Pour Windhoek comme pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de passer d’un simple axe de transit à un véritable corridor économique, capable de transporter davantage de marchandises, d’attirer des investissements et de rapprocher les bassins miniers congolais des marchés internationaux.
Le corridor relie le port namibien de Walvis Bay à la Zambie et au sud de la RDC. Selon le Walvis Bay Corridor Group, Lubumbashi se situe à environ 2 615 kilomètres de Walvis Bay, avec un temps de transit annoncé de 6 à 7 jours. Kasumbalesa, autre point stratégique pour le commerce minier congolais, est à environ 2 525 kilomètres
Ces distances donnent une idée de l’importance de la performance logistique. Pour une économie minière comme celle de la RDC, chaque jour gagné sur le transport peut avoir un impact sur les coûts, les délais d’approvisionnement et la compétitivité des exportations.
Walvis Bay veut changer d’échelle
La Namibie ne regarde pas ce corridor comme un simple service de transit. Elle cherche à accroître les volumes qui passent par son territoire et à consolider Walvis Bay comme une grande porte d’entrée de l’Afrique australe.
Le port dispose aujourd’hui d’une capacité de traitement de 750 000 EVP par an pour les conteneurs, après l’extension de son terminal, qui a ajouté 600 mètres de quai Et Windhoek prépare déjà l’étape suivante.
Le projet de North Port of Walvis Bay, présenté par Namport, représente environ 60 milliards de dollars namibiens aux conditions actuelles. Il prévoit notamment 1 330 hectares de nouvelles installations, jusqu’à 10 000 mètres de quais et jetées, ainsi qu’un terminal de vrac dont la capacité projetée dépasserait 100 millions de tonnes par an.
Ces investissements montrent que la Namibie veut disposer d’une infrastructure portuaire capable d’accompagner l’augmentation future des échanges régionaux.Et la RDC fait partie des marchés visés.
Le Katanga, pièce maîtresse
Pour Kinshasa, l’intérêt est évident.Le Haut-Katanga et le Lualaba concentrent une grande partie de la production congolaise de cuivre et de cobalt. Disposer de plusieurs options logistiques vers les ports maritimes permet de réduire la dépendance à un seul itinéraire et d’introduire davantage de concurrence entre les corridors.
Le corridor Walvis Bay peut ainsi devenir une alternative stratégique pour les minerais, les équipements industriels, les intrants miniers et les marchandises destinées au marché congolais.Mais son intérêt ne s’arrête pas aux minerais.Un corridor performant peut également favoriser l’agriculture, l’industrie manufacturière, la distribution et les échanges entre PME des trois pays.
Le port sec congolais : le maillon à activer
C’est dans ce contexte que la question du port sec attribué à la RDC par la Namibie prend toute son importance.Cette infrastructure doit permettre au Congo de disposer d’un point logistique avancé dans le dispositif de Walvis Bay.
Mais pour produire son plein effet, elle devra être connectée efficacement aux réseaux routiers et ferroviaires, aux opérateurs privés et aux procédures douanières.Le corridor doit donc être pensé comme une chaîne unique :
port maritime → port sec → rail et route → frontière → Lubumbashi → bassins miniers et marchés congolais.Le moindre goulot d’étranglement sur cette chaîne peut annuler les gains réalisés ailleurs.
Une logique désormais régionale
Depuis 2026, la gouvernance du corridor évolue également. Le Walvis Bay Corridor Group indique qu’un secrétariat permanent du corridor Walvis Bay–Ndola–Lubumbashi doit renforcer la coordination, tandis que le principe du « User Pay » vise à faire contribuer directement les utilisateurs au financement de l’efficacité et de la compétitivité du corridor.
Cette évolution est importante : elle traduit la volonté de faire du corridor une infrastructure économique durable plutôt qu’un simple itinéraire routier.Pour la Namibie, davantage de trafic signifie davantage d’activité portuaire et logistique.Pour la Zambie, c’est une porte supplémentaire vers l’Atlantique.Pour la RDC, c’est une nouvelle possibilité de connecter le Katanga aux marchés mondiaux.Les intérêts convergent.
La bataille sera celle de la compétitivité
L’enjeu, désormais, sera de transformer cette ambition en coûts logistiques réellement compétitifs.
Cela suppose des routes entretenues, des procédures douanières rapides, des postes-frontières efficaces, des plateformes logistiques modernes, des capacités ferroviaires renforcées et une meilleure circulation de l’information.
La Namibie a déjà engagé des actions pour améliorer la fluidité de ses corridors, notamment en matière de barrières non tarifaires et de procédures douanières. La RDC devra poursuivre le même effort sur son propre territoire.Car un corridor n’est jamais plus performant que son maillon le plus faible.
Elle intervient au moment où la RDC cherche à diversifier ses corridors, à accélérer ses exportations minières et à réduire ses coûts logistiques, tandis que la Namibie investit pour renforcer Walvis Bay comme plateforme régionale.La prochaine étape est claire : transformer le corridor Walvis Bay–Ndola–Lubumbashi en véritable corridor d’investissement et d’industrialisation.
Si la RDC active pleinement son port sec, améliore ses connexions vers Lubumbashi et renforce ses infrastructures, tandis que la Namibie poursuit les investissements à Walvis Bay, cet axe pourrait devenir l’un des grands instruments de l’intégration économique de l’Afrique australe.
Pour le Congo, l’enjeu dépasse donc le transport.Il s’agit de rapprocher ses minerais des marchés, de réduire le coût de son enclavement et de faire des infrastructures logistiques un levier de compétitivité industrielle.



