Frontière naturelle entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda, le Lac Albert retrouve progressivement son rôle de corridor de mobilité pour les passagers et les marchandises.
Il ne s’agit plus d’une innovation expérimentale, mais bien d’une reprise opérationnelle du transport lacustre, portée notamment par des initiatives structurées côté ougandais.

Un rappel historique souvent oublié
Contrairement à une idée répandue, le transport organisé sur le lac Albert n’est pas nouveau. Dès l’époque coloniale et dans les années qui ont suivi les indépendances, le lac connaissait une activité de navigation régulière, avec des bateaux assurant la liaison entre les rives et alimentant les circuits commerciaux régionaux.
Le lac était alors un axe économique vivant, reliant pêche, commerce et mobilité humaine.
Cette dynamique s’est progressivement érodée au fil des décennies, sous l’effet des conflits armés, des tensions politiques entre États voisins et de la militarisation des frontières lacustres, transformant un espace d’échanges en zone de méfiance.
Une reprise portée par le terrain
Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. Des embarcations rapides dédiées au transport de passagers et de marchandises assurent de nouveau des traversées plus régulières. Ces bateaux, plus sûrs et mieux motorisés que les pirogues traditionnelles, répondent à une demande réelle :
– déplacements plus rapides des personnes,
– acheminement du poisson et des produits périssables,
– échanges commerciaux de proximité entre rives congolaise et ougandaise.
Cette reprise s’inscrit dans un contexte plus large de réactivation des échanges transfrontaliers dans la région du lac Albert.
Des bénéfices économiques immédiats
Le retour du transport lacustre structuré permet :
une réduction des temps et des coûts de transport,
une diminution des pertes post-capture pour les pêcheurs,
un désenclavement concret des communautés riveraines, souvent coupées des réseaux routiers fiables,
la création d’activités locales liées à la navigation, à la maintenance et aux services portuaires.
Le lac redevient ainsi un outil de développement, et non plus une simple ligne de séparation.
Un enjeu stratégique pour la RDC

Si la dynamique actuelle est en grande partie impulsée depuis la rive ougandaise, son impact concerne directement la RDC.
L’enjeu n’est donc pas de commenter la reprise, mais de s’y intégrer pleinement.
Cela implique pour la RDC :
d’investir dans des infrastructures lacustres minimales (embarcadères, sécurité, contrôle),
d’accompagner l’émergence d’opérateurs congolais,
d’inscrire le transport sur le lac Albert dans un cadre bilatéral clair (navigation, douanes, sécurité).
Sans cette intégration, le risque est réel de voir se structurer un corridor économique déséquilibré, où la RDC resterait en marge d’un trafic qui se déroule pourtant sur son propre espace lacustre.
Le lac comme levier, pas comme frontière
La reprise du transport sur le lac Albert n’est pas un retour nostalgique au passé, mais une opportunité contemporaine.
Encadrée et assumée, elle peut redevenir un levier de croissance locale, d’intégration régionale et de souveraineté économique pour la RDC.Il s’agit du futur corridor destiné à compléter le Corridor Nord reliant Mombasa à Kisangani puis à Lagos.
Le port d’ancrage de Hoima, en Ouganda, est actuellement en pleine construction.
La route reliant Hoima à Kampala est aménagée en 2 × 2 voies, et un nouvel aéroport y est également en cours de construction.
Le Gouverneur Jean Bamanisa Saidi avait lancé un appel d’offres combiné pour les équipements nécessaires à la mise en place de cette logistique d’envergure.
Ce projet s’inscrit dans un travail amorcé dès 2010, à travers des études qu’il avait conduites dans les deux pays.
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