Addis-Abeba .Longtemps marginalisées, parfois insalubres et peu valorisées, les berges des rivières d’Addis-Abeba s’apprêtent à devenir l’un des moteurs de la transformation urbaine de la capitale éthiopienne. Le projet Entoto–Peacock Riverside Development, présenté comme l’un des plus ambitieux programmes d’aménagement urbain du pays, a déjà attiré 1,33 trillion de birrs d’investissements, selon le Premier ministre Abiy Ahmed.
Un montant historique, révélateur d’un engagement massif du secteur privé dans une vision urbaine jusque-là inédite à Addis-Abeba.
Des rivières longtemps oubliées, aujourd’hui au cœur du renouveau
Pendant des décennies, les rivières traversant Addis-Abeba ont été reléguées à l’arrière-plan du développement urbain, servant parfois de déversoirs informels ou de zones non planifiées. Le projet Entoto–Peacock ambitionne de rompre avec cet héritage en transformant ces espaces en corridors urbains structurants, combinant écologie, loisirs et activités économiques.
Les aménagements prévus incluent des promenades piétonnes, des espaces verts, des cafés, des restaurants, ainsi que des lieux culturels et de détente ouverts au public. Une configuration qui rapproche Addis-Abeba des grandes métropoles ayant fait de leurs berges un levier de revitalisation urbaine.
Un pari économique fondé sur le secteur privé
L’un des aspects les plus marquants du projet réside dans l’ampleur de la participation privée. Selon les autorités, ce sont principalement des investisseurs nationaux et internationaux qui financent les infrastructures commerciales et de loisirs, tandis que l’État joue un rôle d’aménageur et de facilitateur.
Cette dynamique ouvre des perspectives économiques importantes : création d’emplois dans la construction, la restauration, les services et le tourisme, valorisation foncière des zones riveraines et stimulation de l’économie locale. Pour Addis-Abeba, il s’agit aussi de renforcer son attractivité dans un contexte régional de concurrence entre capitales africaines.
Une nouvelle manière de vivre la ville
Au-delà des chiffres, le projet entend transformer les usages urbains. Les autorités promettent des espaces publics accessibles, favorisant la mixité sociale et la vie communautaire. « Addis-Abeba n’a jamais connu un tel niveau d’aménagement de ses espaces publics », a souligné le Premier ministre Abiy Ahmed, mettant en avant une ville plus conviviale, tournée vers le bien-être de ses habitants.
Les rivières deviennent ainsi des lieux de rencontre, de promenade et de respiration, dans une métropole confrontée à une densification rapide et à une pression croissante sur les infrastructures.
Entre ambitions et défis
Si l’enthousiasme est palpable, le projet n’échappe pas aux interrogations. Des observateurs soulignent la nécessité de garantir la durabilité environnementale des aménagements, notamment en matière de gestion de l’eau, d’entretien des espaces verts et de protection contre les crues.
D’autres appellent à une vigilance sociale, afin d’éviter une transformation qui profiterait essentiellement aux investisseurs et aux classes aisées, au détriment des populations riveraines historiquement installées dans ces zones.
Un test pour le modèle urbain éthiopien
La transformation du riverside d’Addis-Abeba dépasse le cadre d’un simple projet urbain. Elle constitue un test grandeur nature pour la capacité de l’Éthiopie à concilier investissement privé, intérêt public et inclusion sociale.
Si le pari est réussi, Entoto–Peacock pourrait devenir une référence régionale en matière de réhabilitation urbaine et de développement économique intégré. À défaut, il rappellera que la modernisation des villes africaines ne se mesure pas seulement à la beauté des infrastructures, mais à leur capacité à améliorer durablement la vie de tous.
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