La signature du contrat de concession de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania marque un tournant stratégique pour la République démocratique du Congo. Avec un investissement indicatif de 1,258 milliard de dollars et une concession de 30 ans, Kinshasa mise sur le rail pour réduire son enclavement et renforcer la compétitivité de son secteur minier.
Longue d’environ 1 000 kilomètres pour le tronçon Dilolo-Sakania, cette infrastructure doit relier la frontière angolaise aux grands bassins économiques du Haut-Katanga et du Lualaba, notamment Kolwezi, Tenke et Lubumbashi. L’objectif affiché est ambitieux : atteindre une capacité de transport pouvant aller jusqu’à 13,7 millions de tonnes par an.
Le calcul donne une idée de l’ampleur du pari : l’investissement représente environ 1,25 million de dollars par kilomètre. Mais la véritable question n’est pas combien coûtera le rail. Elle est de savoir combien de richesse supplémentaire il permettra de créer.
Un corridor pour réduire les coûts
Pour la RDC minière, le Corridor de Lobito représente surtout une nouvelle porte de sortie vers l’Atlantique. La possibilité d’acheminer plus rapidement le cuivre et le cobalt vers le port angolais de Lobito pourrait réduire les délais et les coûts logistiques par rapport à certains corridors traditionnels.
C’est un enjeu majeur pour les entreprises minières. Une logistique plus rapide signifie moins de marchandises immobilisées, moins de coûts de transport et davantage de compétitivité.
Mais le corridor ne doit pas devenir uniquement une voie d’évacuation des minerais. Si les trains partent chargés de cuivre et de cobalt et reviennent presque vides, le bénéfice pour l’économie congolaise restera limité.L’ambition doit être de créer un corridor à double sens : minerais à l’export, mais aussi équipements, produits industriels, intrants et marchandises vers la RDC.
Concession ne signifie pas privatisation
Félix Tshisekedi a insisté sur un point politiquement sensible : la concession ne signifie pas la privatisation de la SNCC.L’État reste propriétaire des infrastructures et doit conserver une participation d’au moins 10 % dans la société de projet. Il bénéficiera également d’une redevance annoncée à hauteur de 7,5 % du chiffre d’affaires annuel brut.
À titre d’illustration, un chiffre d’affaires annuel de 500 millions de dollars générerait 37,5 millions de dollars de redevance pour l’État. À 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires, cette redevance atteindrait 75 millions de dollars par an.Ces chiffres montrent l’intérêt potentiel du modèle. Mais ils imposent aussi une exigence : la transparence du contrat et le contrôle effectif des performances du concessionnaire.
Le vrai défi commence maintenant
Une concession de 30 ans est suffisamment longue pour transformer durablement le paysage économique congolais. Elle doit donc être accompagnée d’obligations précises sur les investissements, la maintenance, les tarifs, l’accès au réseau et les niveaux de service.
Le succès ne se mesurera pas à la cérémonie de signature, mais à des indicateurs très concrets :combien de tonnes transportées ? Combien coûte une tonne de cuivre jusqu’à Lobito ? Combien de jours faut-il pour effectuer le trajet ? Combien d’emplois sont créés ? Combien de recettes supplémentaires pour l’État ?
Le Corridor de Lobito offre à la RDC une occasion historique de transformer son réseau ferroviaire en véritable outil de compétitivité.Mais le rail ne doit pas seulement servir à sortir plus vite les minerais du pays.Il doit servir à faire entrer plus vite l’industrie, l’investissement et la valeur ajoutée dans l’économie congolaise.C’est à cette condition que les 1,258 milliard de dollars ne seront pas simplement le prix d’une nouvelle ligne ferroviaire, mais l’investissement de départ d’une nouvelle stratégie économique pour la RDC.
ExpobetonRDC a, depuis plusieurs années, joué un rôle majeur dans la promotion des corridors économiques, notamment celui de Lobito, à travers les différentes étapes organisées à Kolwezi, Lubumbashi et Kalemie. Aujourd’hui, cette vision commence à se concrétiser avec la mise en place de nouvelles opportunités d’affaires autour de ces corridors.

Dans les recommandations formulées à la suite des travaux d’ExpobetonRDC, conformément à la volonté du Chef de l’État, il avait été clairement souligné que le corridor de Lobito devait aller au-delà du simple transport des minerais et ouvrir de nouvelles opportunités économiques. Cela passe notamment par la création de bretelles ferroviaires reliant le corridor aux différents centres de production.
L’ambition est que ces liaisons secondaires puissent être exploitées par des sociétés congolaises de transport ferroviaire, détenues par des entrepreneurs et des capitaux locaux. Ces bretelles, relativement courtes et nécessitant des investissements moins importants que les grands axes internationaux, constituent une opportunité concrète pour l’émergence d’un secteur ferroviaire privé congolais.
C’est dans cette perspective qu’ExpobetonRDC, à travers ses partenaires, travaille avec la SNCC afin d’explorer et de concrétiser ces opportunités.
Mais le développement des corridors ne peut être dissocié de la question du capital humain. La disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée est indispensable pour assurer la construction, l’exploitation et la maintenance des infrastructures ferroviaires et logistiques.
C’est pourquoi la formation professionnelle constitue également un axe prioritaire. Le Club BTP & CMA, en collaboration avec la SNCC et la Gécamines, travaille à la réhabilitation des centres de formation professionnelle, avec l’ambition de doter le pays de techniciens et de professionnels capables d’accompagner durablement le développement des infrastructures et des corridors économiques.
L’objectif est donc clair : connecter les territoires, créer des entreprises congolaises, développer les compétences locales et faire des corridors de véritables moteurs d’industrialisation et de création de richesse en RDC.
Rédaction


