Assainissement urbain : quand l’absence de chaîne logistique annule l’effort public

À l’attention de l’Hôtel de Ville et des services techniques d’assainissement
Dans toute politique urbaine, les mêmes causes produisent inévitablement les mêmes effets. L’assainissement de la voirie en est aujourd’hui une illustration frappante.

À Kinshasa, les équipes de nettoyage sont visibles sur le terrain : balayage des chaussées, curage des caniveaux, ramassage des déchets.

L’effort humain et matériel existe. Pourtant, les résultats restent éphémères et les ouvrages d’assainissement se retrouvent rapidement à nouveau obstrués.

Un dysfonctionnement opérationnel clairement identifié

Le problème n’est pas l’acte de nettoyer, mais l’absence d’évacuation immédiate des déchets collectés.

Dans le schéma actuel :le sable balayé est souvent repoussé vers les caniveaux récemment curés ;

les bouteilles en plastique, sachets et immondices sont regroupés en tas provisoires le long des voiries ;

Faute de moyens d’évacuation disponibles au même moment, ces déchets restent exposés aux intempéries.

La moindre pluie suffit alors à ramener l’ensemble des déchets dans les caniveaux, neutralisant instantanément le travail effectué en amont.

Un cycle coûteux et improductif

Ce mode opératoire enferme la ville dans un cycle répétitif : nettoyage,
entassement provisoire, attente d’évacuation, ruissellement et retour des déchets dans les ouvrages,reprise du curage.

Ce cycle engendre :
une mobilisation répétée de ressources humaines et mécaniques,
une inefficience budgétaire,
une dégradation accélérée des infrastructures de drainage,
et une incompréhension croissante des usagers de la ville.

Assainir, ce n’est pas déplacer les déchets

Du point de vue de l’ingénierie urbaine, le principe est pourtant simple :
le nettoyage n’a de sens que s’il s’inscrit dans une chaîne logistique complète.
Assainir suppose : nettoyer, collecter,
évacuer immédiatement hors du tissu urbain.

En l’absence de cette continuité, les déchets ne sont que déplacés temporairement, avant de réintégrer le réseau de drainage à la première pluie.

L’enjeu central : organiser la chaîne d’évacuation

La performance d’un système d’assainissement ne se mesure pas au nombre d’équipes visibles sur la voirie, mais à la capacité des services à synchroniser le nettoyage et l’évacuation.
Cela implique :

des moyens d’évacuation disponibles en parallèle des opérations de nettoyage ;
des circuits logistiques clairs et permanents ; des points de transfert organisés et rapidement vidés.

Sans cette organisation, les opérations de curage et de balayage continueront à produire des effets temporaires, sans impact durable sur la salubrité urbaine.

Une interpellation technique et institutionnelle

La question n’est donc pas celle de la volonté, mais celle de la méthode.
Nettoyer sans évacuer revient à reproduire indéfiniment les mêmes causes, et donc les mêmes effets.

Pour une ville confrontée à des défis majeurs de drainage, de mobilité et de résilience climatique, l’assainissement ne peut plus être traité comme une succession d’actions ponctuelles, mais comme une chaîne opérationnelle intégrée, pensée pour produire des résultats durables.

Rédaction

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