Il faut avoir le courage de le dire clairement : les graves problèmes urbains que connaît Kinshasa ne seront pas résolus par des travaux ponctuels et non structurants. Faire croire le contraire relève de l’illusion politique et de la communication trompeuse. Le slogan « Kin Ezobonga », dans l’état actuel des pratiques, ne correspond ni à la réalité du terrain ni aux exigences minimales d’une métropole moderne.

Une crise urbaine structurelle, pas conjoncturelle
La partie ouest de la RDC subit ,depuis plus d’une décennie, des précipitations de plus en plus intenses et fréquentes. Ce phénomène n’est ni nouveau ni imprévisible. Il est documenté, mesuré, analysé. Pourtant, les réponses apportées restent superficielles.
À cette réalité climatique s’ajoute une croissance démographique rapide et mal encadrée, marquée par une occupation anarchique des sols, sans planification, sans respect des zones à risque, ni encadrement foncier sérieux. Le résultat est visible : érosion, inondations, effondrement des voiries, destruction des habitations et pertes humaines évitables.
Des travaux sans drainage : une aberration technique
Construire ou réhabiliter des routes sans intégrer des réseaux de drainage performants dans une ville comme Kinshasa est une faute technique majeure. Le drainage est prioritaire, fondamental, vital. Sans lui, toute voirie est condamnée à une dégradation rapide.
À cela s’ajoutent des questions récurrentes de qualité des ouvrages et de coûts, qui alimentent la défiance des populations. Payer cher pour des infrastructures qui ne tiennent pas deux saisons expandable Seasons n’est pas un progrès, c’est un gaspillage.
Une gouvernance urbaine affaiblie
La situation est aggravée par l’affaiblissement des Entités Territoriales Décentralisées (ETD), privées de leurs prérogatives naturelles en matière d’assainissement et de gestion de proximité. Or, aucune grande ville ne peut fonctionner durablement avec une centralisation excessive et une dilution des responsabilités.
Kinshasa souffre d’un mal plus profond : l’absence d’urbanisation et d’urbanisme. On construit sans vision, sans schéma directeur appliqué, sans respect des règles élémentaires de la ville.
Une ignorance collective aux conséquences lourdes
Nous payons aujourd’hui les conséquences d’une ignorance généralisée des principes de conception, de gestion et de maintenance des équipements urbains. Ce n’est pas un problème récent. Dès 1987, sur la base d’études de terrain, des alertes sérieuses avaient été lancées. Elles ont été ignorées.
Lorsque nous avons construit PPC Produits en 2016, sur un projet initié dès 2004, nous avons intégré les données existantes, les projections climatiques, les contraintes urbaines et les plans transmis aux autorités. Beaucoup n’ont pas compris que Kinshasa allait droit dans le mur si rien n’était corrigé. Aujourd’hui, les faits nous donnent malheureusement raison.Nous avons construit PPC Produits afin de faire du ciment un véritable levier de modernisation de la construction, fondé sur le respect rigoureux des normes du secteur.
Kinshasa peut se relever, mais pas par des discours politiques. Cela passe par l’éducation, la responsabilisation et l’engagement de tous les citoyens, aussi bien du secteur public que du secteur privé.
Cette reconstruction ne saurait se faire sans urbanisme ni normes modernes. Une métropole ne peut être bâtie avec des pratiques ou des standards hérités du monde rural, comme si les règles des villages devaient continuer à s’imposer à la ville.
Kinshasa a besoin d’un “Haussmannisme” africain
Il faut le dire sans détour : Kinshasa a besoin d’un choc d’urbanisme, d’une refondation profonde, comparable à ce que le baron Haussmann a fait pour Paris adaptée bien sûr à notre réalité africaine. Cela implique :
• une planification rigoureuse,
• des infrastructures structurantes,
• un drainage massif et prioritaire,
• une discipline foncière,
• et une gouvernance urbaine cohérente.
Les petits travaux cosmétiques ne suffisent plus. C’est gâté, et continuer à bricoler revient à aggraver la crise.
Éduquer pour reconstruire durablement

Il est urgent d’éduquer les populations sur les enjeux du mieux-vivre en cité. Une ville ne se construit pas seulement avec du béton, mais avec des règles, des compétences, de la vision et du respect des normes.
Ce que nous vivons aujourd’hui était prévisible, annoncé, documenté. La responsabilité collective impose désormais de changer radicalement de méthode.
Kinshasa peut se relever. Mais pas dans l’improvisation, et certainement pas sans urbanisme.
Rédaction


