La République démocratique du Congo entre dans une phase où la question n’est plus seulement de définir ses ambitions, mais de démontrer sa capacité à les transformer en réalisations concrètes.
Pour la période 2024-2026, le gouvernement a retenu 506 projets prioritaires représentant un investissement global de 12 milliards de dollars américains. Selon les données présentées par le ministre d’État, ministre du Plan et de la Coordination de l’Aide au Développement, Guylain Nyembo Mbwizya, près de 6 milliards de dollars auraient déjà été décaissés, tandis que 153 projets sont inscrits au budget 2026.
Ces chiffres traduisent l’ampleur des besoins de la RDC, mais surtout le défi qui se présente désormais à l’État : passer d’une logique de programmation à une logique d’exécution, avec des projets visibles, livrés dans les délais et capables de produire un impact économique et social mesurable.
Le PPP comme levier de financement
Face à l’ampleur des besoins, le gouvernement entend renforcer le recours aux partenariats public-privé (PPP).Le ministère du Plan prévoit ainsi la mise en place, à travers l’Unité de Conseil et de Coordination des Partenariats Public-Privé (UCPPP), d’une banque de projets PPP.L’objectif est de constituer un portefeuille de projets suffisamment préparés, techniquement et financièrement, pour devenir « bancables » et attirer les investisseurs privés.
Cette initiative peut constituer un tournant. Dans un pays où les besoins en routes, énergie, transports, eau et autres infrastructures essentielles sont considérables, les ressources publiques ne peuvent à elles seules répondre à l’ensemble des besoins.
Mais le recours aux PPP ne doit pas être considéré comme une simple source supplémentaire de financement. Il suppose des projets bien structurés, une répartition claire des risques entre l’État et les partenaires privés, une sécurité juridique suffisante et des mécanismes de suivi capables de protéger l’intérêt public.
De la banque de projets à la banque de projets bancables
C’est probablement là que se situe l’un des principaux enjeux de la nouvelle stratégie.Une longue liste de projets prioritaires ne suffit pas à attirer les investisseurs. Ceux-ci recherchent des projets disposant d’études de faisabilité solides, d’un modèle économique crédible, d’un cadre réglementaire clair et d’une visibilité sur les revenus ou les mécanismes de rémunération.
La future banque de projets PPP devra donc être davantage qu’un catalogue. Elle devra devenir un véritable outil de préparation, de sélection et de maturation des investissements.La réussite du dispositif dépendra notamment de la capacité à identifier les projets présentant le meilleur rapport entre impact public, viabilité financière et intérêt pour les investisseurs.
Les infrastructures au cœur de la transformation
Le choix des infrastructures comme premier axe du Plan national stratégique de développement (PNSD) 2024-2028 est révélateur des priorités du gouvernement.Routes, énergie et transports constituent en effet des infrastructures déterminantes pour réduire les coûts logistiques, connecter les provinces, améliorer la circulation des personnes et des marchandises et soutenir l’industrialisation.
La diversification économique constitue le deuxième grand enjeu. Le gouvernement veut notamment favoriser davantage de transformation locale des ressources minières et agricoles afin que la croissance ne repose pas uniquement sur l’exportation de matières premières.
Le véritable défi : l’exécution
Avec 506 projets et 12 milliards de dollars annoncés, la RDC dispose désormais d’un portefeuille d’investissement considérable. Mais la réussite de cette stratégie sera jugée moins sur les montants annoncés que sur les infrastructures effectivement livrées.
La question centrale devient donc celle de la qualité de l’exécution : sélection des projets, mobilisation des financements, passation des marchés, contrôle des coûts, respect des délais et évaluation des résultats.
Le gouvernement a également annoncé plusieurs réformes destinées à améliorer l’environnement des investissements, notamment la révision du Code des investissements et du cadre légal des PPP.Ces réformes seront essentielles pour donner davantage de visibilité et de sécurité aux investisseurs tout en garantissant que les partenariats conclus servent effectivement les objectifs de développement national.
Le pari de la transformation
La RDC dispose d’un avantage considérable : l’ampleur de ses besoins crée également un vaste marché potentiel pour les infrastructures et les investissements productifs.
Mais le passage de l’ambition à la transformation nécessitera une discipline nouvelle : moins de projets annoncés sans maturité suffisante, davantage de projets préparés, financés et suivis jusqu’à leur livraison.Les 12 milliards de dollars et les 506 projets prioritaires constituent donc moins un aboutissement qu’un test.
Le véritable indicateur de réussite ne sera pas le nombre de projets inscrits dans les documents de planification, mais le nombre de routes achevées, de mégawatts supplémentaires produits, de réseaux de transport modernisés, d’entreprises créées et d’emplois générés.
La mise en place d’une banque de projets PPP peut être une pièce importante de ce dispositif. Mais pour que le pari soit gagné, la RDC devra désormais transformer son portefeuille de projets en projets bancables, puis en chantiers, et enfin en infrastructures réellement opérationnelles.C’est à cette condition que la planification pourra devenir transformation.
Rappelons que Lors de la 10ᵉ édition d’Expo Béton à Kinshasa, organisée autour du thème « 100 milliards USD pour rebâtir la RDC post-conflit », les conclusions des panels de haut niveau ont mis l’accent sur la paix, la mobilisation des financements, le développement des infrastructures, l’industrialisation et une croissance inclusive créatrice d’emplois
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