la 12ᵉ édition a favorisé des rencontres entre décideurs publics, entreprises et investisseurs à travers le dispositif International Business Connexion (IBC), notamment sous la forme de rencontres B2B et B2G.

Ces échanges ont porté sur des opportunités dans l’aménagement urbain, l’immobilier, l’énergie, les corridors logistiques et la formation professionnelle.

Jean Bamanisa Saïdi entend désormais renforcer cette dimension opérationnelle en associant davantage les sponsors et partenaires à la préparation des éditions, aux missions de terrain et à la conception de solutions adaptées.

Le modèle revendiqué repose sur deux dynamiques complémentaires : Kinshasa pour fixer les orientations stratégiques, les provinces pour expérimenter et démontrer ce qui fonctionne.

Après Kalemie, dans la province du Tanganyika, la prochaine édition est annoncée à Mbuji-Mayi en mai 2027.

Cette décentralisation pourrait permettre d’ancrer les recommandations dans des réalités territoriales différentes, à condition que les engagements soient accompagnés de financements et d’un suivi rigoureux.

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Kinshasa 2050 : une ambition qui exige des résultats

En clôturant ExpoBéton RDC 2026, Jean Bamanisa Saïdi a défendu une vision qui dépasse les seules infrastructures physiques. Son ambition associe la planification, la sécurité foncière, les normes techniques, l’énergie, l’assainissement, le financement et la valorisation du capital humain.

Les chiffres avancés lors de la cérémonie — une métropole de 17 à 20 millions d’habitants, une extension planifiée de plus de 43 000 hectares, plus de 600 000 dossiers fonciers, quelque 12 000 tonnes de déchets par jour et un déficit électrique estimé à 1 200 mégawatts — illustrent l’ampleur du chantier.

Mais le véritable test commencera après la clôture des assises : les recommandations seront-elles traduites en textes, en budgets, en infrastructures et en services durables ?

C’est à cette condition que Kinshasa pourra devenir un modèle pour les autres villes de la RDC.

Le message final du président du Comité d’organisation tient en une conviction : aucune transformation urbaine durable n’est possible sans une gouvernance responsable, des financements adaptés et des bâtisseurs congolais formés, qualifiés et reconnus.

L’enjeu est désormais de faire passer Kinshasa 2050 du statut de vision à celui d’un programme d’action mesurable, capable de transformer les conditions de vie des habitants et de renforcer l’attractivité économique de la République démocratique du Congo.

Rédaction

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