RDC–Tanzanie : de Dar es Salaam à Kalemie, le vrai combat est celui du coût du kilomètre

La République démocratique du Congo et la Tanzanie ont désormais 90 jours pour finaliser un accord commercial bilatéral. Au cœur des discussions : réduire les coûts et les délais du transit, faciliter les échanges et renforcer les investissements entre les deux pays.Derrière cette échéance diplomatique se joue une bataille beaucoup plus concrète : combien coûte réellement à la RDC son accès à l’océan Indien ?

La question était déjà au centre de la 11e édition d’ExpoBeton RDC, organisée à Kalemie. La ville du Tanganyika y a été présentée comme un maillon stratégique du Corridor central reliant la RDC au port de Dar es Salaam, via le lac Tanganyika et les infrastructures ferroviaires et routières tanzaniennes.

Les chiffres montrent l’importance croissante de cette route commerciale. Selon les autorités portuaires tanzaniennes, 7,77 millions de tonnes de marchandises destinées à la RDC ont transité par Dar es Salaam durant l’exercice 2025/2026, contre 5,99 millions un an auparavant, soit une hausse d’environ 30 %. Ce fret représente plus de la moitié du trafic de transit du port.

Le message est clair : Dar es Salaam est devenu une infrastructure stratégique pour l’économie congolaise.Mais augmenter les volumes ne suffit pas. Encore faut-il réduire le coût et surtout l’incertitude.

Un camion qui parcourt des centaines de kilomètres mais reste immobilisé plusieurs jours à un poste frontière, dans un port ou lors d’une formalité administrative coûte beaucoup plus cher à l’économie qu’un simple calcul de distance ne le laisse penser.C’est pourquoi l’accord annoncé doit aller au-delà des déclarations de principe.

Kalemie, le chaînon stratégique

À ExpoBeton, l’ambition affichée était de faire de Kalemie un véritable hub logistique régional, connecté à Kigoma en Tanzanie et, au-delà, à Dar es Salaam.Cette stratégie repose sur un principe simple : multiplier les solutions de transport et réduire les ruptures de charge.

Le rail, la voie lacustre, les ports secs et la route doivent fonctionner comme un seul système.Le développement du SGR tanzanien, la modernisation des infrastructures portuaires de Dar es Salaam et les projets autour des ports de Kalemie et Kigoma peuvent contribuer à cette transformation.

Pour la RDC, l’enjeu est considérable, notamment pour les exportations minières. Chaque réduction du coût logistique améliore directement la compétitivité du cuivre, du cobalt, du lithium et d’autres produits congolais sur les marchés internationaux.

Des objectifs mesurables

Les 90 prochains jours devraient donc déboucher sur un accord avec des indicateurs précis :réduction du coût moyen du transit ;

  • réduction du temps d’attente aux frontières ;
  • diminution du séjour des marchandises au port ;
  • augmentation du fret ferroviaire et lacustre ;
  • simplification et digitalisation des procédures douanières ;
  • publication régulière des performances du corridor.L’objectif de 35 % de réduction des coûts grâce à l’harmonisation douanière, évoqué dans la documentation d’ExpoBeton, pourrait constituer une référence stratégique, à condition d’être transformé en objectifs progressifs et vérifiables.

Car le véritable enjeu n’est pas seulement de faire passer davantage de marchandises par Dar es Salaam.Il est de faire en sorte qu’elles y arrivent plus vite, à moindre coût et avec davantage de prévisibilité.

Un accord qui doit changer la vie des entreprises

Pour un opérateur minier, un industriel ou un importateur, la performance d’un corridor se mesure finalement à trois chiffres : le coût, le délai et la fiabilité.La RDC et la Tanzanie ont donc une occasion de transformer leur coopération commerciale en véritable politique logistique.

ExpoBeton, à Kalemie, avait mis en lumière le potentiel du Corridor central. Les 90 jours accordés à Kinshasa et Dar es Salaam doivent désormais permettre de transformer cette vision en engagements concrets.Car le futur de la compétitivité congolaise ne dépend pas uniquement de ce que le pays produit. Il dépend aussi du prix et du temps nécessaires pour faire parvenir cette production au marché mondial.

Rédaction

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