Formation professionnelle, validation de l’expérience et qualité des ouvrages : le pari de la compétence pour bâtir la RDC de demain

Kinshasa, 25 juillet 2026. À l’heure où la République démocratique du Congo multiplie les investissements dans les infrastructures, une évidence s’impose : la qualité des ouvrages dépend avant tout de la qualité des femmes et des hommes qui les conçoivent, les réalisent et les entretiennent. C’est autour de cette conviction que le Club BTP & CMA a tenu, ce samedi 25 juillet 2026, son traditionnel déjeuner-débat consacré à un thème stratégique : « Formation professionnelle, validation de l’expérience et qualité des ouvrages ».

Réunissant des représentants des pouvoirs publics, des entreprises, des centres de formation ainsi que des partenaires techniques et financiers, cette rencontre a permis d’explorer les liens étroits entre politique nationale de formation, référentiels de métiers, certification des compétences et employabilité dans un secteur appelé à soutenir durablement la croissance économique du pays.

L’un des temps forts de cette rencontre a été l’intervention de Madame Agathe Tshimpanga, représentante de la Banque africaine de développement (BAD), venue rappeler l’importance que l’institution continentale accorde au développement des infrastructures, mais également au renforcement du capital humain qui les accompagne.

« Les infrastructures représentent environ 50 % du portefeuille de la Banque africaine de développement à l’échelle du continent. En République démocratique du Congo, cette proportion atteint près de 72 %. Cela démontre clairement que le développement des infrastructures constitue une priorité majeure de notre action dans le pays », a-t-elle souligné devant les participants.Cette déclaration illustre l’ampleur des investissements consentis par la BAD en RDC. Au-delà des routes, ponts, ouvrages hydrauliques ou infrastructures énergétiques, l’institution considère que le véritable défi réside désormais dans la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée capable de répondre aux exigences techniques, environnementales et sociales des grands projets.

Des infrastructures au service de la transformation économique

Madame Agathe Tshimpanga est revenue sur plusieurs projets structurants récemment financés par la BAD en République démocratique du Congo.Elle a notamment cité l’approbation, au mois de juin dernier, du financement du Centre agro-pastoral industriel de Ngandajika, présenté comme l’un des projets majeurs actuellement soutenus par la Banque. Ce complexe vise à moderniser les chaînes de valeur agricoles, stimuler la transformation locale des produits et renforcer la sécurité alimentaire tout en créant des milliers d’emplois directs et indirects.

La représentante de la BAD a également rappelé l’engagement de son institution dans le développement des zones économiques spéciales, notamment à travers son appui au financement de la Zone économique spéciale de Maluku, destinée à attirer des investisseurs, développer l’industrie locale et améliorer la compétitivité du tissu économique congolais.Cependant, pour la Banque africaine de développement, ces investissements ne sauraient produire leurs effets sans un accompagnement en matière de formation.

« Dans chacun de ces projets, nous intégrons également la formation des agents sur le terrain. Les infrastructures ne sont pas uniquement des ouvrages physiques ; elles nécessitent des compétences, une expertise technique et une capacité locale à assurer leur gestion et leur maintenance », a expliqué Mme Tshimpanga.

La compétence comme condition de la qualité

Le thème retenu par le Club BTP & CMA a mis en lumière un enjeu souvent relégué au second plan : la qualité des ouvrages dépend directement du niveau de qualification des professionnels intervenant tout au long de la chaîne de réalisation.Architectes, ingénieurs, conducteurs de travaux, maçons, soudeurs, électriciens, plombiers ou techniciens spécialisés doivent désormais évoluer dans un environnement où les normes de construction deviennent plus exigeantes, tant sur le plan technique que sécuritaire.Les participants ont insisté sur la nécessité de bâtir une politique nationale cohérente de développement des compétences, capable de répondre aux besoins réels du secteur du bâtiment et des travaux publics.Une telle politique passe notamment par l’actualisation des référentiels métiers afin qu’ils reflètent les évolutions technologiques, les nouveaux matériaux, les normes environnementales ainsi que les attentes des entreprises.

Valoriser l’expérience acquise

Autre axe majeur des échanges : la validation des acquis de l’expérience (VAE).Dans un pays où une grande partie des professionnels du bâtiment ont appris leur métier directement sur les chantiers, sans parcours académique classique, plusieurs intervenants ont plaidé pour des mécanismes permettant de reconnaître officiellement les compétences acquises au fil des années.Cette reconnaissance contribuerait non seulement à améliorer l’employabilité des travailleurs, mais également à rassurer les entreprises sur les qualifications de leurs collaborateurs, tout en facilitant leur mobilité professionnelle.La certification des compétences apparaît ainsi comme un levier de professionnalisation du secteur et un facteur d’amélioration de la qualité des ouvrages.

Renforcer le rôle des centres de formation et des entreprises

Les débats ont également souligné l’importance d’une collaboration plus étroite entre les centres de formation professionnelle, les entreprises du BTP et les partenaires techniques et financiers.Les centres sont appelés à adapter leurs programmes aux réalités du marché, tandis que les entreprises doivent davantage s’impliquer dans l’accueil des stagiaires, les formations en alternance et le transfert des savoir-faire.Cette articulation entre apprentissage théorique et expérience pratique est désormais considérée comme indispensable pour réduire le décalage entre les compétences disponibles et les besoins des employeurs.

Formation, certification et employabilité : un triptyque indissociable

Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : la formation professionnelle ne peut plus être envisagée comme une fin en soi. Elle doit conduire à une certification reconnue, laquelle doit, à son tour, faciliter l’insertion professionnelle et contribuer à l’amélioration de la qualité des réalisations.Pour les partenaires au développement, dont la Banque africaine de développement, investir dans les infrastructures revient désormais à investir simultanément dans les compétences.

En République démocratique du Congo, où les besoins en infrastructures demeurent immenses et où les investissements publics et privés se multiplient, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée constitue un facteur déterminant pour garantir la durabilité des ouvrages, optimiser les coûts de réalisation et renforcer la compétitivité de l’économie nationale.Le déjeuner-débat organisé par le Club BTP & CMA aura ainsi rappelé une vérité fondamentale : les infrastructures les plus solides ne reposent pas uniquement sur le béton, l’acier ou les financements. Elles reposent avant tout sur les compétences humaines qui leur donnent vie.

Rédaction

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