EXPO BÉTON 2026 : DE FÉLIX TSHISEKEDI À JUDITH SUMINWA, LE TEMPS DE TRANSFORMER LES RECOMMANDATIONS EN ACTES POUR BÂTIR LES VILLES DE LA RDC

planification urbaine, en passant par la sécurisation foncière, les infrastructures et l’assainissement, la 12ᵉ édition d’Expo Béton aura placé la transformation des villes congolaises au cœur du débat public. À l’ouverture, le président de la République, Félix Tshisekedi, a confié à la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, une mission précise : coordonner l’examen technique des référentiels de métiers et le processus de leur validation et de leur mise en œuvre. À la clôture, le 10 octobre 2026, la cheffe du Gouvernement a lancé un message sans équivoque : « Tolobi pe mingi, sik’oyo tosala » — nous avons beaucoup parlé, maintenant passons à l’action. Entre l’impulsion présidentielle et l’exigence gouvernementale de résultats concrets dès 2027, l’heure est désormais à l’exécution.

Il est des rendez-vous qui ne doivent pas s’achever avec les applaudissements de la cérémonie de clôture. Des rencontres dont la véritable portée se mesure moins à la qualité des discours prononcés qu’à la capacité des institutions à transformer les idées en décisions, les recommandations en politiques publiques et les engagements en réalisations palpables.

La 12ᵉ édition d’Expo Béton, organisée autour du thème « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDCongo », appartient à cette catégorie de rendez-vous dont la réussite se jouera désormais sur le terrain.

À l’ouverture de cette édition, le président de la République, Félix Tshisekedi, a donné une orientation politique claire en mettant l’accent sur la nécessité de renforcer les compétences nationales dans le secteur de la construction. En confiant à la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, la coordination de l’examen technique de 244 référentiels de métiers, ainsi que des procédures nécessaires à leur validation et à leur mise en œuvre, le chef de l’État a placé la formation professionnelle au cœur de la transformation économique et urbaine du pays.

Quelques jours plus tard, à la clôture des travaux, la cheffe du Gouvernement a donné à cette ambition une traduction politique qui mérite une attention particulière.

« Tolobi pe mingi, sik’oyo tosala », a-t-elle déclaré, résumant son propos par une formule qui, en français, signifie : « Nous avons beaucoup parlé, maintenant passons à l’action. »

Deux interventions, une même exigence : sortir de la seule formulation des ambitions pour entrer dans le temps de leur concrétisation.

Derrière cette convergence entre l’impulsion présidentielle et le message de la Première ministre se dessine un enjeu majeur pour la République démocratique du Congo : faire de la construction, de la formation professionnelle et de l’aménagement urbain des instruments effectifs de développement national.

Car la transformation des villes ne se décrète pas. Elle se planifie, se finance, s’organise et se construit. Et surtout, elle exige des femmes et des hommes qualifiés, des institutions efficaces, des normes respectées et une volonté politique capable de s’inscrire dans la durée.

I. Félix Tshisekedi : faire grandir les compétences nationales à travers chaque grand chantier

Le discours d’ouverture du président de la République a posé un principe essentiel, qui mérite d’être placé au centre de la réflexion sur l’avenir du secteur congolais de la construction :

« Chaque grand chantier doit aussi faire grandir les compétences du pays. »

Cette déclaration dépasse la seule question de la formation professionnelle. Elle propose une conception du développement dans laquelle les infrastructures ne sont pas uniquement des ouvrages destinés à répondre à des besoins immédiats, mais également des occasions de renforcer durablement les capacités nationales.

Autrement dit, construire une route, un pont, un bâtiment public, un réseau d’assainissement ou un équipement collectif ne devrait pas se limiter à livrer une infrastructure. Chaque projet devrait aussi contribuer à former des techniciens, à améliorer les qualifications des travailleurs, à consolider les entreprises locales et à transmettre des savoir-faire.

Cette orientation est stratégique pour un pays qui doit répondre à d’importants besoins en infrastructures tout en renforçant son autonomie technique et économique.

Trop souvent, le débat sur les grands chantiers se concentre sur les montants des investissements, les délais d’exécution et le nombre d’ouvrages à réaliser. Ces dimensions sont indispensables, mais elles ne suffisent pas à mesurer la portée d’un projet.

Il faut également s’interroger sur les compétences acquises, les emplois créés, les qualifications reconnues et les capacités industrielles consolidées.

Un chantier qui mobilise des ressources financières importantes, mais qui ne contribue pas suffisamment à développer les compétences nationales, laisse inexploité une partie de son potentiel économique.

À l’inverse, un projet conçu pour associer réalisation des infrastructures et transfert de compétences peut produire des effets qui dépassent largement sa durée d’exécution.

Il peut améliorer l’employabilité des jeunes, renforcer la compétitivité des entreprises congolaises, professionnaliser les métiers du bâtiment et accroître la capacité du pays à concevoir, construire et entretenir ses propres infrastructures.

C’est toute la portée de la vision exprimée par Félix Tshisekedi.

Le développement ne doit pas seulement laisser des routes, des bâtiments et des ouvrages. Il doit aussi laisser derrière lui des compétences, des qualifications et un tissu économique national plus solide.

Cette ambition appelle cependant des mécanismes précis. Les entreprises doivent pouvoir identifier les compétences dont elles ont besoin. Les centres de formation doivent adapter leurs programmes aux réalités du marché du travail. Les certifications doivent être reconnues par les employeurs. Et les politiques publiques doivent créer des passerelles efficaces entre formation, apprentissage, emploi et évolution professionnelle.

C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit le dossier des 244 référentiels de métiers évoqué par le président de la République.

II. Les 244 référentiels de métiers : une base de travail qui doit devenir un instrument de transformation

L’un des passages les plus structurants du discours présidentiel concerne la remise des 244 référentiels de métiers élaborés avec le concours du Club BTP, de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat ainsi que du ministère de la Formation professionnelle.

Félix Tshisekedi a déclaré :

« La remise récente de 244 référentiels de métiers, élaborés avec le concours du Club BTP, de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat et du Ministère de la Formation Professionnelle, constitue une base de travail importante. Il nous appartient de lui donner une traduction concrète dans les centres de formation et les entreprises. »

Cette déclaration révèle un enjeu fondamental : la production de référentiels n’est pas une finalité en soi. Elle constitue une étape dans la construction d’un système de formation capable de répondre aux besoins réels de l’économie.

Un référentiel de métier permet notamment de préciser les activités associées à une profession, les compétences attendues, les savoir-faire nécessaires et les exigences permettant d’apprécier la maîtrise d’un métier.

Lorsqu’ils sont correctement élaborés, validés et utilisés, ces outils contribuent à rapprocher le monde de la formation de celui du travail.

Ils peuvent permettre aux centres de formation de mieux structurer leurs programmes, aux entreprises de définir leurs besoins en recrutement et aux travailleurs de disposer de repères plus clairs pour faire reconnaître leurs qualifications.

Dans le secteur du BTP, où les métiers sont nombreux et les exigences techniques particulièrement importantes, cette démarche revêt une portée considérable.

La qualité d’un ouvrage dépend de la compétence de celles et ceux qui interviennent dans sa conception, sa réalisation, son contrôle et son entretien.

La maîtrise des techniques de construction, la compréhension des plans, le respect des normes de sécurité, la qualité des installations et l’utilisation appropriée des matériaux sont autant de facteurs qui influencent la durabilité des infrastructures.

Les 244 référentiels représentent donc une base de travail susceptible de contribuer à la professionnalisation du secteur.

Mais le président de la République a également souligné ce qui doit constituer la prochaine étape :

« Les formations qui en découleront devront répondre aux besoins des employeurs et conduire à des certifications reconnues. »

Cette précision est déterminante.

Former pour former ne suffit pas. Il faut former pour exercer un métier, répondre à un besoin économique et obtenir une qualification dont la valeur soit reconnue.

La question centrale devient alors celle de l’opérationnalisation : comment passer des référentiels élaborés à des programmes de formation effectivement dispensés, évalués et reconnus ?

Cela suppose un travail technique approfondi, une concertation avec les professionnels, une adaptation des équipements pédagogiques et la mise en place de dispositifs d’évaluation des compétences.

Cela suppose également de veiller à ce que les formations ne soient pas conçues uniquement à partir de considérations administratives, mais qu’elles correspondent aux besoins des entreprises et aux réalités des chantiers.

La valeur des 244 référentiels se mesurera donc à leur capacité à modifier concrètement le fonctionnement du système de formation et les perspectives professionnelles des travailleurs.

Le défi n’est plus seulement de disposer de référentiels. Il est de faire en sorte que chaque référentiel devienne un outil de formation, de certification, d’insertion professionnelle et d’amélioration de la qualité des ouvrages.

III. Une mission confiée à Judith Suminwa : l’épreuve de la coordination et de l’exécution

Le président de la République a donné à cette démarche une dimension institutionnelle claire en confiant une mission précise à la Première ministre.

Il a déclaré :

« Je charge Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement, de coordonner l’examen technique de ces référentiels et les procédures nécessaires à leur validation et à leur mise en œuvre. »

Cette instruction présidentielle place Judith Suminwa Tuluka au centre d’un processus qui nécessite l’intervention de plusieurs institutions et la mobilisation de compétences diverses.

La coordination constitue ici un enjeu essentiel.

L’élaboration des référentiels, leur examen technique, leur validation et leur mise en œuvre ne relèvent pas nécessairement d’un seul service administratif. Ils impliquent des responsabilités institutionnelles, des expertises professionnelles et des besoins économiques qui doivent être articulés.

La Première ministre est ainsi appelée à favoriser la cohérence entre les orientations politiques, les exigences techniques, les dispositifs de formation et les attentes des employeurs.

Il ne s’agit pas de remplacer le travail des spécialistes, mais de créer les conditions permettant à leurs conclusions de déboucher sur des décisions effectives.

Une coordination réussie devrait notamment permettre de clarifier les responsabilités, d’établir un calendrier de travail, de résoudre les difficultés administratives et d’assurer la continuité du processus jusqu’à la mise en œuvre.

Elle devrait également garantir que les professionnels du secteur soient suffisamment associés à l’examen des référentiels.

Les entreprises du BTP sont particulièrement bien placées pour identifier les compétences nécessaires sur les chantiers, les lacunes observées dans certaines qualifications et les évolutions technologiques auxquelles les travailleurs doivent se préparer.

Leur contribution est indispensable pour éviter un décalage entre les programmes de formation et les réalités du marché.

De même, les centres de formation professionnelle doivent être en mesure d’évaluer les conditions nécessaires à l’intégration des référentiels dans leurs enseignements : disponibilité des formateurs, équipements techniques, ateliers pratiques, supports pédagogiques et modalités d’évaluation.

Le rôle de coordination confié à la Première ministre doit donc permettre de transformer une orientation présidentielle en processus institutionnel cohérent.

C’est là que se joue une partie de la crédibilité de l’action gouvernementale.

La coordination ne doit pas se limiter à organiser des réunions ou à produire des comptes rendus. Elle doit permettre de franchir les étapes successives, de résoudre les blocages et de rendre compte des progrès accomplis.

Le défi de Judith Suminwa consiste ainsi à faire le lien entre la vision politique du chef de l’État et les mécanismes administratifs, techniques et opérationnels nécessaires à sa réalisation.

IV. Expo Béton : une tribune de propositions, pas un simple rendez-vous professionnel

La portée des déclarations présidentielles et gouvernementales doit également être appréciée à la lumière de la philosophie défendue par les organisateurs d’Expo Béton.

Jean Bamanisa a tenu à préciser la vocation de cette rencontre :

« ExpoBéton n’est pas une tribune de complaisance. Ce n’est pas davantage une tribune de contestation. C’est un lieu de travail, où des gens qui construisent viennent dire ce qu’ils savent. »

Cette formule définit une conception particulière du débat public.

Expo Béton n’a pas vocation à se limiter à une succession d’interventions protocolaires ou à une vitrine de projets. L’ambition est de réunir les acteurs du secteur pour confronter les expériences, identifier les obstacles, formuler des recommandations et proposer des solutions applicables aux réalités du pays.

C’est précisément ce qui donne à cette plateforme son intérêt.

Les professionnels de la construction connaissent les contraintes rencontrées sur les chantiers : difficultés d’accès au foncier, procédures administratives, financement des infrastructures, disponibilité des matériaux, application des normes, contrôle technique, compétences de la main-d’œuvre et entretien des ouvrages.

Les urbanistes, les architectes, les ingénieurs, les entreprises et les autres acteurs spécialisés peuvent apporter des analyses qui complètent les approches institutionnelles.

Encore faut-il que ces contributions soient intégrées dans les mécanismes de décision.

Une tribune de réflexion ne remplit pleinement sa mission que si les recommandations qui en ressortent sont examinées, hiérarchisées et traduites en actions.

Le programme de cette 12ᵉ édition, consacré notamment au financement des infrastructures, au foncier et au cadastre numérique, aux normes et au contrôle technique, à l’urbanisme, aux corridors, à l’énergie, à l’eau, à l’assainissement et à la formation, illustre l’étendue des défis à relever.

Ces questions ne sont pas indépendantes les unes des autres.

Le développement d’une ville nécessite des financements, mais aussi une planification rigoureuse. La construction exige un accès sécurisé au foncier, des normes techniques et des professionnels qualifiés. Les infrastructures doivent être accompagnées de services essentiels et de dispositifs d’entretien.

C’est pourquoi Expo Béton peut jouer un rôle important dans la structuration d’une réflexion nationale sur le développement urbain.

Mais la réussite de cette ambition dépendra de la continuité du travail après l’événement.

Les propositions doivent pouvoir être suivies, les responsabilités identifiées et les décisions évaluées.

Expo Béton ne doit pas seulement être le lieu où les problèmes sont exposés et les solutions proposées. Il doit devenir un espace dont les travaux contribuent effectivement à améliorer les politiques publiques et les pratiques professionnelles.

V. « Nous avons beaucoup parlé, maintenant passons à l’action » : Judith Suminwa donne le ton

À la clôture de cette édition, le 10 octobre 2026, la Première ministre a repris à sa manière l’exigence qui traversait déjà le discours d’ouverture du président de la République.

Sa déclaration en lingala, « Tolobi pe mingi, sik’oyo tosala », constitue le fil conducteur de cette réflexion.

Elle exprime une réalité bien connue de l’action publique : l’accumulation de diagnostics et de recommandations ne garantit pas, à elle seule, la transformation des conditions de vie.

La République démocratique du Congo dispose de professionnels, d’expertises et de capacités qui peuvent contribuer à son développement. Elle dispose également de nombreuses pistes de réforme et d’orientations en matière d’infrastructures et d’aménagement.

La question est de savoir comment organiser ces ressources et ces idées pour produire des résultats durables.

Le message de Judith Suminwa peut être compris comme une invitation à franchir un seuil : celui qui sépare la réflexion de l’exécution.

En matière de développement urbain, cette transition est particulièrement importante.

Les difficultés des villes congolaises ne se résoudront pas uniquement par de nouveaux plans ou de nouvelles annonces de projets. Elles exigent des décisions cohérentes, des financements mobilisés, des travaux bien exécutés et des mécanismes de contrôle capables de garantir la qualité des réalisations.

La planification urbaine doit être appliquée. Les règles foncières doivent être clarifiées et respectées. Les normes de construction doivent être contrôlées. Les infrastructures doivent être adaptées aux besoins des populations. L’assainissement doit être conçu comme un service essentiel, et non comme une intervention ponctuelle.

La Première ministre a également insisté sur la nécessité d’obtenir des résultats concrets dès 2027.

Cette perspective introduit une exigence supplémentaire : celle de pouvoir évaluer les progrès accomplis dans un délai défini.

Il faudra donc déterminer ce qui peut raisonnablement être engagé, réalisé ou amélioré d’ici cette échéance, sans confondre le lancement d’un processus avec l’achèvement de ses objectifs.

Le message est clair : les recommandations doivent désormais entrer dans le circuit de l’action gouvernementale.

La difficulté consiste à transformer cette exigence en méthode de travail.

VI. Kinshasa, locomotive de la transformation des villes : construire une vision nationale

Le thème de cette édition d’Expo Béton place Kinshasa au centre de la réflexion, mais son ambition concerne l’ensemble des villes de la République démocratique du Congo.

La capitale concentre des fonctions politiques, économiques et administratives majeures. Elle constitue, à ce titre, un espace stratégique pour expérimenter et mettre en œuvre des solutions d’aménagement susceptibles d’inspirer d’autres centres urbains.

Toutefois, faire de Kinshasa une locomotive ne signifie pas réduire la politique urbaine nationale au développement de la seule capitale.

La transformation des villes doit répondre à des besoins diversifiés, en tenant compte des caractéristiques géographiques, démographiques et économiques de chaque territoire.

Les défis rencontrés par les grandes agglomérations congolaises concernent notamment l’accès aux infrastructures, l’organisation de la mobilité, la disponibilité des services essentiels, la gestion des eaux pluviales et l’amélioration du cadre de vie.

À Kinshasa, ces problématiques sont particulièrement visibles à travers la pression exercée sur les infrastructures, les difficultés de circulation et les besoins en assainissement.

Une modernisation durable suppose donc de dépasser la logique des interventions isolées.

Construire une route sans prévoir les dispositifs de drainage adaptés, développer un quartier sans anticiper les besoins en équipements collectifs ou autoriser des constructions sans contrôle suffisant peut entraîner des difficultés supplémentaires.

La ville doit être pensée comme un ensemble dans lequel les infrastructures, le logement, la mobilité, l’assainissement et les services publics se complètent.

Cette vision exige une planification rigoureuse et une coordination entre les institutions compétentes.

Elle implique également de considérer les habitants comme des acteurs de l’aménagement, en tenant compte de leurs besoins, de leurs contraintes et de leurs propositions.

Enfin, elle suppose que la transformation urbaine soit conçue comme une politique nationale, avec des priorités adaptées aux différentes villes et des mécanismes de financement permettant de soutenir les collectivités.

L’ambition affichée par Expo Béton doit donc conduire à une réflexion plus large sur la manière dont la RDC peut organiser son urbanisation, améliorer ses infrastructures et réduire les disparités entre les territoires.

VII. Foncier, normes et infrastructures : les conditions d’une transformation durable

La transformation urbaine repose également sur trois piliers étroitement liés : la sécurisation foncière, le respect des normes de construction et le développement des infrastructures.

La question foncière constitue un préalable essentiel.

Les incertitudes concernant les droits sur les terrains, les contestations de propriété et les difficultés d’accès à des informations fiables peuvent ralentir les investissements, fragiliser les ménages et compliquer la planification.

Une gestion foncière plus transparente et plus efficace permettrait de renforcer la confiance, de réduire certains conflits et de mieux organiser l’occupation du sol.

La modernisation des outils de gestion, notamment par le recours au cadastre numérique lorsqu’il est adapté aux besoins et aux capacités des institutions, peut contribuer à améliorer la traçabilité des informations. Elle doit toutefois s’accompagner de garanties juridiques, de contrôles et de mécanismes accessibles de règlement des litiges.

Le respect des normes de construction représente un deuxième pilier.

Les normes techniques contribuent à protéger les vies humaines, à garantir la stabilité des bâtiments et à améliorer la durabilité des ouvrages.

Leur application suppose des contrôles crédibles, des professionnels compétents et des responsabilités clairement établies entre les maîtres d’ouvrage, les concepteurs, les entreprises et les services administratifs.

Enfin, le développement des infrastructures doit répondre à une logique de cohérence.

La mobilité, l’accès à l’eau, l’assainissement, le drainage et les équipements collectifs doivent être intégrés dans la conception des projets urbains.

Il ne suffit pas de construire davantage : il faut construire de manière à répondre aux besoins actuels et futurs des populations.

Ces trois dimensions renvoient directement aux thèmes abordés pendant Expo Béton.

Elles démontrent également pourquoi la formation professionnelle et les 244 référentiels de métiers ne doivent pas être considérés comme un dossier distinct de la transformation urbaine.

La qualité des infrastructures dépend de la qualité des compétences mobilisées. Le respect des normes dépend notamment de la formation des professionnels. Et l’exécution des projets exige des travailleurs capables d’appliquer les techniques et les règles appropriées.

Le développement urbain et le développement des compétences sont donc deux dimensions d’une même ambition.

VIII. Des résultats concrets dès 2027 : la nécessité d’une feuille de route vérifiable

L’objectif de résultats concrets dès 2027, évoqué par la Première ministre, constitue un horizon politique important.

Mais pour que cette échéance soit utile, elle doit être accompagnée d’une méthode permettant de mesurer les progrès réalisés.

Dans le cas des 244 référentiels de métiers, il serait pertinent de pouvoir suivre les différentes étapes du processus : examen technique, validation, intégration dans les programmes de formation, préparation des centres, formation des formateurs, organisation des évaluations et délivrance de certifications reconnues.

Ces étapes sont complémentaires et ne doivent pas être confondues.

La validation d’un référentiel constitue un progrès institutionnel. Son utilisation effective dans un centre de formation représente une étape supplémentaire. La formation d’apprenants et la reconnaissance de leurs compétences permettent ensuite d’apprécier les effets du dispositif.

Une démarche similaire devrait guider le suivi des recommandations relatives à l’urbanisme et aux infrastructures.

Pour la planification urbaine, les progrès pourraient être appréciés à travers l’adoption et l’application de documents opérationnels.

Pour le foncier, ils pourraient concerner l’amélioration des procédures, la fiabilité des informations et la transparence des transactions.

Pour les normes de construction, le suivi pourrait porter sur les dispositifs de contrôle, les inspections réalisées et la conformité des ouvrages.

Pour l’assainissement et la mobilité, l’évaluation devrait s’intéresser aux améliorations concrètes apportées aux conditions de vie et de déplacement des populations.

Ces exemples constituent des pistes de suivi et non une liste d’engagements déjà officiellement adoptés.

L’enjeu est de faire en sorte que les priorités annoncées puissent être traduites en objectifs précis, assortis de responsabilités identifiées et d’un calendrier réaliste.

Une feuille de route publique permettrait de renforcer la coordination entre les ministères, les institutions de formation, les professionnels du secteur et les autres parties prenantes.

Elle donnerait également aux citoyens et aux organisations professionnelles des moyens plus clairs d’apprécier les progrès accomplis.

La redevabilité ne consiste pas seulement à annoncer ce qui sera fait. Elle consiste à rendre compte de ce qui a été engagé, de ce qui a été réalisé, des difficultés rencontrées et des mesures prises pour les surmonter.

C’est à cette condition que l’objectif de 2027 pourra devenir un véritable instrument de mobilisation.

IX. Valoriser les compétences congolaises : faire du BTP un moteur d’emploi et de souveraineté économique

La question des compétences nationales mérite enfin d’être replacée dans sa dimension économique et sociale.

Le secteur de la construction mobilise une grande diversité de métiers. Il fait intervenir des architectes, des ingénieurs, des urbanistes, des géomètres, des techniciens, des artisans et de nombreux travailleurs spécialisés.

La qualité de leur formation influence directement la performance des entreprises et la durabilité des infrastructures.

En renforçant les dispositifs de formation et de certification, la RDC peut contribuer à améliorer l’employabilité des jeunes, à professionnaliser les métiers et à développer les capacités de ses entreprises.

Les 244 référentiels pourraient participer à cette dynamique s’ils sont effectivement intégrés dans un système de formation accessible, adapté aux besoins du marché et reconnu par les employeurs.

La réussite de cette démarche exige cependant des moyens.

Les centres de formation doivent disposer de formateurs qualifiés, d’équipements adaptés et de conditions permettant de combiner les enseignements théoriques avec l’apprentissage pratique.

Les entreprises doivent être associées à la définition des besoins, à l’accueil des apprenants et à l’évaluation des compétences.

Les dispositifs de certification doivent permettre aux travailleurs de faire reconnaître leurs qualifications selon des procédures fiables.

Il faut également prendre en considération les professionnels qui ont acquis leur savoir-faire par l’expérience. Des mécanismes adaptés de reconnaissance des compétences pourraient contribuer à valoriser leur parcours, sous réserve d’évaluations rigoureuses.

L’objectif est de créer un système dans lequel les compétences acquises peuvent être reconnues, améliorées et mobilisées dans les entreprises.

Cette ambition peut contribuer à renforcer la compétitivité du secteur du BTP, à développer l’emploi local et à améliorer la qualité des réalisations.

Elle peut aussi permettre aux entreprises congolaises de prendre une place plus importante dans la chaîne de valeur des grands projets d’infrastructures.

Il ne s’agit pas de faire de la nationalité un substitut à la compétence, mais de créer les conditions permettant aux compétences congolaises de se développer, de se certifier et de rivaliser par la qualité de leur travail.

C’est dans cette articulation entre formation, emploi, investissement et performance que la vision exprimée par le président de la République prend toute sa portée.

X. De l’ouverture à la clôture : une continuité politique qui doit maintenant produire ses effets

L’un des enseignements majeurs de cette 12ᵉ édition d’Expo Béton réside dans la continuité entre les orientations exprimées à l’ouverture et le message porté à la clôture.

D’un côté, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de faire grandir les compétences nationales à travers les grands chantiers et a confié à la Première ministre la coordination de l’examen technique des 244 référentiels de métiers, ainsi que des procédures de validation et de mise en œuvre.

De l’autre, Judith Suminwa Tuluka a appelé à traduire les recommandations en réalisations concrètes, en mettant l’accent sur la planification urbaine, la sécurisation foncière, les normes de construction, les infrastructures, la mobilité, l’assainissement et la valorisation des compétences nationales.

Ces deux interventions peuvent être lues comme les deux faces d’une même exigence.

Le président de la République fixe une orientation politique et souligne l’importance du capital humain. La Première ministre rappelle la nécessité de transformer les propositions en actions concrètes et d’obtenir des résultats mesurables.

Entre les deux se trouve le travail essentiel de l’administration, des institutions de formation, des professionnels et des entreprises.

C’est à ce niveau que les orientations doivent devenir des procédures, des programmes, des financements et des projets exécutés.

Cette continuité constitue un atout, à condition qu’elle se traduise par une coordination efficace et une répartition claire des responsabilités.

La mission confiée à la Première ministre concernant les référentiels de métiers pourrait ainsi s’inscrire dans une dynamique plus large de suivi des recommandations d’Expo Béton.

Il ne s’agirait pas de confondre tous les dossiers ni de placer chaque chantier sous un même mécanisme, mais de renforcer la cohérence entre les politiques de formation, de construction et d’aménagement urbain.

La réussite dépendra de la capacité à identifier les priorités, à mobiliser les moyens nécessaires et à assurer un suivi rigoureux des décisions.

L’enjeu dépasse donc la seule réussite de cette édition d’Expo Béton. Il concerne la capacité de l’État à faire du dialogue avec les professionnels un instrument durable d’amélioration de l’action publique.

CONCLUSION | LE TEMPS DES ACTES, LE RENDEZ-VOUS DES RÉSULTATS

La 12ᵉ édition d’Expo Béton aura mis en lumière une conviction fondamentale : la transformation des villes de la République démocratique du Congo exige davantage que des projets immobiliers et des infrastructures nouvelles. Elle suppose une vision cohérente du développement, une planification rigoureuse, des institutions capables d’agir et des compétences nationales suffisamment solides pour concevoir, réaliser et entretenir les ouvrages.

À l’ouverture, le président de la République, Félix Tshisekedi, a posé un principe qui mérite de rester au cœur de cette ambition : « Chaque grand chantier doit aussi faire grandir les compétences du pays. »

En mettant en avant les 244 référentiels de métiers élaborés avec le concours du Club BTP, de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat et du ministère de la Formation professionnelle, le chef de l’État a souligné l’importance de relier les investissements aux besoins de qualification et aux perspectives d’emploi.

En confiant à Judith Suminwa Tuluka la coordination de leur examen technique, de leur validation et de leur mise en œuvre, il a également identifié une responsabilité gouvernementale précise.

À la clôture, la Première ministre a prolongé cette orientation par un appel à l’action : « Tolobi pe mingi, sik’oyo tosala. »

Ces deux déclarations dessinent une même feuille de route politique : faire en sorte que les ambitions annoncées se traduisent en changements tangibles.

Le dossier des 244 référentiels constitue, à cet égard, un test concret. Leur validation, leur intégration dans les programmes de formation et la reconnaissance des certifications pourraient contribuer à renforcer les compétences nécessaires au développement du secteur de la construction.

Mais cette dynamique doit s’articuler avec les autres priorités mises en avant à Expo Béton : l’urbanisme, le foncier, les normes, les infrastructures, la mobilité et l’assainissement.

La transformation des villes ne peut être durable si les compétences ne suivent pas les investissements, si les infrastructures sont construites sans planification ou si les normes demeurent insuffisamment appliquées.

Elle ne peut pas non plus réussir sans une mobilisation coordonnée de l’État, des autorités provinciales, des professionnels, des entreprises, des centres de formation et des citoyens.

C’est pourquoi l’ambition de faire de Kinshasa la locomotive de la transformation urbaine doit être comprise comme un projet national, capable d’inspirer une amélioration durable des conditions de vie dans l’ensemble des villes congolaises.

L’échéance de 2027 constituera un premier repère pour apprécier les progrès accomplis. Elle devra permettre de distinguer les intentions des décisions, les décisions des réalisations et les réalisations des résultats effectivement ressentis par les populations.

La réussite ne se mesurera pas seulement au nombre de projets annoncés ou de textes adoptés. Elle se mesurera également à la qualité des infrastructures, à la reconnaissance des compétences, à l’amélioration des services urbains et à la confiance que les citoyens pourront accorder aux institutions.

Jean Bamanisa a rappelé qu’Expo Béton n’était ni une tribune de complaisance ni une tribune de contestation, mais un lieu de travail où les professionnels viennent partager leur savoir et formuler des propositions.

Cette philosophie ne prendra toute sa valeur que si le travail engagé se poursuit après l’événement.

Les recommandations doivent être examinées. Les priorités doivent être définies. Les responsabilités doivent être assumées. Les résultats doivent être évalués.

C’est ainsi qu’Expo Béton pourra dépasser le cadre d’une rencontre professionnelle pour contribuer durablement à la transformation des politiques urbaines et du secteur de la construction.

Le président de la République a donné l’impulsion. La Première ministre a reçu une mission et lancé un appel à l’action. Les professionnels ont formulé leurs propositions. Il appartient désormais aux institutions et à l’ensemble des acteurs concernés de transformer cette convergence en réalisations concrètes.

Car, au bout du compte, une ville ne se transforme ni par les discours seuls ni par les promesses répétées. Elle se transforme lorsque les décisions deviennent des infrastructures, lorsque les formations deviennent des compétences reconnues et lorsque les investissements améliorent réellement la vie des populations.

Expo Béton 2026 aura posé les jalons d’une ambition. L’enjeu, désormais, est de lui donner corps. Et 2027 devra marquer le début d’une réponse concrète à cette exigence : moins de recommandations sans lendemain, davantage de réalisations vérifiables, au service des villes et du peuple congolais.

Rédaction

Dernières nouvelles
- Advertisement -spot_img
Nouvelles connexes
- Advertisement -spot_img
×