Normalisation en RDC : la compétence plutôt que des critères rigides, un impératif pour bâtir des normes crédibles

La République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à un tournant décisif dans son ambition de moderniser son cadre normatif. Alors que les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour doter le pays de normes techniques répondant aux exigences du développement, une question revient avec insistance : comment sélectionner les experts appelés à participer aux travaux de normalisation ?

Pour Christian Basunga, ingénieur civil des constructions et expert en normalisation, la réponse ne réside pas dans l’instauration de critères uniformes et contraignants. Une telle approche, bien qu’elle puisse sembler séduisante sur le plan théorique, risquerait davantage de compliquer le processus que de le renforcer.

La normalisation est, par essence, un exercice collectif. Elle rassemble autour d’une même table des administrations publiques, des ministères, des entreprises, des organismes techniques, des laboratoires, des universités ainsi que des ordres professionnels. Cette diversité n’est pas une faiblesse ; elle constitue au contraire le fondement même de la qualité des normes.

En République démocratique du Congo, des institutions telles que l’ACGT, l’ONICIV, l’Office des Routes, le LNTP, l’OVD, le BTC, l’ONA, la Corporation des ingénieurs, les universités, les instituts supérieurs et plusieurs acteurs industriels sont appelés à contribuer aux différentes sous-commissions de normalisation. Chacune de ces structures possède une expérience propre, une expertise spécifique et une connaissance du terrain indispensable à l’élaboration de normes adaptées aux réalités nationales.

Dans ce contexte, vouloir imposer un profil unique ou des critères standardisés pour désigner les représentants apparaît peu réaliste. D’une part, les domaines de normalisation sont extrêmement variés ; d’autre part, les compétences recherchées diffèrent selon les secteurs concernés. Ce qui fait un excellent expert en infrastructures routières ne correspond pas nécessairement au profil requis pour les matériaux de construction, l’énergie ou les équipements industriels.

L’approche la plus pertinente consiste donc à faire confiance aux institutions elles-mêmes. Chaque partie prenante devrait conserver la responsabilité de désigner, selon ses propres mécanismes internes, le professionnel le plus qualifié pour représenter ses intérêts au sein d’une sous-commission. Cette méthode respecte l’autonomie des institutions tout en les plaçant face à leur responsabilité.

Une organisation soucieuse de sa réputation et de sa crédibilité n’a aucun intérêt à déléguer un représentant insuffisamment préparé. Au contraire, elle cherchera naturellement à mandater un expert capable de défendre ses positions avec rigueur et de contribuer efficacement aux débats techniques.

Il convient également de reconnaître une réalité souvent ignorée : toutes les institutions ne disposent pas nécessairement, en interne, de l’ensemble des compétences spécialisées exigées par certains travaux de normalisation. Dans ces circonstances, le recours à un consultant externe ne constitue nullement une faiblesse. Il s’agit d’une démarche responsable qui permet de compléter les expertises disponibles et d’assurer un niveau élevé de qualité scientifique et technique.

L’objectif ultime de la normalisation n’est pas de multiplier les contraintes administratives, mais de produire des normes robustes, applicables et reconnues par l’ensemble des acteurs économiques et institutionnels. Pour y parvenir, la qualité des contributions importe davantage que la rigidité des procédures de sélection.À cet égard, Christian Basunga rappelle que la normalisation doit demeurer un espace de dialogue, d’intelligence collective et de consensus, où les compétences priment sur les formalités et où chaque institution assume pleinement sa responsabilité dans le choix de ses représentants.

Dans cette dynamique, Expobeton RDC réaffirme son attachement à la mise en place d’un système national de normalisation performant et crédible. L’organisation salue les efforts entrepris par le ministère des Infrastructures et Travaux publics pour faire avancer ce chantier stratégique, convaincue que des normes solides constituent un levier essentiel pour améliorer la qualité des infrastructures, renforcer la compétitivité des entreprises congolaises et soutenir le développement durable de la République démocratique du Congo.

La normalisation ne doit pas être perçue comme une simple exigence technique. Elle est un véritable instrument de gouvernance, de sécurité, de compétitivité et de souveraineté économique. Sa réussite dépendra avant tout de la capacité des institutions congolaises à mobiliser les meilleures compétences au service de l’intérêt général.

Rédaction

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