Le verdict du Global Cities Index 2026 d’Oxford Economics a de quoi interpeller les décideurs congolais. Sur les 1.000 villes analysées dans le monde, aucune ville africaine ne figure dans le Top 50. Plus préoccupant encore pour la République démocratique du Congo : aucune ville congolaise ne figure parmi les 50 premières villes africaines retenues dans ce classement.
Le constat n’est pas anodin. Il remet au centre du débat une question longtemps traitée comme secondaire : comment construire des villes africaines capables de rivaliser en performance, en attractivité et en qualité de vie avec les grandes métropoles mondiales ?
Le classement d’Oxford Economics ne se limite pas à mesurer la richesse d’une ville. Il croise 27 indicateurs regroupés en cinq grandes catégories : économie, capital humain, qualité de vie, environnement et gouvernance.
La pondération est également révélatrice : 30 % pour l’économie, 25 % pour le capital humain, 25 % pour la qualité de vie, 10 % pour l’environnement et 10 % pour la gouvernance.
Autrement dit, une ville performante n’est plus simplement une ville qui construit des immeubles ou qui concentre une importante population. C’est une ville qui produit de la richesse, attire et forme les talents, offre un cadre de vie acceptable, maîtrise ses contraintes environnementales et dispose d’une gouvernance suffisamment efficace.
Le Caire 255e : un signal pour l’Afrique
Le Caire, première ville africaine du classement, n’arrive qu’à la 255e place mondiale. Accra est 302e et Port-Louis 305e.Derrière ces chiffres se trouve une réalité que les capitales africaines ne peuvent plus ignorer : la croissance démographique ne suffit pas à fabriquer une métropole performante.L’Afrique s’urbanise rapidement. Mais urbanisation et développement urbain ne sont pas synonymes.
Une ville peut compter plusieurs millions d’habitants et rester confrontée à des problèmes fondamentaux de mobilité, d’assainissement, de logement, de gestion des déchets, d’occupation anarchique du sol ou de déficit d’espaces publics.C’est précisément là que le classement doit être lu comme un avertissement plutôt que comme un simple palmarès.
Et la RDC dans tout cela ?
Pour la RDC, l’absence de ville dans le Top 50 africain doit surtout ouvrir un débat de fond.Kinshasa, première métropole du pays et l’une des plus grandes agglomérations urbaines d’Afrique, concentre pourtant un immense potentiel démographique, économique et culturel.Mais le potentiel démographique ne devient pas automatiquement une performance urbaine.
Une métropole de cette dimension a besoin d’une vision de long terme : planification spatiale, réseaux de transport cohérents, logements adaptés, voiries structurantes, drainage, assainissement, gestion des déchets, espaces verts, infrastructures numériques, sécurité des constructions et mécanismes efficaces de gouvernance urbaine.
Le même raisonnement vaut pour Lubumbashi, Kisangani, Goma, Kananga, Mbuji-Mayi, Kolwezi et les autres centres urbains du pays.Le véritable enjeu pour la RDC n’est donc pas simplement de construire davantage. Il faut construire mieux, planifier avant de bâtir et anticiper la ville de demain.
Construire une ville n’est pas empiler des bâtiments
C’est ici que le plaidoyer porté depuis plusieurs années par ExpoBéton RDC prend toute sa dimension.À travers ses différentes éditions et ses réflexions consacrées à l’habitat, aux infrastructures et au développement urbain, ExpoBéton a contribué à installer dans le débat public congolais une conviction essentielle : l’urbanisation doit être pensée comme une politique nationale de développement.
Le message est simple : une ville moderne ne se décrète pas. Elle se planifie.
Elle suppose des normes, des plans d’aménagement, des infrastructures adaptées à la croissance démographique et une articulation entre secteur public et secteur privé.Le classement d’Oxford Economics donne ainsi une résonance particulière à cette bataille intellectuelle et professionnelle menée autour de l’urbanisme en RDC.
L’urgence de passer de la ville subie à la ville planifiée
Pendant trop longtemps, l’expansion urbaine congolaise a souvent précédé la planification.
Les populations s’installent, les quartiers se développent, les constructions apparaissent, puis les pouvoirs publics cherchent à adapter les infrastructures à une urbanisation déjà réalisée.
Cette logique produit mécaniquement des déficits.
Lorsqu’une route est construite après l’urbanisation, elle devient coûteuse à réaliser. Lorsqu’un réseau d’assainissement est pensé après l’occupation des espaces, les solutions deviennent plus complexes. Lorsqu’un transport collectif structuré arrive trop tard, les embouteillages deviennent structurels.
La ville de demain se décide donc aujourd’hui.C’est précisément pourquoi les normes de construction, les documents d’urbanisme, le foncier, les infrastructures et la mobilité doivent être pensés ensemble.
Le défi congolais : transformer le potentiel en performance
La RDC possède pourtant des atouts considérables.Elle dispose d’un marché intérieur immense, d’une population jeune, de ressources naturelles importantes et de plusieurs pôles urbains susceptibles de devenir des moteurs économiques régionaux.
Mais ces atouts doivent être accompagnés par des villes capables de les valoriser.
Une entreprise internationale ne choisit pas uniquement un pays en fonction de ses ressources. Elle regarde également la qualité des infrastructures, la disponibilité des compétences, la mobilité, l’accès aux services, la connectivité et l’environnement général des affaires.La performance urbaine devient donc progressivement une question de compétitivité nationale.
Le classement comme électrochoc
Il serait toutefois réducteur de transformer le Global Cities Index en jugement définitif sur les villes africaines ou congolaises.
Un classement reste une photographie construite à partir d’une méthodologie et d’indicateurs précis. Il ne résume pas à lui seul la réalité d’une métropole.
Mais il a le mérite de poser une question difficile : pourquoi les villes africaines restent-elles si éloignées du sommet des classements mondiaux alors que le continent connaît l’une des urbanisations les plus rapides de la planète ?
Pour la RDC, cette question doit devenir un sujet stratégique.
Il ne suffit plus de constater que Kinshasa, Lubumbashi ou d’autres villes congolaises ne figurent pas dans les classements internationaux. Il faut travailler pour qu’elles puissent, à terme, y apparaître.Cela passe par des investissements, certes, mais aussi par des normes, des institutions, de la planification, des compétences et une culture de la qualité urbaine.
ExpoBéton : de la sensibilisation à l’action
Le mérite d’initiatives comme ExpoBéton RDC est précisément d’avoir contribué à maintenir cette question dans l’espace public : celle d’une RDC qui ne doit pas seulement accompagner son urbanisation, mais la maîtriser et la transformer en avantage compétitif.
Le défi des prochaines années devrait être de faire converger les réflexions des urbanistes, architectes, ingénieurs, promoteurs immobiliers, pouvoirs publics, investisseurs et citoyens autour d’une même ambition.
Il ne s’agit plus seulement de construire des bâtiments.
Il faut construire des quartiers fonctionnels, des villes résilientes et des métropoles compétitives.Le classement 2026 d’Oxford Economics peut donc être lu comme un signal d’alarme, mais aussi comme une invitation à accélérer.
Si aucune ville congolaise ne figure aujourd’hui dans le Top 50 africain présenté, rien n’interdit que la situation change demain.À une condition : que la RDC accepte de considérer l’urbanisme non plus comme une conséquence de sa croissance démographique, mais comme l’un des principaux leviers de son développement économique et social.
Car la bataille des villes africaines ne fait que commencer.Et pour la RDC, construire dans les normes internationales n’est plus une question d’esthétique ou de prestige : c’est une question de compétitivité, de dignité urbaine et de préparation de l’avenir.
Rédaction


