Lors du déjeuner d’affaires du Club BTP & CMA, organisé ce samedi 29 novembre 2025 au SERAY – Mediterranean Lounge, l’urbaniste Guillain Amani a livré une analyse franche et interpellatrice sur l’avenir urbanistique de Kinshasa.
Sa prise de parole s’est démarquée par un appel direct aux autorités : arrêter de multiplier des solutions improvisées et revenir aux plans directeurs déjà conçus depuis plus d’une décennie.

« Pourquoi les autorités vont partout sauf là où elles doivent aller ? »
C’est par cette question incisive que Guillain Amani a résumé l’incohérence qui caractérise aujourd’hui la gestion urbaine de Kinshasa.
Selon lui, la ville dispose déjà d’outils clairs, scientifiques, crédibles et validés pour orienter son développement :
• le SOSAK (Schéma d’Orientation Stratégique de l’Agglomération Kinoise)
• le PDTK (Plan Directeur de Transport de Kinshasa)
Ces deux instruments définissent les axes structurants, les zones de développement, les corridors de mobilité, les pôles de croissance et les normes d’occupation du sol.
Pourtant, ils restent insuffisamment appliqués.
Des infrastructures non prévues, mais intégrables
Guillain Amani a également rappelé que les infrastructures récemment construites, notamment les sauts-de-mouton, ne figurent pas dans le SOSAK ni dans le PDTK :
« Les sauts-de-mouton n’ont pas été prévus par le SOSAK et le PDTK, mais il y a possibilité de les intégrer. »
Cette remarque met en lumière un problème de fond :
les projets naissent dans l’improvisation, sans correspondre à la vision globale de la ville, ce qui génère :
• incohérences fonctionnelles,
• dispersion des ressources,
• congestion accrue malgré les travaux,
• manque d’harmonie urbanistique.
Pour l’urbaniste, intégrer ces ouvrages dans le cadre des plans directeurs est possible, mais implique de réactualiser et harmoniser les documents pour éviter que chaque nouvelle infrastructure ne “casse” la logique d’aménagement.
SOSAK + PDTK : des outils conçus il y a plus de 10 ans mais jamais véritablement activés
Le SOSAK et le PDTK ne sont pas de simples rapports.
Ils représentent :
• la carte de la ville de demain,
• la localisation des futurs centres urbains,
• les zones à densifier ou à préserver,
• les grands axes de mobilité,
• les futures voies rapides,
• les zones économiques périphériques,
• les espaces verts structurants.
Conçus il y a plus d’une décennie avec des cabinets et urbanistes internationaux, ces outils constituent le socle sur lequel la capitale devait se transformer.
Mais faute de volonté politique, ils sont restés dans les tiroirs.
Amani dénonce cette situation comme un énorme gaspillage de compétences et d’opportunités.
Improvisation vs. planification : le dilemme permanent de Kinshasa
Le propos de Guillain Amani met en relief un contraste frappant :
Des solutions ponctuelles, coûteuses et parfois inefficaces
vs.
Une stratégie globale déjà écrite mais ignorée
Cette situation explique en grande partie :
• la saturation des routes,
• la congestion incontrôlée,
• les constructions anarchiques,
• la concentration des activités à Gombe,
• l’absence d’infrastructures dans les communes périphériques.
Un appel à la cohérence institutional et au respect des plans urbains
Pour l’urbaniste, la solution est claire :
« C’est le SOSAK et le PDTK qui donnent les voies à suivre. »
Autrement dit, pas besoin de réinventer Kinshasa :
il suffit d’appliquer ce qui existe déjà.
Il plaide pour :
• une mise à jour technique des deux plans,
• une intégration des nouveaux ouvrages,
• une coordination entre État, Ville-Province et communes,
• une exécution stricte de la planification urbaine,
• une réduction des décisions improvisées.
Conclusion : l’heure d’un retour urgent à la planification
L’intervention de Guillain Amani place le débat au cœur de l’essentiel :
Kinshasa ne manque pas de plans, elle manque d’application.
Le SOSAK et le PDTK offrent un cadre clair, une vision structurée et une feuille de route cohérente.
Les ignorer, c’est prolonger le désordre urbain.
Les appliquer, c’est lancer la reconstruction moderne de Kinshasa.
Le message est simple :
L’avenir de Kinshasa ne se construit pas dans l’urgence, mais dans la planification.
Rédaction


