Par-delà les discours sur les minerais stratégiques, une question désormais s’impose à la République démocratique du Congo : combien de valeur la nation congolaise entend-elle réellement retenir sur son territoire ?
À New York, à la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, la Première ministre Judith Suminwa a posé les termes d’un débat qui dépasse largement le seul secteur minier. Cuivre, cobalt, lithium, batteries, compétences, recherche, infrastructures et entreprises locales : la RDC veut désormais se positionner non plus seulement comme un réservoir de matières premières, mais comme un acteur industriel des chaînes de valeur de la transition énergétique.
Les chiffres donnent la mesure de cette responsabilité. La RDC a produit environ 3,1 millions de tonnes de cuivre en 2024 et demeure le premier producteur mondial de cobalt, représentant environ 75 % de la production mondiale. Ces ressources placent le pays au cœur de l’économie mondiale de la transition énergétique.
Mais une puissance minière ne devient pas automatiquement une puissance industrielle.
C’est précisément là que se situe le défi : passer progressivement de l’exportation des matières premières à la production de matériaux intermédiaires, de précurseurs, de composants et, à terme, de produits industriels à plus forte valeur ajoutée.
Cette vision rejoint les réflexions portées par ExpoBéton RDC. À Lubumbashi, lors de sa 9ᵉ édition, la transformation locale des ressources minières avait déjà été placée au centre des débats. À Kalemie, pour sa 11ᵉ édition, l’accent a été mis sur le lithium, les corridors et la position stratégique de la RDC dans les échanges régionaux.
Car l’industrialisation minière ne se fera pas sans infrastructures. Routes, chemins de fer, ports, énergie, zones industrielles et logistique doivent accompagner les investissements miniers. L’objectif affiché autour des corridors est notamment de faire progresser les volumes transportés de 18 à 30 millions de tonnes par an à l’horizon 2030, tout en réduisant les coûts douaniers.
L’autre enjeu est celui du contenu local. Les entreprises congolaises doivent pouvoir devenir fournisseurs, sous-traitants, ingénieristes et partenaires des grands projets miniers et industriels. La création de valeur ne doit donc pas seulement se mesurer en tonnes extraites, mais aussi en emplois qualifiés, en entreprises créées, en technologies maîtrisées et en compétences développées.
La modernisation de la gouvernance minière, la traçabilité et la formalisation de l’exploitation artisanale constituent, à cet égard, des conditions essentielles pour renforcer la crédibilité internationale des minerais congolais.
La RDC possède aujourd’hui les ressources nécessaires pour jouer un rôle majeur dans l’économie de demain. Le véritable défi est de transformer cet avantage géologique en puissance industrielle.C’est toute la pertinence de l’approche portée par ExpoBéton : penser simultanément minerais, infrastructures, énergie, corridors, compétences et industrie.
La RDC ne doit pas seulement être le pays qui fournit au monde les minerais de la transition énergétique. Elle doit devenir l’un des pays qui fabriquent, transforment et créent de la valeur à partir de ces ressources.Le temps du sous-sol doit désormais laisser place au temps de la transformation.



