Dans la vaste mosaïque des défis auxquels fait face la République démocratique du Congo, la question de l’électricité demeure l’un des marqueurs les plus visibles des inégalités territoriales et du retard infrastructurel. À Kisangani, grande métropole du nord-est du pays, cette réalité se traduit depuis des années par une desserte instable, insuffisante et profondément pénalisante pour la vie quotidienne comme pour le développement économique.

Le récent message de l’Honorable Jean Bamanisa Saidi, sénateur engagé dans le suivi du dossier énergétique de la ville, remet cette problématique au cœur du débat public. Derrière la communication institutionnelle, un constat s’impose : le dossier de l’électricité à Kisangani illustre à lui seul les lenteurs administratives, les chevauchements de compétences et les fragilités de gouvernance qui entravent les projets structurants en RDC.
Un dossier emblématique des blocages systémiques
Le projet de réhabilitation du réseau électrique de Kisangani, porté notamment par la Société nationale d’électricité et soutenu par des partenaires techniques et financiers comme l’Agence française de développement et ENABEL, avait pourtant franchi une étape décisive avec la signature initiale d’un contrat impliquant plusieurs parties, dont le FRIVAO et la société Congo Energy.
Mais comme souvent en RDC, la complexité institutionnelle a fini par freiner l’élan. Superposition des rôles, divergences d’approche, contraintes techniques : autant de facteurs qui ont transformé un projet prioritaire en dossier enlisé. Ce n’est qu’au prix de nouvelles concertations de haut niveau, impliquant plusieurs ministères stratégiques, qu’un déblocage semble aujourd’hui se dessiner.
L’amendement du contrat, validé en Conseil des ministres, marque un tournant. En recentrant la signature sur les ministères directement concernés Justice et Ressources hydrauliques et Électricité le gouvernement tente de simplifier la chaîne décisionnelle. Une démarche salutaire, mais tardive.
L’urgence d’un changement d’échelle
Au-delà des ajustements contractuels, la véritable question reste celle de l’ambition. Comme le souligne avec insistance la cellule de communication du sénateur Bamanisa, Kisangani ne peut plus se contenter de solutions palliatives : réparations ponctuelles, groupes électrogènes coûteux et inefficaces, bricolages techniques.
La ville a besoin d’un renouvellement intégral de son système électrique.

Cela implique une modernisation profonde des infrastructures de distribution cabines, câbles, compteurs mais aussi des équipements de production, notamment les turbines et les systèmes de contrôle. En d’autres termes, il ne s’agit pas simplement de rétablir l’électricité, mais de repenser entièrement le réseau pour répondre aux besoins présents et futurs.
Avec un coût estimé à 150 millions de dollars, le projet peut sembler ambitieux dans un contexte budgétaire contraint. Pourtant, il doit être perçu comme un investissement stratégique. Sans énergie fiable, aucun développement industriel n’est envisageable, aucun tissu économique durable ne peut émerger.
Une question de justice territoriale
La situation de Kisangani soulève également une question plus large : celle de l’équité dans l’accès aux infrastructures de base. Alors que certaines grandes villes bénéficient d’investissements plus soutenus, d’autres, pourtant stratégiques, restent en marge.
Or, Kisangani n’est pas une ville secondaire. Carrefour économique, hub fluvial et point de connexion entre plusieurs régions, elle possède un potentiel considérable. L’absence d’électricité stable ne constitue pas seulement un désagrément : elle est un frein direct à l’emploi, à l’investissement et à l’amélioration des conditions de vie.
Entre volonté politique et exigence de résultats
En réaffirmant sa détermination à suivre personnellement ce dossier, le sénateur Bamanisa s’inscrit dans une posture de vigilance politique. Mais au-delà des engagements individuels, c’est la capacité collective des institutions à transformer les décisions en réalisations concrètes qui sera déterminante.
La RDC n’a pas besoin de diagnostics supplémentaires : les problèmes sont connus, les solutions identifiées, les financements partiellement mobilisés. Ce qui fait défaut, c’est la constance dans l’exécution, la coordination efficace entre acteurs et la responsabilité dans les résultats.
Kisangani, symbole d’un tournant possible
Le dossier de l’électricité à Kisangani peut devenir un cas d’école. Soit il rejoint la longue liste des projets inachevés, victimes d’inerties structurelles ; soit il marque le début d’une nouvelle approche, fondée sur la clarté institutionnelle, la rigueur dans la mise en œuvre et une vision de long terme.
L’enjeu dépasse largement les frontières de la ville.
Donner à Kisangani une électricité moderne, stable et durable, c’est envoyer un signal fort : celui d’un pays capable de transformer ses ressources et ses ambitions en réalités tangibles. C’est aussi, tout simplement, répondre à une exigence fondamentale de dignité pour ses habitants.
Car au fond, derrière les contrats, les réunions et les arbitrages politiques, une évidence demeure : l’accès à l’électricité n’est pas un luxe. C’est un droit, et une condition essentielle du développement.
Et sur ce point, l’attente de Kisangani n’est plus seulement légitime elle est devenue urgente.

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