Kinshasa étouffe faute de planification : Robert Luzolanu dénonce une incohérence structurelle et appelle à un sursaut national

Lors du déjeuner d’affaires organisé au SERAY – Mediterranean Lounge autour du thème « Kinshasa, Mobilité et infrastructures urbaines », l’ancien ministre provincial des Finances, Robert Luzolanu, a livré un diagnostic puissant et sans détour : la République démocratique du Congo ne souffre pas d’un manque de projets, mais d’un manque de culture de planification.

Sa prise de parole a apporté une profondeur historique, technique et politique essentielle au débat.

« Plan directeur ou planification stratégique, tout relève du plan : ce qu’on veut, c’est ce qu’on décide de faire »

Dès l’entame, Luzolanu rappelle une vérité fondamentale :
la planification n’est pas une terminologie abstraite, mais la capacité d’un État à décider, structurer et exécuter une vision à long terme.

Dans le cas de Kinshasa, plus de 120 projets, répartis dans 8 grands domaines, figurent déjà dans le Plan Directeur de Transport de Kinshasa (PDTK).
Autrement dit, la ville ne manque pas d’idées ni d’orientations : elle manque de discipline, de cohérence et de continuité politique.

L’Europe a inventé la planification en sortie de guerre ; la RDC, elle, en manque cruellement

Luzolanu fait un parallèle historique fort :

« À la fin de la 2ᵉ guerre mondiale, l’Europe était confrontée à divers problèmes, d’où est né le terme planification. »

Ce rappel n’est pas anodin.
L’Europe, détruite, a compris qu’on ne reconstruit pas un territoire en improvisant.
Elle a mis en place :
• des plans quinquennaux,
• des politiques de reconstruction massives,
• des stratégies nationales communes,
• des investissements coordonnés.

Résultat : en trente ans, l’Europe est passée de ruines à puissance mondiale.

La RDC, elle, est presque dans la situation inverse :
des ressources abondantes, une démographie dynamique, mais une absence de discipline planificatrice.

« On fait une planification de 15 ans alors que le chef de l’État n’a qu’un mandat de 5 ans : voilà l’incohérence. »

Cette phrase de Luzolanu expose l’un des plus grands paradoxes du système congolais :
• Les plans directeurs sont conçus pour 15 à 20 ans, ce qui est normal dans l’urbanisme moderne.
• Mais la vision politique change tous les 5 ans, voire moins.
• Chaque nouveau gouvernement veut réinventer la roue, abandonne les plans précédents et lance de nouveaux projets, souvent non alignés.

Résultat :
aucune continuité, aucun cycle complet, aucun impact durable.

Ce fonctionnement condamne les grandes infrastructures à l’inachèvement et entretient un urbanisme improvisé, qui aggrave :
• l’anarchie des constructions,
• la congestion routière,
• le désordre foncier,
• la saturation des centres urbains,
• l’absence d’anticipation démographique.

Luzolanu met le doigt sur la plaie :
tant que l’État n’adoptera pas la planification comme culture institutionnelle, Kinshasa sera toujours en mode “urgence permanente”.

Le PDTK : une boussole ignorée, alors qu’elle contient déjà les solutions

Le Plan Directeur de Transport de Kinshasa n’est pas un document théorique.
Il contient :
• 120 projets classés et hiérarchisés ;
• des corridors structurants ;
• des réseaux de transport modernes ;
• des pôles de développement ;
• des solutions de désengorgement ;
• des projections jusqu’en 2040.

Mais sans une volonté politique de le suivre, ce plan restera un catalogue de solutions jamais appliquées.

Pourquoi la planification est vitale aujourd’hui ?

Parce que Kinshasa est à un tournant critique.
Ses défis exigent une vision à long terme :
• une démographie explosive (près de 17 millions d’habitants),
• une urbanisation sauvage,
• un effondrement de la mobilité urbaine,
• une pression énorme sur les services sociaux,
• une anarchie territoriale croissante.

Sans planification, la capitale court vers :
• une paralysie structurelle,
• une crise permanente de mobilité,
• une explosion de l’insalubrité,
• une fragilité économique,
• et finalement une perte de gouvernabilité.

Conclusion : la planification n’est pas un luxe, c’est la colonne vertébrale d’un État moderne

Le message de Robert Luzolanu est clair et sans ambiguïté :
La RDC n’a pas un problème de projets ; elle a un problème de discipline stratégique.

Si Kinshasa veut se moderniser, elle doit :
• appliquer les plans existants,
• assurer leur continuité entre mandats,
• institutionnaliser la planification,
• aligner les acteurs publics et privés,
• et cesser les solutions improvisées sans vision.

Comme l’a conclu implicitement Luzolanu :
La planification est la seule route qui mène à une capitale ordonnée, fluide et durable.

Rédaction

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