SNCC : au Tanganyika, le rail congolais entre survie et espoir de renaissance

À la 11ᵉ édition d’Expobeton RDC organisée à Kalemie, le constat livré ce jeudi 28 mai 2026 par Trésor Kapuku a résonné comme un cri d’alarme sur l’état du réseau ferroviaire congolais.Intervenant lors du panel consacré à « l’état des infrastructures multimodales au Tanganyika : routes, rails, ports et aéroports », le dirigeant de la Société Nationale des Chemins de fer du Congo a dressé un tableau particulièrement sombre du rail dans cette région stratégique de la RDC. » L’état des voies ferrées de la SNCC est très comateux », a-t-il déclaré sans détour.Une formule forte, presque brutale, mais qui traduit la profondeur d’une crise ferroviaire devenue l’un des symboles les plus visibles du déclin des infrastructures publiques congolaises.

Un réseau ferroviaire à bout de souffle

Le diagnostic est accablant : la quasi-totalité du réseau ferré du Tanganyika est aujourd’hui obsolète.Construites il y a plus d’un siècle pour certaines portions, les voies ferroviaires ont largement dépassé leur durée normale d’exploitation.Selon Trésor Kapuku ,plusieurs infrastructures ferroviaires affichent désormais plus de 100 ans d’existence, alors que la durée de vie moyenne d’un rail est estimée à environ 50 ans.Autrement dit, le réseau actuel fonctionne depuis des décennies au-delà des normes techniques admises.Cette vétusté chronique a progressivement transformé le rail congolais en infrastructure à haut risque : ralentissements permanents, accidents potentiels, interruptions fréquentes du trafic et coûts d’entretien devenus insoutenables.

Le sabotage silencieux du patrimoine ferroviaire

Mais l’usure du temps n’est pas le seul problème.Le DGA de la SNCC a également dénoncé les actes répétés de vandalisme qui accélèrent l’effondrement du réseau.Les traverses sont régulièrement volées, compromettant davantage la stabilité des voies ferrées déjà fragilisées.Ce phénomène, souvent alimenté par la précarité économique et l’absence de surveillance efficace, illustre le niveau critique de dégradation du patrimoine ferroviaire national.Dans plusieurs régions du pays, les rails ne souffrent plus seulement d’un déficit d’entretien : ils disparaissent littéralement morceau par morceau.Ce pillage silencieux révèle aussi les limites de l’État dans la protection de ses infrastructures stratégiques.

Le rail, bien plus qu’un outil d’import-export

Au-delà du constat technique, Trésor Kapuku a voulu rappeler la vocation historique du chemin de fer congolais.Pour lui, la SNCC ne doit pas être réduite à une simple logique d’import-export destinée à acheminer des minerais vers les ports de sortie.Le rail avait été conçu pour connecter l’intérieur du Congo, désenclaver les territoires et soutenir le développement national.

Cette précision est essentielle.

Car depuis plusieurs décennies, les infrastructures de transport congolaises ont souvent été orientées prioritairement vers l’évacuation des matières premières, au détriment de l’intégration territoriale.Réhabiliter le rail au Tanganyika représente donc un enjeu bien plus large qu’un simple projet logistique : il s’agit de restaurer un instrument de cohésion nationale et de développement économique intérieur.

Réhabiliter le rail, c’est aussi reconstruire des ponts

L’autre réalité évoquée par le responsable de la SNCC souligne l’ampleur du chantier à venir.Selon lui, réhabiliter le réseau ferroviaire dans le Tanganyika revient également à reconstruire 49 ponts.Ce chiffre donne une idée du niveau de dégradation atteint par les infrastructures connexes.Le rail ne peut être relancé sans une reconstruction quasi complète de nombreux ouvrages d’art essentiels à la continuité du trafic.Autrement dit, le défi ferroviaire dépasse largement la simple pose de nouveaux rails.Il implique des investissements massifs dans les ponts, les systèmes de signalisation, les ateliers techniques, les locomotives et la sécurisation des corridors.

Le Tanganyika, carrefour oublié du développement

La situation du Tanganyika illustre plus largement le paradoxe congolais : une province stratégiquement située, ouverte sur le lac Tanganyika et connectée aux corridors régionaux, mais dont les infrastructures demeurent profondément dégradées.Pourtant, cette région pourrait devenir un véritable hub logistique entre l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’intérieur de la RDC.

Le rail y jouerait un rôle déterminant.

Un réseau ferroviaire fonctionnel permettrait non seulement de réduire les coûts de transport des minerais et des marchandises, mais aussi de stimuler l’agriculture, le commerce local et la mobilité des populations.Dans un pays aux dimensions continentales comme la RDC, le chemin de fer reste l’un des rares moyens capables d’assurer un transport massif et relativement abordable sur de longues distances.

Entre maigres moyens et espoir politique

Face à cette situation, la SNCC tente de maintenir ce qui peut encore l’être avec des moyens jugés insuffisants. » Nous faisons ce que nous pouvons pour sauver le peu », a résumé Trésor Kapuku,évoquant implicitement les difficultés budgétaires auxquelles l’entreprise publique est confrontée depuis des années.Le responsable ferroviaire dit néanmoins garder espoir dans l’implication du gouvernement, notamment à travers le ministère des Infrastructures.

Mais le défi est immense.

Relancer le rail congolais exigera non seulement des financements considérables, mais aussi une vision politique claire, une gouvernance rigoureuse et une stratégie durable de maintenance des infrastructures.

Le rail congolais à la croisée des chemins

L’intervention du DGA de la SNCC à Expobeton RDC aura eu le mérite de rappeler une vérité souvent oubliée dans les débats sur l’émergence économique : aucun développement durable n’est possible sans infrastructures de transport fiables.Au Tanganyika, le rail apparaît aujourd’hui comme un géant fatigué, usé par le temps, abandonné par les investissements et fragilisé par le vandalisme.Mais malgré son état « comateux », selon les mots mêmes de Trésor Kapuku, le chemin de fer congolais conserve une valeur stratégique immense.Sa renaissance pourrait transformer durablement l’économie régionale et reconnecter des territoires entiers longtemps restés isolés.Encore faut-il que les ambitions politiques se traduisent enfin en actes concrets sur le terrain.

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